(OTTAWA) Même s’il n’est pas encore officiellement candidat dans la course à la direction du Parti conservateur, le député Pierre Poilievre tient à ce que son parti tourne rapidement la page sur les questions sociales comme les mariages gais et l’avortement – des enjeux qui ont fait dérailler la campagne des conservateurs aux dernières élections.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

« Je suis favorable aux mariages gais. Point final. J’ai voté contre il y a 15 ans. Mais j’ai beaucoup appris, comme des millions et des millions de gens partout au Canada et à travers le monde. Je constate que le mariage gai est un succès. L’institution du mariage doit être ouverte à tous les citoyens, peu importe leur orientation sexuelle », affirme d’emblée le volubile député dans une entrevue à La Presse.

Et sur l’avortement, il déclare qu’un éventuel gouvernement conservateur qu’il dirigerait ne présenterait jamais un projet de loi sur cet enjeu. Mais il irait plus loin en s’assurant qu’aucun projet de moi, même privé, ne soit adopté non plus.

« C’est ma position », a-t-il affirmé.

Ces positions tranchent avec celles qu’a défendues Andrew Scheer durant la dernière campagne électorale. M. Scheer, qui a annoncé en décembre qu’il quitterait ses fonctions de leader dès que les membres du parti auraient élu un nouveau chef en juin, a refusé de s’expliquer sur des propos controversés qu’il avait tenus en 2005 sur les mariages gais et il a mis plusieurs heures à préciser sa position sur l’avortement après avoir été accusé durant le débat à TVA d’entretenir le flou sur cet enjeu.

Décision « imminente »

Alors qu’il a entrepris jeudi une tournée de trois jours dans la grande région de Montréal, M. Poilievre a dit que sa décision de briguer la direction du parti était « imminente ».

« Oui, ma décision est assez imminente. Il faut attendre encore un peu. Ce que je peux dire n’est pas intéressant. Et ce que je ne peux pas dire est intéressant ! », a-t-il dit en riant.

S’il tient à garder un certain élément de surprise quant à la date de l’annonce, il a dit souhaiter que les Jean Charest, Rona Ambrose, Peter MacKay et autres soient de la course.

« J’invite tout le monde à se présenter, tous les noms que l’on entend, y compris Peter MacKay, Rona Ambrose, Jean Charest », a-t-il affirmé, cachant mal son impatience de croiser le fer avec ceux qui aspirent à prendre les commandes du Parti conservateur.

Jusqu’ici, seuls l’ancien ministre de la Justice dans le gouvernement conservateur de Stephen Harper Peter MacKay et la députée conservatrice du sud de l’Ontario Marylin Gladu ont confirmé qu’ils avaient l’intention de se lancer.

Bilingue, attaché aux valeurs du Parti conservateur, M. Poilievre affirme que la question que doivent se poser les militants est toute simple : qui peut mener les troupes à la victoire contre les libéraux de Justin Trudeau aux prochaines élections.

« La question est de savoir qui est capable de gagner les débats et de gagner les prochaines élections contre les libéraux. Il faut être capable de gagner les débats pour gagner les élections. Je ne parle pas juste du débat à TVA, mais des débats en général », a-t-il fait valoir.

Il nous faut un chef qui est capable de partager nos valeurs conservatrices d’une façon qui attire les Canadiens qui n’ont pas voté pour nous aux dernières élections tout en restant fidèles à nos principes.

Pierre Poilievre, député du Parti conservateur

Les principaux axes de ces principes sont, selon lui, la réduction des taxes et des impôts, des budgets équilibrés, la liberté d’entreprise et la sécurité à la frontière. « Durant toute ma vie en politique, ce qui a été constant, c’est ma volonté de contrôler les dépenses et de limiter la taille de l’État. La raison pour laquelle je suis entré en politique, c’est pour bâtir un Canada où chacun qui travaille fort est capable de réaliser ses rêves. »

Curiosité

Pour l’heure, M. Poilievre est l’un des aspirants qui semble avoir suscité le plus de curiosité chez les députés et les sénateurs conservateurs du Québec. Il a d’ailleurs déjà rencontré la grande majorité d’entre eux ou s’est entretenu avec eux. Et la tournée qu’il effectue dans la région de Montréal vise à convaincre les militants québécois qu’il est la meilleure personne pour diriger le parti.

« La nation québécoise est extrêmement importante pour l’avenir de notre parti. Je veux échanger des idées avec les citoyens. […] Je pense que le Parti conservateur doit faire des gains au Québec. Et tout cela doit commencer par une conversation. Je suis ici pour avoir cette conversation dans la langue française. »

Pour M. Poilievre, il est absolument essentiel que la personne qui succède à Andrew Scheer soit bilingue. « Il faut pouvoir communiquer avec les Canadiens dans la langue officielle de leur choix. Évidemment, si on veut diriger le Canada, il faut pouvoir s’exprimer en français et en anglais. Le Canada est un pays bilingue. Il faut avoir un chef bilingue. »

Quant à l’image cassante que certains peuvent avoir de lui, M. Poilievre a affirmé qu’il défend parfois ses idées avec passion. « Je pense qu’il faut se battre dans la vie si on a des principes dans lesquels on croit. Si je me bats des fois, c’est parce qu’il y a certaines choses pour lesquelles ça vaut la peine de le faire. C’est cela, la vie. Les gens me connaissent et je suis qui je suis. Les gens jugeront. »