Les derniers mois ont été éprouvants. Mais au-delà de la COVID-19 et des trop nombreux drames qui ont secoué le Québec, du beau a réussi à se faire une place. La Presse vous raconte quatre histoires de personnes d’exception qui ont marqué leur communauté et leur député.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Lorraine Richard se décrit comme une personne sanguine. Qui mord dans une vie partagée entre Québec, Sept-Îles et Havre-Saint-Pierre. Et qui s’oublie, comme bien des gens, dans le travail.

Peu avant Noël, en décembre dernier, la députée de la circonscription de Duplessis a reçu un message, qu’elle a interprété comme un rappel qu’on ne décide pas tout du destin. Émilie Poitras, jeune fille pétillante de santé, qui l’avait accompagnée au cours des élections de 2018 pour faire du bénévolat, était plongée dans le coma.

« Moi qui avance en âge, j’aimais tellement sa personnalité, sa fougue. Ça m’a donné un choc. Elle qui avait tant de potentiel se retrouvait du jour au lendemain dans un état végétatif, atteinte du syndrome de Guillain-Barré », raconte Mme Richard.

L’histoire d’Émilie, que toute la Côte-Nord a suivie sur Facebook avec l’espoir qu’elle retrouve la santé, a mené sa famille à parcourir des centaines kilomètres pour faire l’aller-retour vers le centre hospitalier de Québec, où les visites étaient restreintes dans le contexte de la pandémie.

Une histoire tragique marquée par la résilience qu’Émilie Poitras nous raconte enfin de vive voix, après une randonnée de 4 km. Elle qui a dû réapprendre à respirer, à manger et à marcher.

« J’ai juste voulu foncer »

En décembre dernier, à quelques jours de la pause des Fêtes, Émilie, qui étudiait le théâtre à Québec, a senti des engourdissements aux mains et aux pieds. Après quelques allers-retours aux urgences, où on ne comprenait pas la source du problème, la situation s’est empirée.

« Je n’étais plus capable de parler. Je n’étais plus capable de respirer. Ils m’ont intubée et ils ont appelé mes parents pour qu’ils viennent d’urgence à Québec », se rappelle-t-elle.

« J’ai été dans le coma pendant trois semaines. À partir de ce moment-là, tout a crashé. Mon cœur, mon estomac, mes poumons. J’ai eu une trachéotomie et un pacemaker externe. J’étais dans le coma pour rester en vie, car sinon je n’avais pas assez d’énergie », précise-t-elle.

À son réveil, près de trois semaines plus tard, elle a retrouvé ses parents. Des gens lui avaient écrit des mots d’encouragement, dont Lorraine Richard, sa députée, qui lui avait envoyé « une belle grosse doudou » qu’elle a gardée pendant sa réadaptation.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Émilie Poitras

J’ai trouvé une force en moi. J’ai juste voulu foncer. J’ai accepté la situation tout de suite, c’est arrivé et je ne peux rien changer. La seule chose que je peux faire, c’est de me rétablir de mon mieux.

Émilie Poitras

« J’ai fait des efforts. J’ai rencontré des gens extraordinaires et je prenais chaque petite victoire comme un miracle. Quand j’ai été capable de respirer toute seule, c’était malade ! Juste bouger les doigts, c’était fou, je capotais. Toutes ces choses qui s’accumulaient me donnaient du courage pour continuer », ajoute Émilie Poitras, quelques jours avant une rencontre avec son neurologue, à l’hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec.

Laisser tomber la façade

Lorraine Richard a été chamboulée par l’histoire de la jeune Nord-Côtière. « Ça m’a fait réaliser des choses. En politique, je vais parler de moi, je fais une vie de fou. Je vis à trois endroits, à Québec, à Sept-Îles et à Havre-Saint-Pierre. J’essaie d’en faire toujours plus. L’histoire d’Émilie m’a rappelé qu’en l’espace de 24 heures, la vie peut être chamboulée », dit-elle.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Lorraine Richard

Émilie, je ne la voyais pas souvent, mais je m’étais attachée à elle. Je me voyais en elle plus jeune, si j’avais eu toutes les chances que la jeunesse d’aujourd’hui peut avoir et que nous n’avions pas. Ça m’a fait réaliser que, demain, je pourrais ne plus être là.

Lorraine Richard

« Souvent en politique, on a une façade. Il ne faut jamais dire qu’on est fatiguée. Mais Émilie, elle a baissé le masque. Elle a accepté de laisser tomber tous les masques » au cours de sa convalescence, ajoute la grand-mère de deux petits-enfants, admirative.

Un pas à la fois

Depuis, Émilie Poitras relève chaque jour un nouveau défi dans sa longue route vers la guérison.

« J’ai recommencé à vivre ma vie. Quand tu es vulnérable, pas capable de bouger et que tes parents doivent te laver, tu rajeunis. Je suis retournée dans un état comme si j’avais 6 ans, mais j’ai depuis repris mon autonomie. Je suis redevenue Émilie », raconte la jeune adulte.

Émilie, qui étudiait pour devenir actrice, considère désormais ses chances d’y parvenir comme plutôt minces, alors que la moitié de son visage est paralysé. Elle a décidé de retourner aux études à l’automne en communication à l’Université Laval. Elle rêve de devenir journaliste ou animatrice à la radio.

« Je veux parler ou écrire. Je veux juste faire ce que j’aime. Je suis prête à prendre mon temps pour y arriver. J’ai 20 ans. »