(Ottawa) Justin Trudeau accuse Donald Trump d’avoir une bonne part de responsabilité dans l’assaut meurtrier du Capitole à Washington. Pendant ce temps, au pays, les troupes libérales s’affairent à accuser l’opposition conservatrice de véhiculer la même idéologie et le même type de propos incendiaires.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le premier ministre du Canada y est allé de l’une de ses plus sévères critiques à l’endroit du 45e président des États-Unis en lui attribuant la responsabilité des évènements qui ont secoué mercredi les États-Unis et qui ont fait au moins cinq victimes.

« On a tous été choqués de voir des extrémistes incités par le président agir avec autant de violence pour saccager le Capitole à Washington », a-t-il martelé d’entrée de jeu dans son allocution d’ouverture au pas de sa résidence de Rideau Cottage, à Ottawa.

« Je pense qu’on a tous vu ce que le président a dit, on a tous vu les scènes horrifiantes d’une foule violente qui voulait renverser les institutions démocratiques aux États-Unis », a-t-il ajouté.

C’est un rappel pour nous tous que les choix qu’on fait en tant que politicien, les mots qu’on utilise, […] ça a des conséquences directes […] sur la nature même de nos institutions.

Justin Trudeau

Et selon lui, cela montre qu’« on ne peut pas prendre notre démocratie pour acquise », que celle-ci « ne va pas continuer sans effort » et que le maintien « d’un système politique où le camp perdant concède gracieusement et où les partis politiques rivaux travaillent ensemble pour le bien commun entre les élections » est un « réel accomplissement ».

Tous les chefs fédéraux ont condamné l’irruption d’émeutiers au siège du Congrès américain. Les dirigeants du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique, Yves-François Blanchet et Jagmeet Singh, ont directement montré du doigt Donald Trump. Au Parti conservateur, le député Michael Chong a fait la même chose ; son chef Erin O’Toole n’est pas allé jusque-là.

En même temps qu’il a fustigé l’actuel locataire de la Maison-Blanche et la police du Capitole, Jagmeet Singh a demandé au gouvernement Trudeau d’ajouter le groupe dextrême droite Proud Boys à la liste des organisations terroristes du Canada. Fondés par un Canadien, Gavin McInnes, les Proud Boys sont actifs des deux côtés de la frontière.

Le premier ministre n’a pas dit s’il avait l’intention d’accéder à cette requête, vendredi, mais il s’est engagé à « continuer de lutter […] contre cet extrémisme violent qu’on voit de plus en plus […] à travers le monde, y compris ici au Canada », et il a soutenu que les agences de sécurité canadiennes « prennent ça très au sérieux tout comme notre gouvernement ».

Front d’attaque pour les libéraux

L’assaut du Capitole a par ailleurs ouvert un front d’attaque pour les libéraux fédéraux, lesquels ont multiplié sur les réseaux sociaux les publications visant à établir un rapprochement entre le Parti conservateur d’Erin O’Toole et les tenants du mouvement Make America Great Again (MAGA), propulsé par le président sortant Donald Trump.

D’abord, il y a cette photo semblant montrer la cheffe adjointe de l’opposition officielle, Candice Bergen, qui arbore une casquette à motif de camouflage frappée du slogan MAGA. Plusieurs députés libéraux l’ont relayée, dont Adam Vaughan, de l’Ontario.

Dans le camp conservateur, on a refusé net de confirmer l’authenticité de cette photo.

On s’est contenté de transmettre une déclaration attribuée à l’élue du Manitoba, dans laquelle celle-ci « condamne fermement la violence incitée par le président sortant Trump à l’intérieur et à l’extérieur du Capitole ».

Un autre député libéral de l’Ontario, Mark Gerretsen, a lui aussi sonné la charge en publiant vendredi une capture d’écran tirée du site web du Parti conservateur. « Justin Trudeau truque les prochaines élections en sa faveur », titrait-on dans cette publication antérieure au scrutin fédéral d’octobre 2019.

« Ça vous fait penser à une autre personne qui vient tout récemment d’inciter à la violence ? ! Ce genre de rhétorique, qui vise à inciter à la haine et peut conduire à des comportements violents, doit cesser MAINTENANT », a écrit l’élu sur Twitter.

La page en question a été retirée. Et si on a décidé de la retirer, c’est que le message est caduc, selon ce qu’a indiqué le directeur des communications du Parti conservateur, Cory Hann, dans un courriel envoyé à La Presse, vendredi.

CAPTURE D’ÉCRAN DU SITE INTERNET DU PARTI CONSERVATEUR

« Évidemment, le contenu antérieur à l’élection d’un nouveau chef devient obsolète, et donc il est supprimé, ou il n’est tout simplement plus représentatif du chef actuel. Et c’est précisément ce à quoi on a affaire – le contenu est antérieur au chef actuel, et n’est plus utilisé ou applicable », a-t-il expliqué.

Trump n’assistera pas à la prestation de serment

À Washington, le président Trump a fait savoir qu’il bouderait la cérémonie qui marquera l’entrée en fonction de Joe Biden, au Capitole.

« À tous ceux qui ont posé la question, je n’irai pas à la prestation de serment le 20 janvier », a-t-il écrit vendredi matin sur son compte Twitter, lequel a été réactivé après avoir été suspendu momentanément.

Jeudi soir, il s’était engagé à travailler pour assurer une passation harmonieuse et pacifique des pouvoirs.