(QUÉBEC) Ils étaient déjà là… ils y sont encore. En Colombie-Britannique et en Saskatchewan, les électeurs viennent de reporter au pouvoir deux gouvernements qui étaient déjà aux commandes de leur province. Pas de « nouvel ami » pour François Legault, mais pas d’adversaire non plus. Le premier ministre du Québec a travaillé avec ces deux homologues sans complicité particulière, mais sans frictions, semble-t-il.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

En Colombie-Britannique, le néo-démocrate John Horgan a remporté samedi un mandat majoritaire. L’élection précédente avait été très serrée, en 2017, seulement 1600 voix séparaient son parti du Parti libéral, au pouvoir sans interruption depuis 2001.

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Le néo-démocrate John Horgan, premier ministre de la Colombie-Britannique, dimanche dernier

En Saskatchewan, lundi, les électeurs ont réélu pour un quatrième mandat de suite le Parti saskatchewanais – ministre dans le gouvernement précédent de Brad Wall, Scott Moe a remporté sa première victoire comme leader de sa province.

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Scott Moe, du Parti saskatchewanais, premier ministre de la Saskatchewan, le 14 octobre dernier

On peut penser qu’à Québec, dans les officines du gouvernement Legault, personne n’a retenu son souffle. Parmi ses homologues des provinces, François Legault a des liens vraiment privilégiés avec un seul premier ministre, l’Ontarien Doug Ford. Mais les deux mandats confirmés dans l’Ouest pourraient amener une nouvelle dynamique dans le club fermé du Conseil de la fédération.

Ces mandats renforcés seront aussi des éléments nouveaux dans une éventuelle conférence fédérale-provinciale. Une réunion devait avoir lieu au printemps, reportée par Justin Trudeau quand il avait dû s’isoler pour un risque de contamination. Historiquement, ces conférences ont eu lieu en novembre ou en décembre. Maintenant que les campagnes électorales sont bouclées en Colombie-Britannique et en Saskatchewan, il ne faudrait pas se surprendre si Ottawa convoquait cette conférence fédérale-provinciale bientôt. Mais ce sera à coup sûr une réunion virtuelle ; une majorité de premiers ministres devraient s’astreindre à un confinement à leur retour d’un saut de puce à Ottawa.

Les deux élus, Horgan et Moe, ont un plan d’action passablement différent. Horgan, le néo-démocrate, est depuis un bon moment un allié indéfectible de Justin Trudeau. C’est probablement, autour de la table des premiers ministres, celui avec qui Trudeau a le plus de facilité à échanger.

C’est peu connu, mais c’est Horgan qui, parmi les provinces, a insisté le plus pour qu’Ottawa mette en place un congé de maladie payé, de 10 jours, pour les travailleurs frappés par la COVID-19.

Le désir d’Ottawa de mettre en place des normes nationales en santé, notamment pour les soins aux personnes âgées, trouverait probablement un écho favorable à Victoria. La proximité de la Colombie-Britannique avec l’État de Washington fait de Horgan un partisan sans réserve de la fermeture des frontières terrestres avec les États-Unis, un point de convergence avec François Legault.

Justin Trudeau n’a pas beaucoup d’alliés autour de la table des premiers ministres ; la réélection, majoritaire, de Horgan était pour lui une excellente nouvelle.

Scott Moe, premier ministre de Saskatchewan, est d’une autre étoffe. Il présidait le Conseil de la fédération jusqu’à ce que François Legault prenne le relais au début de 2020 ; ses collègues ont connu un politicien mesuré, avide de forger des consensus avec ses pairs. Legault et Moe s’entendent fort bien, semble-t-il.

Mais un contentieux entre Regina et Québec est probablement inévitable ; Moe est un ennemi affirmé de la péréquation, le rééquilibre de la richesse entre les provinces, une politique surtout décriée par l’influent leader albertain Jason Kenney. Avec l’engagement de Bill Morneau de décembre 2019 pour revoir le programme de stabilisation fiscale, un coup de pouce à la Saskatchewan, à l’Alberta et à Terre-Neuve, la pression serait considérablement réduite pour procéder à une revue du programme de stabilisation.

Le gouvernement de Moe est aussi un adversaire de la tarification du carbone mise en place par le gouvernement Trudeau ; la province veut avoir son propre plan et ne pas se faire imposer une tarification fédérale sur les énergies fossiles. Le Québec est toujours un acteur de la Bourse du carbone, une formule qui a perdu passablement de plumes dans les dernières années.

Horgan et Moe. Personne n’était sur le bout de sa chaise à Québec pour connaître l’issue de ces élections. Tant que l’axe entre François Legault et l’Ontarien Doug Ford tient bon, les autres capitales passent un peu sous le radar. Le rapport entre les leaders du Québec et de l’Ontario prend ses racines dans l’histoire ; Robert Bourassa était proche de David Peterson, Lucien Bouchard appréciait Mike Harris, et Jean Charest s’entendait bien avec Dalton McGuinty. Bien sûr, il y a eu des frictions – les affrontements avec l’Ontario sur la construction et la distribution de bière ont déjà été retentissants, mais dans le bateau de la pandémie, tout le monde s’est rapproché.