(Ottawa) Justin Trudeau pourrait être le seul leader à ne pas être en mesure d’assister en personne au sommet du G7 prévu en juin au Royaume-Uni. Les règles sanitaires en vigueur en Ontario et celles édictées par son propre gouvernement, qui imposent la quarantaine obligatoire à quiconque revient d’un voyage à l’étranger, constituent un obstacle de taille.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Selon des informations obtenues par La Presse, la fièvre préélectorale qui s’est déjà installée dans la capitale fédérale pourrait aussi inciter le premier ministre à se contenter de participer au sommet de façon virtuelle. Tous les partis politiques se préparent en prévision d’un scrutin à l’automne.

Le Parti conservateur a déjà critiqué sans ménagement M. Trudeau il y a deux semaines après que ce dernier eut laissé entendre qu’il pourrait se rendre en personne au Royaume-Uni. Les troupes d’Erin O’Toole ont rapidement établi un contraste entre un premier ministre qui pourrait effectuer un voyage à l’étranger alors que les Canadiens demeurent sous le coup de mesures de confinement sévères au pays à cause de la troisième vague qui fait des ravages dans plusieurs provinces, notamment en Ontario et en Alberta.

« Tout le monde voudrait bien participer au sommet en personne. Mais les règles sanitaires en Ontario et les règles de quarantaine obligatoire de trois jours à l’hôtel au retour rendent tout cela bien compliqué », a confié une source gouvernementale digne de foi. La Presse a accordé l’anonymat à cette source parce qu’elle n’était pas autorisée à parler publiquement de ce dossier.

La décision définitive à ce sujet n’est pas prise. Mais l’inévitable se dessine à l’horizon, d’autant qu’aucune équipe d’éclaireurs du bureau du premier ministre n’a encore été dépêchée sur les lieux de la rencontre internationale, comme c’est le cas normalement, afin de peaufiner les détails du voyage officiel. Depuis un an, l’équipe d’éclaireurs est d’ailleurs devenue squelettique parce que le premier ministre n’a effectué aucun voyage, indique-t-on.

Une importante délégation de conseillers, de fonctionnaires et d’agents de la GRC accompagne normalement le premier ministre lorsqu’il se rend à l’étranger. Des journalistes sont aussi affectés à la couverture de sa visite officielle.

Tous ceux qui accompagneraient le premier ministre devraient aussi se soumettre à une quarantaine obligatoire de 14 jours, dont trois jours à l’hôtel en attente du résultat d’un test de dépistage de la COVID-19. À lui seul, ce séjour obligatoire à l’hôtel coûte 2000 $.

Le seul absent ?

L’hôte du sommet, le premier ministre britannique Boris Johnson, a exprimé le souhait que tous ses homologues du G7 puissent se rendre dans la ville côtière de Carbis Bay, dans les Cornouailles, où aura lieu la rencontre du 11 au 13 juin.

La semaine dernière, le président des États-Unis, Joe Biden, a confirmé sa participation en personne. Les autres leaders de la France, de l’Italie, de l’Allemagne et du Japon ont aussi signifié leur intention d’y assister. Il ne reste qu’à Justin Trudeau à confirmer sa présence.

Les principaux sujets à l’ordre du jour du sommet du G7 sont la lutte contre la pandémie, les changements climatiques, le renforcement de la sécurité alimentaire et la promotion de l’éducation des filles. Les leaders doivent aussi aborder les menaces qui pèsent sur les droits de la personne et la démocratie ainsi que les problèmes de sécurité régionale dans plusieurs pays, notamment la Chine et la Russie.

Cette semaine, le chef de la diplomatie canadienne, Marc Garneau, s’est rendu au Royaume-Uni afin de participer en personne à la rencontre des ministres des Affaires étrangères des pays du G7.

Et il a indiqué qu’il respecterait les règles entourant la quarantaine à son retour au pays, y compris le séjour à l’hôtel, à compter de mercredi. Seul son directeur des communications, Ricky Landry, l’a accompagné au Royaume-Uni.

Le dernier voyage à l’étranger de Justin Trudeau remonte à février 2020, quand le premier ministre a effectué une tournée de pays de l’Afrique dans le cadre de la campagne du Canada visant à obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Le Canada s’est fait damer le pion par la Norvège et l’Irlande, encaissant ainsi un deuxième échec en 10 ans.

Permission spéciale ?

Le premier ministre et ses proches collaborateurs pourraient-ils se soustraire à une quarantaine obligatoire de trois jours à l’hôtel en arguant qu’il s’agit d’un voyage pour un sommet international, et non d’un voyage d’agrément ? Dans l’entourage du premier ministre, on reconnaît que cela représenterait tout un défi de communication pour éviter un ressac de la part de Canadiens impatients d’en finir avec les mesures sanitaires liées à la COVID-19 et de reprendre un train de vie normal.

Dans les rangs libéraux à Ottawa, on redoute aussi que le premier ministre de l’Ontario Doug Ford ne se livre à des attaques virulentes. Cible de vives critiques en raison de sa gestion défaillante de la troisième vague de la pandémie dans sa province, M. Ford réclame la fermeture complète des frontières. Récemment, il a même demandé au gouvernement fédéral de fermer l’aéroport international Pearson de Toronto pour empêcher les voyageurs étrangers de venir au Canada et réduire les risques de propagation des variants.

« Il est évident que Doug Ford ne nous fera pas de cadeaux si le premier ministre se rend au G7 », a lancé une source gouvernementale.