(Ottawa) Au lendemain de l’assaut du Capitole à Washington, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, demande au gouvernement du Canada de désigner les Proud Boys comme une organisation terroriste.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Les évènements de mercredi démontrent qu’« il est plus urgent que jamais que le gouvernement interdise et démantèle immédiatement toutes les organisations haineuses en activité au Canada », car même si l’assaut du Capitole a eu lieu aux États-Unis, « la haine ne connaît pas de frontières », a argué le dirigeant du NPD.

« Nous devons agir de toute urgence pour arrêter les flambées de haine ici au Canada », et le gouvernement peut commencer à le faire « en interdisant et en désignant les Proud Boys comme une organisation terroriste », a-t-il poursuivi par voie de communiqué.

Les Proud Boys sont des suprémacistes blancs. La milice, qui est active aux États-Unis et au Canada, a été fondée par un Canadien, Gavin McInnes. C’est à leur intention que Donald Trump a dit « Reculez et tenez-vous prêts » (Stand back and stand by) dans le premier débat de la course à la présidentielle.

Le leader du groupe d’extrême droite, Enrique Tarrio, 36 ans, a été arrêté lundi dernier à Washington, en amont de la manifestation contre la certification de l’élection de Joe Biden comme prochain président des États-Unis qui a dégénéré et fait au moins quatre victimes.

PHOTO JOHN RUDOFF, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Enrique Tarrio

Arrivé de Floride, il a été inculpé pour destruction de biens de l’église méthodiste Asbury United, dont les fidèles sont principalement afro-américains. Avec d’autres, il en aurait brûlé la bannière. Il a aussi été accusé d’avoir été en possession de deux chargeurs illégaux d’arme à feu de grande capacité.

Il y a actuellement une soixantaine d’entités sur la liste des organisations terroristes d’Ottawa. On y retrouve des groupes comme le Hezbollah, Daech et Al-Qaïda, mais également les organisations néonazies Blood & Honour et Combat 18 (C18), lesquelles y ont été inscrites en juin 2019.

Au cabinet du ministre de la Sécurité publique Bill Blair, on n’a pas offert de réponse directe à la demande de Jagmeet Singh. « Le processus de classement est continu, et lorsqu’une organisation a été jugée conforme aux critères du Code pénal, elle est ajoutée à la liste », a écrit la porte-parole Mary-Liz Power.

« Nous dénonçons fermement tous ceux, comme les Proud Boys, qui avancent des idéologies misogynes, soutiennent les convictions de la suprématie blanche et glorifient la violence. L’intolérance et la haine n’ont pas leur place dans notre société », a-t-elle ajouté dans un courriel transmis à La Presse.

Au Parti conservateur, le député Gérard Deltell a déclaré jeudi soir que sa formation soutenait « la désignation des divers groupes suprémacistes blancs comme organisations terroristes ».

Le Bloc québécois a décliné l’invitation à se prononcer sur la question.

La police du Capitole critiquée

Dans la même déclaration, Jagmeet Singh s’est indigné de la manière dont la police du Capitole a géré l’irruption de manifestants blancs comparativement à la façon dont les manifestations du mouvement Black Lives Matter (Les vies noires comptent) ont été réprimées dans la même ville il y a quelques mois.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

« Les gens qui ont tout suivi [mercredi] ont vu un contraste saisissant dans le traitement de ce qui s’est passé au Capitole américain. Lorsque les personnes noires, racisées et autochtones réclament justice […], elles font face à la violence et la brutalité », a-t-il argué.

On a entendu le même son de cloche à Wilmington, au Delaware.

En conférence de presse dans son fief, le président désigné des États-Unis, Joe Biden, s’est dit convaincu, jeudi, que des manifestants antiracistes auraient été traités de façon « très différente » comparativement aux partisans de Donald Trump qui ont semé le chaos à Washington.

« Si cela avait été une manifestation du mouvement Black Lives Matter, ils auraient été traités de façon très différente comparativement à la foule hargneuse qui a attaqué le Capitole. Nous savons tous que c’est vrai, et c’est inacceptable », a-t-il déclaré.

— Avec l’Agence France-Presse