(Ottawa) La colère qui fait rage en Alberta et en Saskatchewan, en particulier depuis les élections fédérales, forcera le gouvernement fédéral à réprimer son réflexe centralisateur, estime la ministre responsable des Relations canadiennes au sein du gouvernement Legault, Sonia LeBel.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Si ces deux provinces de l’Ouest réclament davantage d’autonomie au sein de la fédération canadienne, le Québec sera un allié indéfectible, a assuré Mme LeBel, qui était de passage vendredi dans la capitale fédérale afin de rencontrer des leaders de la francophonie canadienne.

Mme LeBel, qui est ministre de la Justice et aussi responsable de la Francophonie canadienne, s’est d’ailleurs entretenue au téléphone avec sa nouvelle interlocutrice fédérale, la vice-première ministre Chrystia Freeland, également vendredi.

Elle a profité de cette première conversation avec la ministre Freeland pour lui assurer que le gouvernement du Québec « veut travailler au sein de la fédération canadienne », mais qu’il tient à ce qu’Ottawa respecte en tout temps « notre autonomie et nos compétences ».

Je l’ai assurée que la position nationaliste du Québec n’est pas une position souverainiste. Il faut que ce soit très clair. Je suis convaincue qu’on va être capables, en se parlant, de trouver des voies de passage.

Sonia LeBel, ministre responsable des Relations canadiennes, sur sa conversation avec Chrystia Freeland

Mme LeBel a aussi souligné à grands traits la collaboration entre Ottawa et Québec relativement à la nomination d’un nouveau juge issu de la province à la Cour suprême du Canada.

En annonçant la composition de son Cabinet, mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a confié à Mme Freeland, en plus du poste de vice-première ministre, le ministère des Affaires intergouvernementales. Sa mission : rétablir l’harmonie au sein de la fédération canadienne alors qu’émergent en Alberta et en Saskatchewan des groupes prônant la séparation de ces deux provinces à la suite de la victoire des libéraux fédéraux au dernier scrutin.

Kenney, l’autonomiste

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, qui critique sans ménagement les politiques du gouvernement Trudeau en matière d’exploitation des ressources naturelles, a décidé de mettre sur pied une commission présidée par l’ancien chef réformiste Preston Manning afin de prendre le pouls de la population albertaine.

PHOTO JASON FRANSON, LA PRESSE CANADIENNE

Jason Kenney, premier ministre de l’Alberta

M. Kenney n’écarte pas la possibilité que sa province emprunte aussi le chemin autonomiste défendu par le Québec depuis des décennies. Il jongle avec l’idée de créer un régime de retraite distinct pour l’Alberta, de créer une police provinciale et de réclamer davantage de pouvoirs en immigration, entre autres choses.

Selon Mme LeBel, le Québec est tout à fait conscient qu’Ottawa doit tendre des perches aux provinces de l’Ouest pour calmer la grogne et maintenir l’unité canadienne. Mais elle a dit avoir obtenu l’assurance de son homologue fédérale que cela ne se ferait pas au détriment du Québec, qui demeure « dans les priorités ».

Cette grogne à laquelle on assiste sur le front des provinces de l’Ouest va certainement forcer le gouvernement fédéral à plus de prudence.

« Tout comme l’Alberta, au Québec, on a toujours été très jaloux de notre autonomie et de nos compétences, et on va continuer à les défendre. […] Je crois que, oui, ça va modifier les réflexes. Ottawa n’aura pas le choix de respecter les provinces dans leur autonomie. Je vais le dire de façon très diplomatique, il y a eu une légère tendance à la centralisation au cours des dernières années qui n’a pas toujours été accueillie avec tambour et trompette par les provinces », a souligné la ministre.

« Je vois la fédération comme deux paliers de gouvernement qui doivent travailler ensemble. Il n’y en a pas un qui est supérieur à l’autre. Il faut que le message soit clair. […] Notre vision est partagée par beaucoup plus de provinces qu’on pourrait le croire, et pas seulement celles qui sont très vocales. On a beaucoup plus de points de ralliement que de points de discorde. »

La ministre a d’ailleurs souligné la volonté du Québec de renforcer sa présence non seulement à Ottawa en rouvrant son bureau dans la capitale fédérale, mais aussi dans les autres provinces, notamment dans l’Ouest.

Lieutenant politique, un rôle à définir

Mme LeBel a de nouveau salué la décision de Justin Trudeau de rétablir le poste de lieutenant politique pour le Québec. Ce poste a été confié au ministre montréalais Pablo Rodriguez, qui est aussi le leader du gouvernement à la Chambre des communes.

« C’est un signal que l’on reçoit très positivement d’avoir le plus de voix possible autour de la table du Conseil des ministres qui peuvent faire valoir les positions du Québec et faire comprendre les enjeux du Québec. »

Mais elle ajoute un bémol, car le rôle précis de M. Rodriguez reste à définir. « Je considère toujours que mon interlocuteur principal, c’est Mme Freeland en matière de relations intergouvernementales et M. Lametti pour la justice. Je n’ai pas l’intention de passer par M. Rodriguez pour mes dossiers. Je serais donc portée à dire : à suivre ! »