(Ottawa) L’ancien premier ministre Stephen Harper « ne restera pas les bras croisés » si Jean Charest décide de briguer la direction du Parti conservateur. Il compte utiliser l’influence qu’il a conservée au sein du parti pour s’assurer qu’un « vrai conservateur » remporte la victoire, a appris La Presse de plusieurs sources.

Mis à jour le 23 février
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Le Devoir a rapporté, il y a deux semaines, que M. Harper n’avait guère l’intention de s’immiscer dans la présente course au leadership et qu’il ne comptait pas mettre de bâtons dans les roues d’une éventuelle campagne de Jean Charest. Le quotidien avait alors affirmé que M. Harper s’était complètement retiré de la politique et de son parti, et qu’il ne voyait aucun avantage sur le plan professionnel à s’en mêler.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean Charest, ancien premier ministre du Québec

Or, il n’en est rien. Des sources conservatrices proches de l’ancien premier ministre du Canada affirment au contraire qu’il voit toujours d’un très mauvais œil l’idée que Jean Charest prenne la barre de la formation politique qu’il a dirigée pendant plus d’une décennie.

« Il ne restera pas les bras croisés si Jean Charest se lance dans la course », a certifié une source conservatrice.

Toutefois, les moyens qu’entend utiliser M. Harper pour empêcher l’ancien premier ministre du Québec de mener une campagne au leadership victorieuse, s’il décide de tenter sa chance, demeurent inconnus.

Une autre source a indiqué que M. Harper demeure convaincu que M. Charest loge trop au centre sur l’échiquier politique, soulignant au passage ses politiques en matière de tarification du carbone lorsqu’il était premier ministre du Québec ou encore sa vive opposition au démantèlement du registre fédéral des armes à feu.

« Le boss est d’avis que Jean Charest n’est pas un vrai conservateur », a offert une source qui est bien au fait du raisonnement de l’ancien premier ministre conservateur.

Vieux différends

Il se trouve aussi que Stephen Harper a une longue mémoire. Il se rappelle que Jean Charest et des ministres de son gouvernement avaient dénoncé certaines des politiques des conservateurs durant la campagne électorale de 2008, entre autres choses. Ces critiques, notamment sur les coupes dans les arts et la volonté d’abolir le registre des armes à feu, avaient fait dérailler la campagne conservatrice au Québec et anéanti les chances de faire des gains dans la province.

M. Harper avait aussi démontré la même volonté d’empêcher Jean Charest de prendre les commandes du Parti conservateur en 2020 quand ce dernier avait sérieusement songé à l’idée de se lancer dans la course avant de se raviser.

M. Harper avait annoncé qu’il quittait le Fonds conservateur auquel il siégeait afin de se dégager de son obligation de neutralité durant la dernière campagne au leadership. Son but était alors d’œuvrer à torpiller les chances de Jean Charest de devenir chef du parti.

Des appuis d’autre part

Les signaux qu’envoie M. Harper surviennent tandis qu’un groupe de députés conservateurs du Québec, de l’Ontario et de la Nouvelle-Écosse tentent de convaincre M. Charest d’effectuer un retour sur la scène politique fédérale. Le député Alain Rayes fait partie de ce groupe qui a publié une lettre ouverte dans laquelle les signataires font appel « au sens du devoir » de l’ancien premier ministre du Québec.

Lisez la lettre « Le Canada a besoin de vous, monsieur Charest »

« Monsieur Charest, le Canada a besoin de vous », ont soutenu les signataires de la lettre dans laquelle ils vantent aussi ses longues années de service à Ottawa et à Québec.

« La course à la chefferie du Parti conservateur du Canada se résume à une question fondamentale : qui est le mieux placé pour déloger les libéraux fédéraux pour enfin doter notre pays d’un premier ministre qui relancera notre économie et gouvernera avec aplomb sous la bannière conservatrice ? Votre feuille de route, avant même de devenir premier ministre du Québec, était déjà très bien garnie. Vos 28 ans d’expérience en politique active font de vous la personne tout indiquée pour prendre la tête du Parti conservateur et du gouvernement du Canada », ont aussi écrit les signataires.

À l’heure actuelle, seul le député de Carleton, Pierre Poilievre, a confirmé son intention de briguer la direction du parti. Outre Jean Charest, trois autres candidats pourraient être sur les rangs. Il s’agit de l’ancien ministre de la Justice Peter MacKay, qui a terminé deuxième lors de la dernière course au leadership, du maire de Brampton, Patrick Brown, qui a aussi été député sur la scène fédérale et a été chef du Parti conservateur de l’Ontario avant de quitter ses fonctions à cause d’allégations d’inconduite sexuelle, et de Tasha Kheiriddin, chroniqueuse politique au National Post.

Les règles de la course au leadership n’ont pas encore été arrêtées. Un comité du parti devrait les annoncer d’ici une dizaine de jours. Les partisans de Pierre Poilievre prônent un appel rapide au vote des membres du parti au motif que le gouvernement libéral de Justin Trudeau est minoritaire et que des élections fédérales peuvent survenir à tout moment.