(QUÉBEC) Très dure semaine pour Dominique Anglade qui, à compter de ce samedi, ne sera plus seule candidate en lice pour la direction du Parti libéral du Québec. L’ex-ministre de l’Économie de Philippe Couillard a patiemment fait le plein d’appuis chez les députés montréalais, mais l’entrée en piste d’Alexandre Cusson vient bouleverser son plan.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

L’ancien président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), qui quittera son poste de maire de Drummondville quand il aura rempli les conditions pour être officiellement candidat, a annoncé vendredi qu’il croiserait le fer avec Mme Anglade. D’ici février, au plus tard, il devra déposer 50 000 $ à la permanence du parti et réunir 750 signatures de membres dans 12 régions différentes.

Sur papier, Dominique Anglade paraît avoir une longueur d’avance évidente. En campagne depuis des mois, elle peut compter sur l’appui de 11 des 27 députés du caucus. La barre est très haute. Mais pourra-t-elle monter davantage ?

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

À compter de ce samedi, Dominique Anglade ne sera plus seule candidate en lice pour la direction du Parti libéral du Québec.

Peu probable, parce qu’avec l’appui évident d’acteurs libéraux influents, Alexandre Cusson ratisse très large en matière d’appuis dans les régions. Bien qu’il ait soutenu qu’il ne favorisait personne et qu’il était surtout heureux qu’il y ait une course, Jean-Marc Fournier est celui qui tire les ficelles derrière Cusson. C’est lui qui l’a convaincu de faire le saut. Pas loin derrière, Sylvain Langis, ex-directeur du PLQ, veille au grain. 

Il s’en défend avec vigueur, mais Pierre Moreau est aussi très sympathique à l’ex-président de l’UMQ. En fait, tous ceux qui, dans un premier temps, pensaient appuyer le député de Pontiac, André Fortin, qui a déclaré forfait, sont au cœur d’un mouvement anybody but Anglade. Une perception les rassemble : le Québec des régions resterait insensible à une Montréalaise issue des communautés culturelles.

Appuis en région

Quelques députés seront derrière Alexandre Cusson ce samedi au congrès de Sherbrooke, qui donne le coup d’envoi officiel à la course. En ce qui concerne Lise Thériault et Marwah Rizqy, leur appui est déjà connu. Dans le clan Cusson, on espère aussi bientôt la caution des Jennifer Maccarone, Paule Robitaille et Marie-Claude Nichols, qui l’a côtoyé dans l’univers municipal. André Fortin ne se prononcera pas rapidement, pas plus que Gaétan Barrette. L’ancien ministre de la Santé attendra probablement de voir les échanges entre les deux adversaires – cinq débats sont prévus dans la course, entre février et mai.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Quelques députés seront derrière Alexandre Cusson ce samedi au congrès de Sherbrooke, qui donne le coup d’envoi officiel à la course.

Mais ces supporteurs ne sont que la pointe de l’iceberg ; Stéphane Billette, ancien ministre, a tweeté hier qu’il appuyait Cusson. L’ex-ministre Julie Boulet a aussi eu publiquement de bons mots pour lui. François Blais, ex-ministre, ne s’est pas prononcé, mais a accepté de le « briefer » sur les dossiers sociaux. Luc Fortin, ancien responsable de la Famille, devait le préparer vendredi pour affronter le point de presse de samedi.

D’autres partisans « espérés », sinon probables : l’ex-ministre Norman MacMillan, dans l’Outaouais, l’ex-député André Drolet, à Québec. Et on travaillait toujours à convaincre l’ex-député Norbert Morin et l’élu Alexandre Iracà.

Dominique Anglade affichera aussi des députés défaits : Pierre Giguère, de la Mauricie, Guy Bourgeois, d’Abitibi, et d’ex-candidats défaits de Gaspésie et des Laurentides. Mais surtout, dans le clan Anglade, on croise les doigts pour que les mauvaises nouvelles de cette semaine soient évacuées et ne ressurgissent pas en marge du conseil général du week-end. 

Jean-François Helms, ancien chef de cabinet au gouvernement Couillard, sera son principal lieutenant. Pas loin derrière, Patrice Ryan, un ami, lui prodigue des conseils. Charles Robert, attaché de presse au cabinet Couillard, l’aide sur le plan des communications.

Vendredi, entourée de nombreux députés, la candidate Anglade a annoncé qu’elle proposerait un « pacte économique pour le climat », idée qu’elle avait déjà avancée dans un texte d’opinion publié il y a quelques semaines. 

« Bâtir demain », son slogan, veut dire « que nous nous appuyons sur la fierté d’être Québécois. Le Parti libéral a toujours fait la promotion d’une société distincte, francophone, inclusive et ancrée dans le respect des libertés individuelles », a-t-elle insisté. 

Dans le débat sur la laïcité, elle avait une position plus nationaliste que celle de ses collègues du caucus – comme Sébastien Proulx et Gaétan Barrette, elle adhérait au compromis Bouchard-Taylor. Elle n’en a jamais soufflé mot. Hier, toutefois, elle a souligné que, comme première ministre, elle ne retirerait pas la loi interdisant le port du voile, mais qu’elle ne renouvellerait pas la disposition de dérogation, qui arrive à échéance après cinq ans. Les tribunaux trancheront par la suite, a-t-elle expliqué.

Mauvais moment

Du point de vue stratégique, le congrès du week-end tombe à un bien mauvais moment pour Mme Anglade. Son passé de ministre de l’Économie est revenu la hanter. La vérificatrice générale, Ghislaine Leclerc, a blâmé sévèrement le Ministère pour la gestion d’un chantier de 1 milliard pour étendre l’accès à l’internet en région. La responsable était à l’époque Mme Anglade ; or la sélection des projets était « mal justifiée ». Mme Leclerc relève qu’à cette période, le ministère de l’Économie a accordé plus de 260 millions en subventions pour brancher le Québec à l’internet, soit le quart du milliard prévu au programme, « sur la base d’analyses incomplètes et d’une documentation insuffisante ».

Mme Anglade a réagi en expliquant que, sans ces décisions, les chantiers n’auraient jamais démarré. « S’il avait fallu utiliser les [programmes normés] actuels, on n’aurait pas fait [les] projets ». Ceux-ci « font en sorte qu’on améliore la productivité au Québec », a-t-elle souligné.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, l’annonce de la fermeture de 12 magasins Rona au Québec a aussi eu un effet boomerang. Des années plus tard, Mme Anglade a de nouveau eu à défendre la décision du gouvernement Couillard de mettre fin au veto sur la vente des quincailleries, en autorisant Investissement Québec à se départir de son bloc d’actions.

Les véritables acteurs ne sont plus là. Jacques Daoust, qui était à Investissement Québec, puis à l’Économie, s’est éteint. Mais Mme Anglade avait à l’époque bien rapidement béni la prise de contrôle qui faisait passer Rona à l’américaine Lowe’s. Selon elle, il s’agissait d’une « bonne transaction » faite consensuellement entre les directions des deux groupes, appuyée par les actionnaires du réseau québécois. Une porte ouverte sur de nouvelles « synergies », avait-elle plaidé.