Deux hommes tués sans motif apparent, peut-être par un seul suspect. Exactement un an après le triple meurtre à Rivière-des-Prairies qui avait déclenché l’opération Centaure, un nouvel évènement sanglant secoue la métropole. Le double homicide qui aurait été commis mardi – où les victimes auraient été choisies au hasard – pourrait être une forme de scoring visant à commémorer des victimes tombées sous les balles dans le passé.

Mis à jour le 4 août
Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

La première victime est André Fernand Lemieux, un homme de 64 ans, père du boxeur québécois David Lemieux, ont confirmé des sources policières. Le sexagénaire a été localisé par les policiers vers 21 h 45 à l’angle des boulevards Jules-Poitras et Deguire, dans l’arrondissement de Saint-Laurent. L’homme, blessé par projectile à la poitrine et à la tête, est mort sur place.

Le deuxième épisode de violence s’est produit une heure plus tard, rue Meilleur, près de la rue Sauvé. Encore une fois, les agents ont retrouvé un homme gisant sur le sol, blessé par balle. Il s’agit de Mohamed Salah Belhaj, agent d’intervention de l’hôpital en santé mentale Albert-Prévost âgé de 48 ans. L’homme a également succombé à ses blessures sur les lieux.

Le CIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal s’est d’ailleurs dit mercredi « troublé d’apprendre le décès dans des circonstances tragiques » de Mohamed Salah Belhaj. « Nous souhaitons offrir nos plus sincères condoléances à ses proches. Du support sera également offert à ses collègues pour traverser cette épreuve », a déclaré la porte-parole Emilie Jacob.

Il n’y a aucune arrestation dans ces dossiers pour le moment. Un périmètre a été érigé afin que les enquêteurs puissent en déterminer les causes et circonstances.

Des passants déambulaient sur le trottoir mercredi, jetant un regard sur la vitre fracassée de l’abribus où s’était joué le drame dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Le parc où s’est déroulé le second évènement se trouve à environ cinq minutes en voiture.

Selon nos informations, la police évalue la possibilité qu’un seul tireur ait pu avoir commis un double homicide. Le tireur se serait déplacé à pied, puis aurait quitté les lieux dans un véhicule.

Il s’agit des 16e et 17homicides à survenir sur le territoire du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) en 2022. La semaine dernière, trois fusillades avaient eu lieu le même soir à Montréal, faisant deux jeunes victimes. Deux hommes, dont l’âge n’a pas été communiqué, ont été arrêtés relativement à cet évènement. À ce stade-ci de l’enquête, on considère que les trois évènements ne sont pas liés, ont confirmé des sources.

Un triste anniversaire

Nos sources policières toutefois n’écartent pas la possibilité que le double meurtre de mardi, qui s’apparente à du scoring, puisse avoir été une commémoration du triple meurtre commis à Rivière-des-Prairies en 2021 à la même date. Le tout avait fait les manchettes l’été dernier et déclenché l’opération Centaure. Jefferson Syla (Soldier) et Jerry Willer Jean-Baptiste (alias Mackazoe), deux membres d’un gang de rue du nord-est de Montréal, avaient perdu la vie dans cet évènement tragique.

Le 2 août est également la date d’un autre double meurtre qui avait secoué le monde interlope. Celui de Guylianno « Zézé Lacité » Davance, originaire d’Ahuntsic-Cartierville, en 2015. Davance n’était pourtant pas membre d’un groupe criminel, selon la police, mais on retrouvait dans son entourage des membres de gangs.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses publications à la mémoire de ces victimes ont fait surface mercredi, établissant un lien avec le double meurtre de mardi.

  • Photo de Jefferson Syla publiée sur les réseaux sociaux mercredi

    IMAGES TIRÉES D'INSTAGRAM ET DE SNAPCHAT

    Photo de Jefferson Syla publiée sur les réseaux sociaux mercredi

  • Photo de Jerry Willer Jean-Baptiste publiée sur les réseaux sociaux mercredi

    IMAGES TIRÉES D'INSTAGRAM ET DE SNAPCHAT

    Photo de Jerry Willer Jean-Baptiste publiée sur les réseaux sociaux mercredi

  • Photo de Guylianno Davance publiée sur les réseaux sociaux mercredi

    IMAGES TIRÉES D'INSTAGRAM ET DE SNAPCHAT

    Photo de Guylianno Davance publiée sur les réseaux sociaux mercredi

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« Nous sommes au fait de ces publications. On fait un monitorat des réseaux sociaux et c’est pris en considération », explique, en entrevue, l’inspectrice-chef Marie-Claude Dandenault du SPVM. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, ajoute-t-elle.

« À chaque 2 août, ça tire ou ça pense à tirer », nous confirme en revanche un membre de gang de rue qui a requis l’anonymat.

Il décrit la chose comme un hommage envers des membres respectés de gangs de rue « tombés au combat ».

« Les victimes sont ciblées au hasard, mais pas le secteur. Le secteur signifie toujours quelque chose », nous confie cette même source, bien au fait de la situation.

Recherche d’information

Selon Mme Dandenault, les deux meurtres de mardi ne comportent toutefois pas les éléments typiques du scoring. « On verrait normalement [un groupe] revendiquer le [double] meurtre. Mais l’hypothèse n’est pas écartée. » Elle demande d’ailleurs aux citoyens leur pleine collaboration.

On a toujours besoin de l’aide de la population. Le moindre détail. Ça peut être un véhicule, la description d’une personne suspecte. Il n’y a pas de petit renseignement.

Marie-Claude Dandenault, inspectrice-chef au Service de police de la Ville de Montréal

Un an après le déclenchement de l’opération Centaure, le milieu criminel comprend-il le message qu’on a ainsi voulu lui lancer ? « On ne ramasse pas du renseignement en quelques jours. Le message aux criminels passe », estime l’inspectrice-chef Dandenault, interrogée sur l’impunité grandissant des tireurs.

« On attend des résultats de balistique, mais on est à 90 % certains qu’il y avait un tireur pour ces deux évènements. » Un véhicule fait actuellement l’objet d’une enquête. Pour ne pas nuire aux procédures, le SPVM n’a fourni aucune description.

Avec la collaboration de Daniel Renaud, Henri Ouellette-Vézina et Vincent Larin, La Presse

En savoir plus

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    La moitié des homicides et des tentatives de meurtre commis à Montréal en 2021 impliquait la présence ou l’utilisation d’une arme à feu, selon le rapport annuel du SPVM. Pas moins de 25 129 crimes contre la personne ont été perpétrés à Montréal l’an dernier, soit 17,3 % de plus par rapport à la moyenne des cinq années précédentes.
    spvm