(Ottawa) La députée Emmanuella Lambropoulos a tenu des propos « méprisants » et elle a affirmé « tout haut ce que pensent les libéraux tout bas » en émettant des doutes sur le recul du français au Québec, ont tonné les conservateurs et les bloquistes.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le scepticisme affiché par l’élue d’arrière-ban au comité permanent des langues officielles vendredi passé a inspiré au Parti conservateur et au Bloc québécois plusieurs attaques lors de la période des questions à la Chambre des communes, lundi.

« La députée de Saint-Laurent a dit tout haut ce que pensent les libéraux tout bas. En plus, elle l’a dit en anglais, pour vous dire l’importance qu’elle accorde au français […] Il n’y a qu’une langue officielle au Québec, une seule langue menacée, c’est le français », a martelé le député Mario Beaulieu.

Son collègue conservateur Gérard Deltell a vigoureusement reproché à la députée en question d’avoir eu « le culot » de remettre en doute, qui plus est en employant des propos « méprisants » et « irrespecteux », la fragilité du français au Québec, car « ça ne prend pas la tête à Papineau » pour le constater, a-t-il tempêté.

C’est la ministre responsable des langues officielles, Mélanie Joly, qui lui a répliqué. « Il va de soi qu’on reconnaît que le français fait face à un recul à Montréal, au Québec, au pays. Les études le démontrent, ce sont des faits, et c’est pour ça que nous allons agir », a-t-elle dit par visioconférence.

L’action doit notamment passer par le dépôt d’un projet de loi visant à moderniser la Loi sur les langues officielles, un chantier qui est en branle depuis des mois et qui a nécessité une foule de consultations avec les parties prenantes.

Le Parti conservateur commence à trouver que la présentation de la mesure législative commence à tarder.

« J’ai besoin de le voir pour le croire »

La jeune élue libérale – qui avait causé la surprise dans une élection partielle en mars 2017 en ayant le dessus sur l’ex-ministre québécoise Yolande James et la fiscaliste Marwah Rizqy, maintenant députée à l’Assemblée nationale – a fait grincer des dents avec son intervention au comité virtuel.

« Nous entendons – je ne veux pas qualifier cela de mythe ; je vais laisser le bénéfice du doute – nous entendons que la langue française est en déclin au Québec. J’ai entendu cela à plusieurs reprises. J’ai besoin de le voir pour le croire », a-t-elle déclaré d’entrée de jeu en anglais.

Après avoir invité son interlocuteur à analyser ce qui pourrait se cacher derrière cette « conception », elle conclut avec cette question : « Qu’est-ce qui contribue selon vous à ce déclin du français au Québec ? » En prononçant le mot « déclin », elle fait le geste de tracer des guillemets (air quotes).

Elle s’adressait au commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge.

Contraire à la position gouvernementale

Le lendemain, Mme Lambropoulos a fait marche arrière en publiant une déclaration sur les réseaux sociaux.

« Je reconnais qu’il y a un déclin du français et j’aimerais aider à trouver des moyens de protéger davantage la langue française », a-t-elle communiqué, disant « regretter » la « question insensible » qu’elle a posée lors de la réunion virtuelle du comité parlementaire.

Il faut dire que les doutes émis par l’élue montréalaise vont à l’encontre de la certitude des libéraux.

Car le gouvernement Trudeau a pris soin de rappeler la fragilité du français dans le discours du Trône, à la fin septembre, en déclarant que le fédéral a la responsabilité de « protéger et de promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais également au Québec ».

La ministre Joly avait en outre réitéré cette position quelques jours après dans une entrevue accordée à La Presse – un article qu’elle a d’ailleurs partagé dimanche après-midi sur les réseaux sociaux.

« Le discours du Trône reconnaît que le français nécessite une protection particulière. C’est encore plus vrai à Montréal, ville francophone. Donnons à notre langue la place qui lui revient », peut-on lire dans un mot accompagnant sa publication.

Dans un rapport portant sur l’évolution de la situation linguistique au Québec publié en avril 2019, l’Office québécois de la langue française (OQLF) concluait que l’usage du français comme langue d’accueil unique dans les commerces de l’île de Montréal avait chuté de 84 % à 75 % comparativement à 2010.