(Ottawa) Au lendemain de la démission de la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, sur fond de controverse, le premier ministre Justin Trudeau a exprimé – bien qu’à mots couverts – une certaine déception de l’avoir élevée au poste de chef de l’État canadien en octobre 2017.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Je pense que Mme Payette, avec son emphase sur la science et le service, a amené énormément de positif dans son service, mais évidemment, le droit à toute personne d’avoir un milieu de travail sain et sécuritaire est quelque chose [en quoi] ce gouvernement croit profondément », a-t-il déclaré en conférence de presse à Rideau Hall, vendredi.

En dépit du fait que l’ex-astronaute a été choisie par Justin Trudeau pour s’installer à Rideau Hall après des passages houleux marqués par des allégations de harcèlement à la tête du Centre des sciences de Montréal et au sein du Comité olympique canadien, le premier ministre a argué que le processus de vérification des antécédents avait été « rigoureux », mais qu’il comptait néanmoins « examiner les façons de l’améliorer ».

Le premier ministre a parlé directement à la reine Élizabeth II au téléphone, vendredi matin, pour l’informer du départ de sa représentante au Canada et lui confirmer que le juge en chef de la Cour suprême du Canada, Richard Wagner, assumerait les fonctions abandonnées par Julie Payette en attendant la nomination d’une nouvelle personne.

La gouverneure générale du Canada a annoncé sa démission jeudi après-midi, après avoir pris connaissance des conclusions d’un rapport d’enquête sur le climat de travail qualifié de « toxique » à Rideau Hall par de nombreux employés et ex-employés qui se sont confiés au réseau CBC en juillet dernier. En entrevue avec La Presse, le ministre Dominic LeBlanc a évoqué un contenu « difficile » et « perturbant ».

Si Justin Trudeau a commencé son habituelle allocution du vendredi en faisant le point sur cette affaire embarrassante, il s’est montré peu intéressé à élaborer lors de la période de questions qui s’est ensuivie, se contentant de réponses brèves.

Il a notamment refusé de reconnaître qu’il y avait eu des ratés dans le processus de nomination, affirmant que les vérifications pour les fonctions de haut niveau étaient « rigoureuses », mais que le processus pouvait être amélioré.

Le premier ministre n’a pas non plus voulu commenter directement la rente à vie de près de 150 000 $ par année que Julie Payette a le droit de toucher en tant qu’ancienne gouverneure générale.

Dans une déclaration transmise aux médias, le professeur de science politique Daniel Béland, de l’Université McGill, a argué que « la démission de Julie Payette est une démarche sans précédent qui remet en cause le jugement du premier ministre Justin Trudeau, qui l’a nommée sans vérification suffisante ».

Il a ajouté que « cette démission exacerbe l’incertitude politique dans le contexte d’un gouvernement minoritaire dans lequel le rôle constitutionnel du gouverneur général est très important », a ajouté celui qui est directeur de l’Institut d’études canadiennes au même établissement universitaire montréalais.

Quarantaine aux frais des voyageurs ?

Le premier ministre Trudeau, qui a de nouveau prié les Canadiens d’éviter les voyages non essentiels, s’est montré ouvert à la possibilité d’imposer à ceux qui le font tout de même une quarantaine à l’hôtel à leurs frais, comme l’a notamment suggéré le premier ministre du Québec, François Legault.

L’enjeu était à l’ordre du jour de la 25e conférence téléphonique fédérale-provinciale-territoriale, jeudi.

« Comme je l’ai dit aux premiers ministres, on est prêts à prendre des mesures encore plus strictes s’il le faut. Ensemble, on a discuté de la gamme d’options sur la table présentement. Quand il est question de sécurité, on n’exclut aucune possibilité », a plaidé Justin Trudeau.

Mais déjà, en instaurant des mesures parmi « les plus strictes au monde », dont l’obligation de s’isoler 14 jours à un retour de voyage et celle, plus récente, de présenter un résultat de test négatif avant de monter à bord d’un avion, « il y a maintenant moins de vols », a-t-il souligné.

Le premier ministre Legault s’est dit intéressé par le modèle en place en Nouvelle-Zélande, qui oblige les voyageurs à passer deux semaines dans un hôtel à leur arrivée. Dans certains cas, c’est l’État qui défraie les coûts, mais pour les voyages d’agrément de courte durée, la facture doit être payée par les voyageurs.