(Ottawa) Le torchon brûle au Parti vert. Six membres du conseil fédéral de la formation politique déposeront mardi soir une motion de destitution de la cheffe Annamie Paul.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le vice-président du conseil et ancien candidat vert Daniel Green fait partie des six conseillers qui exigent le départ de la dirigeante, en poste depuis moins d’un an. Il lui reproche d’avoir échoué à exercer un leadership rassembleur, ce qui a mené à la défection de la députée Jenica Atwin, passée chez les libéraux la semaine passée.

« On est en deuil. Elle était une étoile montante pour notre parti. Avoir une candidate comme Jenica Atwin arrive rarement dans un parti politique aussi petit que le nôtre. Je la voyais comme une future cheffe. La perdre parce que la cheffe n’a pas fait ce qu’elle devait faire pour la conserver est un recul pour le parti », lance Daniel Green en entrevue.

Le dépôt de cette motion de censure enclenche un processus qui mènera à un vote des membres du conseil fédéral, le 15 juillet. Si 75 % d’entre eux l’approuvent, la motion sera ensuite soumise aux militants verts, qui se réuniront en août prochain pour leur rencontre annuelle.

« Elle n’a pas été capable de gérer un parti avec trois députés, je ne vois pas comment elle pourrait gérer un parti qui cherche à faire élire plus de députés », laisse tomber M. Green, déplorant le refus de la cheffe de condamner les propos tenus par son conseiller, Noah Zatzman, à l’endroit de Jenica Atwin.

Il y a un mois, le stratège a accusé la députée du Nouveau-Brunwsick d’antisémitisme pour son utilisation du terme « apartheid » israélien. Jamais Annamie Paul n’a condamné cette attaque. Et mardi matin, elle y est allée d’une salve à l’endroit de son ex-élue, disant que celle-ci avait « fabriqué » une raison pour s’en aller.

Dans une entrevue accordée à La Presse vendredi dernier, Jenica Atwin a affirmé que c’était bel et bien le désaccord avec Noah Zatzman qui avait mené à sa décision de traverser l’allée pour rejoindre les troupes de Justin Trudeau.

Pas une tentative de putsch, jure Green

Daniel Green, qui est un fidèle allié de l’ancienne cheffe Elizabeth May, insiste sur le fait que le processus de destitution qui devrait s’enclencher n’est pas une tentative de putsch : « Je suis son ami, et je peux vous assurer qu’elle n’a absolument aucune envie de redevenir cheffe ».

Les membres du conseil fédéral doivent fournir les détails de leurs récriminations mardi soir. Il y aura des récits de « confrontation » entre Annamie Paul et des membres du personnel politique du caucus vert, et des détails sur « son refus de communiquer » avec Jenica Atwin, indique le militant écologiste de longue date.

En coulisses, on avance que le racisme et la discrimination expliquent en partie la fronde contre la première femme noire, de confession juive, à diriger une formation politique au Canada. Le Toronto Star rapportait en avril dans un article portant sur la guerre larvée, que Zahra Mitra, coordonnatrice en diversité, avait fustigé ceux qui le niaient.

« Il est clair que des personnes blanches, âgées, avec privilège, doivent faire une introspection, se demander si elles ont dans leur bagage des éléments de racisme systémique », commente Daniel Green. Mais « ce qui s’est passé dans les derniers mois transcende la question raciale et la question religieuse », plaide-t-il.

Il n’a pas encore été possible d’obtenir une réaction de Mme Paul au moment d’écrire ces lignes, mardi en fin d’après-midi.