(Ottawa) Alors qu’il s’engage à moderniser la Loi sur les langues officielles au cours des prochains mois, le gouvernement Trudeau reconnaît pour la première fois que le français est en recul au Québec et qu’il doit contribuer aux efforts pour redresser la situation.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

La ministre du Développement économique, du Tourisme et des Langues officielles, Mélanie Joly, affirme qu’Ottawa entend être un allié du gouvernement Legault pour assurer non seulement la pérennité de la langue française au Québec, mais aussi pour contribuer davantage à son rayonnement.

« On reconnaît qu’il y a un recul du français au Québec et à l’extérieur du Québec. Par conséquent, on doit agir », a déclaré sans ambages la ministre Joly dans une entrevue accordée à La Presse.

Dans le discours du Trône qu’il a présenté la semaine dernière, le gouvernement Trudeau dresse un constat qu’aucun autre gouvernement fédéral n’avait osé faire dans le passé.

« La défense des droits des minorités francophones à l’extérieur du Québec et la défense des droits de la minorité anglophone au Québec sont une priorité pour le gouvernement », peut-on lire dans ce discours du Trône à la page 16.

« Mais le gouvernement du Canada doit également reconnaître que la situation du français est particulière. Il y a près de 8 millions de francophones au Canada dans un océan de plus de 360 millions d’habitants principalement anglophones. Le gouvernement a donc la responsabilité de protéger et de promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais également au Québec », ajoute-t-on dans ce discours qui a été lu au Sénat par la gouverneure générale Julie Payette.

Selon la ministre Joly, il s’agit d’un virage important qu’entreprend le gouvernement Trudeau au moment où il réaffirme son intention de revoir la Loi sur les langues officielles, 51 ans après son adoption.

« Oui, c’est historique », a lancé au bout du fil la ministre Joly, qui s’est déjà entretenue à ce sujet avec la ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel, qui est aussi présidente du Conseil du trésor au sein du gouvernement Legault. Elle a également déjà eu un entretien avec le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barette, qui est responsable de la langue française à Québec.

C’est vraiment une main tendue vers le Québec. On veut être un partenaire pour aider à la préservation du fait français au Québec. C’est l’objectif du gouvernement. C’est certainement ma vision, et c’est la vision du gouvernement Trudeau. C’est une nouvelle vision qui vise à reconnaître que le français est une langue qui nécessite plus d’attention.

Mélanie Joly, ministre des Langues officielles

Selon elle, le recul du français au Québec et dans le reste du pays s’explique par différents facteurs. « Il y a bien sûr l’influence de l’internet, mais l’anglais est aussi aujourd’hui l’espéranto du monde à cause du monde numérique et du commerce international. L’anglais a un pouvoir d’attraction qui fait en sorte que nous devons avoir aussi un réflexe de protection. »

Quels sont les moyens qu’envisage le gouvernement Trudeau pour donner suite à cet engagement ? Rien n’est encore arrêté, car la réflexion ne fait que commencer, et le tout se fera dans le cadre de la révision de la Loi sur les langues officielles. Mais la ministre s’engage à proposer des mesures concrètes, dans les champs de compétence du gouvernement fédéral, au cours des prochains mois, après consultations avec ses collègues du Cabinet et les principaux émissaires du gouvernement Legault.

« C’est sûr que la pandémie a bouleversé beaucoup de choses pour tout le monde. Mais on va bouger sur cette question au cours des prochaines semaines. On va entamer de bonnes conversations. On s’est engagés à déposer un projet de loi. On va le faire », a-t-elle certifié.

« Suivre un équilibre »

En entrevue, elle a affirmé que l’intention du gouvernement fédéral n’est toutefois pas d’affaiblir la minorité anglophone au Québec. « On va toujours le faire en suivant un équilibre avec la protection aussi des minorités linguistiques. Car lorsqu’on affaiblit une minorité linguistique, disons au Québec, on a le potentiel d’affaiblir toutes les autres minorités linguistiques. Il y a 1 million de francophones dans le reste du pays qui, chaque jour, essaient de survivre en français. C’est un combat constant. Notre position est claire. On est leur allié et on ne va rien faire qui pourrait leur nuire. »

Quant aux intentions du gouvernement Legault d’élargir la portée de la loi 101 pour qu’elle s’applique aussi aux entreprises à charte fédérale sur le territoire québécois, Mme Joly demeure prudente.

« Ce sera au gouvernement Legault de décider s’il veut aller de l’avant ou pas. Mais une chose est sûre, dans notre champ de [compétence] on va faire notre travail et on va s’assurer qu’on puisse protéger le fait français. On va aussi le faire dans le respect de nos juridictions sachant qu’on a une obligation morale d’agir. On ne peut permettre un recul du français au Québec et au pays. »