Le mari d'une jeune femme morte d'une fausse couche à l'âge 27 ans le 27 septembre 2008 réclame 1,5 million de dollars à trois médecins.

Christiane Desjardins LA PRESSE

Talent Bin Hangi soutient que sa femme, Soki Ndulani Syayighosola, aurait pu être sauvée si elle avait reçu les soins adéquats. Cette mère de six enfants est morte d'une hémorragie consécutive à la rupture de l'utérus, moins de 24 heures après son admission aux urgences de l'hôpital Santa Cabrini, à Montréal. Les reproches du mari s'adressent principalement au gynécologue Kenneth L. Chan, qu'il accuse de s'être montré peu empressé à se rendre au chevet de la patiente et de ne pas avoir pris les décisions qui s'imposaient. Il reproche aux deux autres médecins, qui sont omnipraticiens, de ne pas s'être adressés à un autre gynécologue devant le «désengagement» du Dr Chan et, ultimement, de ne pas avoir envoyé la patiente à un autre hôpital.

Sang et douleurs

Originaire du Congo, M. Bin Hangi, militant des droits de l'homme, est arrivé au Canada comme réfugié politique le 9 juillet 2003. Sa femme est arrivée le 23 septembre 2004. Leurs six enfants, dont deux ont été adoptés, sont aujourd'hui âgés de 6 à 20 ans.

Cette malheureuse affaire a commencé le matin du 26 septembre 2008. Mme Syayighosola a appelé une ambulance parce qu'elle avait des saignements abondants et éprouvait des douleurs abdominales. En douleurs, elle a été transportée à l'hôpital Santa Cabrini un peu avant midi. Moins d'une heure plus tard, elle a signalé au personnel qu'elle avait eu un curetage 3 mois auparavant, qu'elle était enceinte de 11 semaines et qu'elle avait des saignements croissants depuis le 5 août. Enceinte de jumeaux, Mme Syayighosola a expulsé un foetus à 15h30, et le Dr Frédéric Tremblay a extrait le second à 15h50. Un appel aurait été fait au gynécologue de garde, le Dr Chan, à peu près à cette heure. Selon la poursuite déposée au palais de justice de Montréal, le Dr Chan ne s'est présenté au chevet de la patiente qu'à 18h50. Il aurait prescrit des médicaments et reporté au lendemain une possible intervention.

Or, l'état de la patiente s'est détérioré par la suite. La poursuite soutient que le Dr Chan a tardé à répondre aux appels que le personnel lui acheminait. Mme Syayighosola a reçu des transfusions, mais, dans la nuit, à 3h30, elle était tellement mal en point que le Dr Serban Antonescu a demandé qu'elle soit admise aux soins intensifs. La patiente souffrait de crampes abdominales et saignait si abondamment qu'on lui a enfilé une culotte d'incontinence. Le matin, à 7h40, elle était très agitée, au point où elle a été mise sous contention. Vers 9h15, une échographie a permis de constater la présence de liquide libre dans l'abdomen. Mme Syayighosola a sombré dans l'inconscience, son pouls a faibli jusqu'à devenir imperceptible. Les soins et les manoeuvres de réanimation n'ont pas donné de résultats escomptés, et Mme Syayighosola a été déclarée morte officiellement à 11h05. Selon le document, l'autopsie a confirmé une rupture utérine aiguë avec hémorragie intrapéritonale massive (2 litres de sang), de même qu'un «placenta accreta».

Plainte disciplinaire

La poursuite soutient que, si le Dr Chan avait procédé à un curetage lorsqu'il a vu Mme Syayighosola, cela aurait permis de constater la perforation de l'utérus ainsi que l'hémorragie et d'agir en conséquence. Le Dr Chan a démissionné de l'hôpital Santa Cabrini et travaille maintenant dans un autre hôpital. Dans la foulée de cette affaire, une plainte disciplinaire a été portée contre lui, en 2009. Il doit être jugé à la fin du mois d'octobre devant le syndic du Collège des médecins. On lui reproche d'avoir manqué aux obligations suivantes: poser son diagnostic avec la plus grande attention; assurer la prise en charge et le suivi adéquat de la patiente; être disponible, diligent et donner les soins requis devant une urgence.

M. Bin Hangi se retrouve seul maintenant pour prendre soin de sa famille.