Jeff Jorgensen, dont la famille a été propriétaire de la Grande Roue de Montréal, a été condamné à 30 mois de pénitencier lundi pour une affaire de sextorsion qui s’est déroulée sur trois continents il y a deux ans.

Mis à jour le 15 févr. 2021
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Jorgensen, 47 ans, s’est fait passer pour un certain Vladimir Petrov et a tenté d’arracher, par la menace, à un riche homme d’affaires d’un autre continent dont on doit taire l’identité une somme de 2,5 millions à verser en cryptomonnaie.

L’homme d’affaires s’était fait voler, il y a plusieurs années, un disque dur contenant des images intimes de lui et de membres de sa famille, qui s’est ensuite retrouvé dans les mains de Jorgensen.

> (Re)lisez un compte rendu de l’histoire de Jeff Jorgensen

Durant deux mois, ce dernier a envoyé des courriels menaçants à la victime et aux membres de sa famille, ainsi que des photos intimes de ceux-ci à des collègues de bureau.

Il a menacé d’envoyer des images à des dignitaires et à des établissements de luxe, et de créer des sites internet pour détruire la réputation de la victime.

Mais celle-ci a porté plainte à la police de Montréal et Jorgensen a été arrêté en 2019. Il a plaidé coupable à un chef d’extorsion l’année dernière.

La poursuite, assurée par MLuc Pagé, demandait une peine de 48 mois, alors que la défense, représentée par MPierre L’Écuyer, suggérait deux ans d’emprisonnement.

Absence d’empathie

Durant sa plaidoirie, Me L’Écuyer a notamment expliqué le crime commis par son client par un manque de jugement temporaire et par le fait qu’il avait été manipulé par un complice.

Des arguments que n’a toutefois pas retenus la juge Mélanie Hébert, de la Cour du Québec, qui a considéré, en tant que facteurs aggravants : la préméditation et la durée du crime, la violence des messages envoyés, non seulement à la victime mais à des membres de sa famille, le fait qu’il s’agissait d’images intimes, ainsi que les conséquences psychologiques pour l’homme d’affaires, qui a fait une déclaration écrite déposée devant le tribunal.

« [Le] crime était prémédité. Sa mise en œuvre a nécessité la création de fausses identités, la création de faux comptes courriel et de multiples communications avec la victime et son père sur une période de deux mois. Ainsi, ce crime ne peut pas être expliqué par un manque temporaire de jugement », a déclaré la juge Hébert.

Cette dernière a retenu comme facteurs atténuants le fait que Jorgensen a rapidement plaidé coupable et qu’il n’a pas d’antécédent criminel. Mais elle a ajouté que l’absence d’antécédent a eu moins d’impact dans ce cas-ci.

« M. Jorgensen n’a pas la capacité d’autocritique, ne reconnaît pas que ses actes étaient violents, blâme la victime pour s’être plainte à la police, nie que la victime ait subi un préjudice, manque d’empathie et ne peut pas mesurer les conséquences de ses actes. En raison de ce qui précède, l’agent de probation est d’avis que le risque de récidive est présent. »

« M. Jorgensen doit comprendre que ses actions étaient de nature violente et ont causé du tort à la victime et à sa famille. Si la réadaptation est toujours un facteur à prendre en compte face à un délinquant qui en est à une première offense, le facteur joue un rôle moins important dans l’affaire en question, étant donné que M. Jorgensen ne peut toujours pas mesurer les conséquences de ses actes », a conclu la juge Hébert.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.