(Ottawa) Le cabinet du gouvernement libéral de Justin Trudeau se réunit mercredi tandis que des pressions sont croissantes sur le premier ministre pour qu’il prenne de nouvelles mesures contre Moscou dans la crise entre l’Ukraine et la Russie.

Publié le 26 janvier
Mike Blanchfield La Presse Canadienne

Le Canada pourrait par exemple se joindre à ses alliés de l’OTAN et imposer à la Russie des contrôles aux exportations, afin de priver Moscou d’une technologie sensible liée à l’intelligence artificielle —une mesure fortement envisagée par les États-Unis.

M. Trudeau a annoncé la semaine dernière que le Canada accordait à l’Ukraine un prêt de 120 millions visant à « renforcer l’économie » du pays face aux menaces persistantes de la Russie. Mais le premier ministre a ajouté que son gouvernement envisageait « d’autres mesures », qui seraient discutées au sein du conseil des ministres. Et son gouvernement subit des pressions croissantes pour qu’Ottawa en fasse plus.

Les Canadiens d’origine ukrainienne et le gouvernement ukrainien à Kiev demandent au Canada de fournir des armes, d’imposer de nouvelles sanctions à la Russie et de prolonger la mission canadienne de formation militaire en Ukraine au-delà de la fin mars.

La Russie a mobilisé environ 100 000 soldats aux frontières de l’Ukraine, ainsi que des chars et d’autres pièces d’artillerie lourde, ce qui fait craindre en Europe et au sein de l’Alliance atlantique (OTAN) une invasion russe. Moscou a démenti une telle avenue.

De hauts responsables à la Maison-Blanche ont discuté mardi de certaines des options pour contrer toute nouvelle incursion russe en Ukraine. Moscou avait « annexé » la péninsule de Crimée en 2014 et soutenu des rebelles séparatistes prorusses dans la région orientale de l’Ukraine, une crise qui a fait des milliers de morts.

Les responsables américains ont déclaré que Washington et ses alliés envisageaient d’imposer des contrôles sur les exportations, qui empêcheraient le président russe Vladimir Poutine d’accéder à certaines technologies très convoitées.

Un responsable américain expliquait que ces contrôles à l’exportation sont efficaces, car ils misent sur « la domination mondiale des logiciels, technologies et appareils d’origine américaine » qui s’étendent à l’intelligence artificielle, à la défense, à l’aérospatiale et à d’autres secteurs.

« Les options de contrôle des exportations que nous envisageons aux côtés de nos alliés et partenaires heurteraient assez durement les ambitions stratégiques de Poutine d’industrialiser son économie, a déclaré ce responsable américain. Et cela nuirait à des secteurs qui sont névralgiques pour lui. »

Trois députés conservateurs à Ottawa ont demandé mardi au gouvernement libéral de rediriger vers l’Ukraine des armes initialement destinées aux combattants peshmergas kurdes dans le nord de l’Irak.

La réunion à huis clos du cabinet Trudeau à Ottawa, mercredi, se déroule dans un contexte beaucoup plus large de discussions à Paris. Les principaux conseillers de Russie, de France, d’Allemagne et d’Ukraine — qu’on appelle le « format Normandie » — étaient réunis mercredi pour faire baisser les tensions et trouver une solution à cette crise.

Ottawa a imité mardi ses alliés britannique et américain en ordonnant aux familles des membres du personnel de son ambassade en Ukraine de quitter le pays.

La veille, Affaires mondiales avait mis à jour son avertissement aux voyageurs canadiens. « Évitez tout voyage non essentiel en Ukraine en raison des menaces actuelles de la Russie et de son déploiement militaire dans le pays et dans les environs, recommande maintenant Ottawa. Si vous êtes en Ukraine, vous devriez évaluer si votre présence est essentielle. »