(Québec) De 2800 à 4000 logements sociaux seront construits, des milliers de HLM seront rénovées et l’aide financière aux ménages à faible revenu sera bonifiée au cours des dix prochaines années en vertu de l’entente Ottawa-Québec sur le logement.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Cette entente prévoit des investissements de 3,7 milliards partagés à parts égales entre Ottawa et Québec. Elle a été conclue récemment après environ trois ans de négociation.

Les deux gouvernements ont convoqué les médias mardi pour en faire le « dévoilement », mais aucune copie de l’entente n’a été distribuée. On a eu accès à un simple communiqué au moment où les ministres avaient déjà pris la parole - pour Ottawa, par visioconférence, Ahmed Hussen (Développement social) et Pablo Rodriguez (leader parlementaire et lieutenant pour le Québec) ; pour Québec, Andrée Laforest (Affaires municipales et Habitation) et Sonia LeBel (Relations canadiennes).

Personne d’autre au Canada n’a une entente comme celle-là. Elle est historique.

Pablo Rodriguez, leader parlementaire du gouvernement Trudeau, qui promet que les investissements se feront en fonction des « priorités du Québec »

« La compétence du Québec en habitation est respectée », a insisté Sonia LeBel. Elle a ajouté que Québec a « un droit de veto sur les projets financés sur son territoire ». Elle a précisé que le Québec fera une sélection des projets à financer, liste à partir de laquelle le fédéral (via la Société canadienne d’hypothèques et de logement) fera des choix.

En trois volets

La contribution d'Ottawa, 1,84 milliard de dollars, se divise en trois volets. D’abord, une somme de 272,25 millions est accordée au volet « Priorités du Québec ». La cagnotte contribuera à la construction de 2800 à 4000 logements sociaux, a précisé Andrée Laforest. Le fédéral accorde 1,12 milliard au volet « Initiative canadienne de logement communautaire ». Cette mesure permettra de rénover le parc de 20 000 HLM, selon Mme Laforest.

Enfin, 454,3 millions sont consacrés au volet « Allocation canadienne pour le logement ». La somme « permettra de bonifier le programme Allocation-logement de la Société d’habitation du Québec (SHQ) ». Cette allocation vient en aide aux ménages à faible revenu qui consacrent une part trop importante de leur revenu au paiement de leur logement ou au remboursement de leur hypothèque. L’aide financière peut atteindre 80 $ par mois, selon la SHQ.

La contribution du Québec de 1,84 milliard est déjà inscrite au Plan québécois des infrastructures 2020-2030 déposé ce printemps. On y mentionne 2,5 milliards en dix ans pour les « logements sociaux et communautaires ».

« C’est des miettes »

Dans le réseau communautaire, on accueille toutefois l’arrivée de cette entente avec beaucoup plus de prudence. « Nous n’avons aucune assurance que ça donnera de nouveaux logements sociaux. Et si ça en donne, ça ne sera pas beaucoup », tranche Véronique Laflamme, du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Pour elle, les fonds annoncés par Québec et Ottawa pour le développement de nouvelles unités sont largement insuffisants. « C’est des miettes [...]. On ne sait même pas si ça veut dire des investissements nouveaux de la part de Québec », observe par ailleurs la porte-parole, pour qui les sommes prévues pour la rénovation de HLM sont aussi bien maigres « quand on connaît l’ampleur des besoins ».

Affirmer que l’entente va permettre un plus grand nombre de Québécois de se loger décemment, c’est un peu de la poudre aux yeux.

Véronique Laflamme, du FRAPRU

Même son de cloche pour le Regroupement des comités logement et associations de locataires (RCLALQ). « On chiffre les besoins à environ 50 000 logements sociaux sur cinq ans, donc c’est très décevant, surtout qu’on attendait cette entente depuis trois ans », lâche le coordonnateur Maxime Roy-Allard. La réponse est selon lui « bien faible » pour répondre à « la plus grande crise du logement depuis 15 ans ».

« Il y a 305 590 ménages de locataires qui vivent dans un logement inadéquat. Ces sommes ne sont pas suffisantes pour répondre aux véritables besoins », ajoute le président de l'Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ), Alain Marcoux.

À la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), la conseillère Marie-France Daoust se pose aussi beaucoup de questions. « C’est bien beau d’aider les HLM, mais on sait que le parc immobilier privé a aussi besoin de rénovations majeures. Actuellement, avec les critères de fixation de loyer, si un propriétaire investit 1000 $, ça lui prend 40 ans pour récupérer les sommes », soutient-elle.