(Ottawa) Le dernier débat de la course à la direction du Parti conservateur a donné lieu à des échanges robustes entre trois candidats – Jean Charest, Pierre Poilievre et Patrick Brown – tandis que les trois autres aspirants – Leslyn Lewis, Roman Baber et Scott Aitchison – ont surtout joué un rôle de figurant en raison de leur piètre maîtrise du français.

Publié le 25 mai
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Considéré comme le meneur de la course, le député conservateur Pierre Poilievre a été à la fois conspué et applaudi quand il a de nouveau critiqué le bilan de Jean Charest comme premier ministre du Québec, comme il le fait depuis le début de la course. M. Charest a riposté en défendant les décisions prises durant ses trois mandats et a invité son principal adversaire à changer de conseiller parce qu’il était visiblement mal informé sur le taux d’imposition des Québécois et les temps d’attente dans le système de santé.

M. Charest a toutefois profité de sa déclaration de clôture pour mettre en garde les membres du Parti conservateur contre la tentation de jeter leur dévolu sur M. Poilievre en affirmant que ce dernier misait sur la politique à l’américaine pour prendre les commandes du parti.

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Patrick Brown, Leslyn Lewis, Scott Aitchison, Pierre Poilievre, Jean Charest et Roman Baber ont participé au débat en français organisé mercredi soir.

« La question qui se pose et qui est très grave est la suivante : allons-nous, au Parti conservateur, prendre la voie de la politique à l’américaine, la politique d’attaque, la politique où on oppose un groupe à l’autre, la politique où on fait des slogans, où toutes les réponses sont des esquives ? », a lancé M. Charest.

« Je ne vous offre pas d’être un pseudo-Américain. Ce n’est pas ce que nous voulons comme pays. Nous voulons un chef capable d’unir le parti et qui a un jugement, qui ne part pas sur des théories de conspiration, qui ne part pas sur des théories sur la Banque du Canada ou le bitcoin », a-t-il ajouté du même souffle.

Depuis le début de la course, M. Poilievre a fait la promotion de la cryptomonnaie comme moyen d’échapper à l’inflation, a promis de congédier le gouverneur de la Banque du Canada s’il devient premier ministre et a récemment affirmé qu’aucun ministre dans un futur gouvernement conservateur sous sa houlette ne participerait au Forum économique mondial de Davos, en Suisse.

« M. Poilievre est en faveur de l’argent numérique pour se protéger contre l’inflation. Je ne suis pas d’accord avec lui. Il est dans les patates », a d’ailleurs lâché Leslyn Lewis en lisant ses notes, déclenchant les rires dans la salle.

Durant le débat de deux heures, les candidats ont été invités à se prononcer sur plusieurs thèmes, notamment l’immigration, l’environnement, la sécurité publique, les langues officielles, l’inflation, le commerce, la santé et les moyens que doit prendre le Parti conservateur pour faire des gains au Québec.

Mais au passage, les candidats se sont aussi prononcés sur deux lois adoptées par le gouvernement Legault, soit la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21) et la loi 96 visant à protéger la langue française. Les trois candidats qui ne maîtrisent pas le français ont indiqué qu’ils s’opposaient farouchement à ces deux lois.

Comme il le fait depuis le début de la course, M. Poilievre s’est fait l’apôtre de la liberté, exprimant notamment son opposition à la vaccination obligatoire exigée durant la pandémie par le gouvernement fédéral et les provinces pour aller au restaurant et dans les lieux publics.

Le débat a aussi donné lieu à des attaques plus soutenues entre Pierre Poilievre et Patrick Brown. Ce dernier a notamment accusé M. Poilievre d’être incapable d’unir le parti et de faire preuve d’hypocrisie en profitant de l’appui d’un employé de Huawei au Canada alors qu’il critique Jean Charest d’avoir travaillé dans le passé pour le géant chinois des communications.

Des appuis à Jean Charest

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« Charest », « Charest », « Charest ». Des membres du parti qui assistaient au débat mercredi soir ont accueilli chaleureusement l’ancien premier ministre.

« Je suis venu pour supporter Jean Charest, s’est exclamé Laurent Benarrous, quelques minutes avant le début du débat. Je pense qu’il est temps pour le Parti conservateur de changer de recette et de présenter un candidat qui est plus de centre droit, c’est la seule façon pour les conservateurs de déloger les libéraux », a ajouté l’homme qui portait fièrement l’écusson « Jean Charest » sur son veston.

Kathy Laframboise a secondé. « Je m’en viens voir Jean Charest. Je veux l’encourager », a-t-elle dit.

Pierre B. Fortin s’est déplacé au Château Royal à Laval afin d’en apprendre plus sur les idées des candidats. Mais l’issue du débat aura peu d’impact sur son choix. « C’est sûr que c’est Jean Charest. C’est le meilleur candidat présentement qui peut remplacer M. Justin Trudeau », juge-t-il.

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Pierre Poilievre

Quelques mètres plus loin, Sherwin Edwards penchait plutôt pour Pierre Poilievre. « Il résonne avec mes convictions et mes idées, mais j’attends de voir si ses actions vont suivre ses babines », a confié l’homme, qui participait à un débat pour la première fois.

Le prochain chef du parti sera connu le 10 septembre.

Avec Alice Girard-Bossé, La Presse