(WINNIPEG) Le lieutenant politique de Justin Trudeau au Québec, le ministre Pablo Rodriguez, exhorte le gouvernement Legault à voir en lui l’« allié naturel » qui lui permettra de faire progresser les dossiers prioritaires du Québec à Ottawa.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Deux mois après avoir reçu le mandat de veiller aux bonnes relations entre les deux capitales, Pablo Rodriguez soutient que la décision du premier ministre de recréer le poste de lieutenant rapporte déjà des dividendes.

À preuve, non seulement les appels se multiplient entre son bureau et ceux des ministres du gouvernement Legault, mais ils sont tout aussi nombreux entre son bureau et ceux des décideurs du monde municipal, des acteurs économiques et des syndicats du Québec, entre autres choses.

Mieux encore, ses collègues anglophones du Cabinet qui doivent se rendre au Québec pour rencontrer leurs homologues ont pris l’habitude de l’appeler pour le consulter avant de fouler le sol québécois afin d’obtenir ses conseils.

Résultat : il fait en quelque sorte le pont entre les deux solitudes du pays.

« Ma porte est grande ouverte », lance d’emblée Pablo Rodriguez dans une entrevue avec La Presse en marge de la retraite de trois jours du Cabinet fédéral à Winnipeg qui a pris fin mardi.

Le bureau du lieutenant est en fait un véhicule extraordinaire pour faire avancer les priorités du Québec. […] C’est à travers le bureau du lieutenant que les dossiers sont acheminés beaucoup plus rapidement vers le centre décisionnel.

Pablo Rodriguez, lieutenant politique de Justin Trudeau au Québec 

« Récemment, les ministres anglophones qui sont allés au Québec m’ont appelé avant pour discuter. Je leur ai expliqué l’approche et la façon de voir du Québec. Je leur ai donné des conseils. Donc, ça marche dans les deux sens. Cela facilite les relations et [permet de] bien les établir. Nous sommes une société distincte. Il faut que ce soit vu et compris, et particulièrement du côté de mes collègues anglophones. »

Et pour bien signifier son état d’esprit, il ajoute : « Il faut que l’on voie en moi un allié naturel pour aider à véhiculer le message du Québec à Ottawa. Le lieutenant a un rôle à jouer et amène sa voix au chapitre. Il peut expliquer l’importance de certaines ententes pour mieux les faire comprendre à Ottawa. Avec un lieutenant, le Québec est plus fort. C’est aussi simple que cela. »

Une dizaine d’employés

M. Rodriguez, qui est aussi le leader du gouvernement en Chambre, a indiqué qu’il aurait sous peu une équipe d’une dizaine d’employés pour l’épauler dans ses fonctions de lieutenant. Il a embauché Geneviève Hinse à titre de chef de cabinet. Cette dernière a travaillé pour des ministres au sein du gouvernement du Québec avant d’aboutir à Ottawa après la victoire des libéraux en 2015. Mme Hinse, qui a aussi œuvré sur la scène municipale à Montréal, a brigué les suffrages au dernier scrutin dans la circonscription de Rosemont–La Petite-Patrie, remportée à nouveau par le député néo-démocrate Alexandre Boulerice.

Dans les semaines qui ont suivi sa nomination, M. Rodriguez a participé à la rencontre entre Justin Trudeau et le premier ministre François Legault à Montréal. Il a aussi rencontré la ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, à deux reprises.

Ce n’est pas tout. M. Rodriguez a rencontré des leaders du monde municipal comme le maire de Québec, Régis Labeaume, le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, et le premier magistrat de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil, afin de discuter de leurs priorités. M. Rodriguez prévoit par ailleurs entreprendre une tournée des régions au cours des prochaines semaines, quand les travaux parlementaires ne le retiendront pas à Ottawa.

En entrevue, M. Rodriguez a pris soin de décrire le premier ministre du Québec comme un homme « très pragmatique ».

« François Legault est un homme très pragmatique, qui veut obtenir des résultats. Moi, je suis aussi pragmatique. Je veux atteindre des résultats. On sert les mêmes personnes. Nous sommes tous élus par des Québécois. On veut faire avancer le Québec. Quand le Québec avance, c’est nous tous qui avançons », soutient-il.

Les dossiers liés aux infrastructures occupent une large place dans les échanges qu’il a eus jusqu’ici avec les ministres du Québec et les leaders municipaux. Mais il souhaite aussi régler les négociations portant sur les investissements que souhaite faire le gouvernement fédéral dans le logement social, un champ de compétence provinciale.

« C’est une priorité pour le Québec et on comprend les sensibilités et l’importance de ce dossier pour le Québec », avance M. Rodriguez.