Malgré la levée de boucliers contre l'idée d'imposer un «ticket modérateur» pour financer le réseau de santé, le ministre Yves Bolduc souhaite aller de l'avant avec la mise en place d'un système d'utilisateur-payeur «raisonnable».

Daphné Cameron LA PRESSE

En marge du congrès annuel de l'Association médicale du Québec (AMQ) samedi à Boucherville, le ministre Bolduc n'a pu expliquer la forme qu'allait prendre la mesure annoncée dans le dernier budget. Il a toutefois maintenu que l'imposition d'une franchise s'effectuerait sans nuire à l'accessibilité des soins.

«Lorsque l'on vous demande de payer immédiatement après une visite chez le médecin ça limite l'accessibilité», a-t-il admis. «Ce que j'ai dit, c'est que l'on mettrait en place un système où il y aurait une contribution de l'usager en fonction de la consommation, mais que ce serait raisonnable et que ça ne bloquerait pas l'accessibilité.»

Lors du congrès de l'AMQ, la présidente de l'Association médicale canadienne Anne Doig s'est prononcée contre l'adoption «ticket modérateur». Elle a même interpelé le ministre à ce sujet.

«Je reçois très bien le commentaire de Dr. Doig», a rétorqué Yves Bolduc. «Nous avons la même orientation, c'est-à-dire de pouvoir continuer à se payer un système de santé toujours performant et de qualité tout en n'éliminant pas l'accessibilité au service.»

«Plusieurs personnes ont fait des hypothèses qui font en sorte que ça pourrait avoir l'air catastrophique, mais attendons de voir les modalités qui seront mises en place», a-t-il ajouté en expliquant qu'un comité serait mis sur pieds pour étudier l'implantation de la franchise.

Le président de l'AMQ, le Dr Jean-François Lajoie, s'est également prononcé contre le ticket modérateur. Il affirme que cette opinion fait presque l'unanimité auprès de ses collègues sur le terrain.

«À première vue, ça ne semble pas être une bonne idée. L'utilisation d'une franchise santé à chacune des visites chez le médecin qui serait comptabilisée ne devrait jamais exister ou du moins être modulée en fonction du revenu. On ne veut pas que ça ait un effet, notamment sur les personnes atteintes de cancer, de maladies chroniques ou chez femmes enceintes.»

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Gaétan Barrette, également présent au congrès, a dénoncé l'imprécision de la franchise, telle que présenté par le gouvernement jusqu'à présent.

«Je pense que dans une certaine mesure, c'est un ballon politique, parce que normalement, lorsqu'on annonce une mesure comme celle-là, il y a une substance, des règles d'application qui sont annoncées au même moment. On a fait cette annonce là dans un budget, mais on ne sait pas comment ça va marcher. On ne sait pas quand ça va s'appliquer. En plus, on nous dit aujourd'hui que l'on va moduler l'affaire. Il y a sûrement un jeu politique là-dedans.»