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Charte: «une neutralité truquée», dit Charles Taylor

Le philosophe Charles Taylor.... (Photo Martin Tremblay, archives La Presse)

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Le philosophe Charles Taylor.

Photo Martin Tremblay, archives La Presse

Katia Gagnon
La Presse

La neutralité de l'État dont se réclame le ministre Bernard Drainville pour imposer une Charte des valeurs québécoises est «truquée», estime le philosophe Charles Taylor, qui a co-présidé, il y a cinq ans, la désormais célèbre commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.

«Le gouvernement sera très ouvert au patrimonial pour les Québécois, mais très fermé pour les autres religions. C'est extrêmement injuste. C'est une neutralité truquée. C'est du deux poids, deux mesures», s'exclame le philosophe.

«C'est une vision ethnocentrique de la religion. Les religions ne sont pas toutes les calques de la religion catholique. Si on est sikh, c'est l'essence même de la religion que de porter un turban. Du point de vue d'un sikh, l'État ne sera pas neutre.»

Le message envoyé par la Charte aux nouveaux arrivants qui portent de signes religieux sera reçu comme une gifle en plein visage, croit M. Taylor. «Le message c'est : si vous pratiquez ce genre de religion, ne venez pas ici. Vous n'êtes pas égaux avec les autres. Et pour ceux qui sont venus sans savoir que ça allait arriver, ça va être encore pire. Ils se sentiront comme des citoyens de seconde zone. Pour moi, c'est inacceptable.»

Le philosophe se dit «époustouflé» par «l'étroitesse d'esprit» qui émane à son avis de ce projet de loi. «Les gens vont se dire : je ne suis pas accepté ici. On refuse de me voir comme je suis. C'est un peu comme les Noirs aux États-Unis dans les années 60. Ils étaient invisibles. On refusait de les voir.»

Et la société québécoise risque d'en sortir profondément divisée, croit-il. «Ça va renforcer des attitudes négatives par rapport, par exemple, aux musulmans. Ça va diviser Montréal profondément par rapport au reste de la province.»

Et c'est sans parler des conséquences sur le personnel de l'État. «Dans certains secteurs, comme la santé, il y a des pénuries! On va avoir beaucoup de mal à remplacer ces gens-là.»

Dans certains établissements comme les écoles, on avait effectivement besoin de balises par rapport aux accommodements de type religieux, convient M. Taylor, qui déplore d'un même souffle l'inaction qui a régné pendant cinq ans à la suite de la publication du rapport qu'il a co-écrit avec Gérard Bouchard.

«Mais là, on ajoute une balise, qui est le refus de tous les signes religieux. Or, il n'y en avait pas, de problèmes, avec ces signes!»




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