Avec la fin de la construction du pont Samuel-De Champlain, ils croyaient retrouver un peu de quiétude. Mais des résidants de Verdun sont encore dérangés par le bruit provenant des voies rapides menant au pont, qui longent leur quartier.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Un problème que reconnaît Infrastructure Canada, qui promet des mesures correctives sous peu.

Maintenant que le beau temps incite les gens à passer plus de temps à l’extérieur et à ouvrir les fenêtres, « c’est l’enfer », dénoncent des habitants du secteur, au sujet de la pollution sonore.

« On est sur la terrasse le soir et on est obligés de rentrer à cause du bruit. À deux, on a de la misère à s’entendre parler », déplore Michael Hopper, qui vit au troisième étage d’un immeuble de la rue de la Poudrière, parallèle à l’autoroute 15, entre les boulevards LaSalle et Gaétan-Laberge.

Le niveau sonore le long des autoroutes au Québec ne doit pas dépasser 65 décibels, selon la politique sur le bruit routier du gouvernement provincial. Or, des relevés faits par les résidants indiquent 74 décibels, avec des pointes à 86. « Pour vous donner une idée, entre 70 et 80 décibels, c’est l’équivalent du bruit que fait un aspirateur », illustre M. Hopper.

Malgré la proximité de l’autoroute, on entendait auparavant le chant des oiseaux, assure-t-il. « C’était un petit enclos de verdure à Verdun, la rue avait été fermée en cul-de-sac il y a quelques années. »

Élargissement des voies

Mais au moment de la construction du pont, des voies de circulation ont été ajoutées sur ce tronçon de l’autoroute 15. Une rue, parallèle à la rue de la Poudrière, a disparu pour permettre l’élargissement.

Maintenant, ceux qui habitent le secteur disent entendre non seulement les camions et leur frein moteur, mais aussi les motos et les voitures qui accélèrent.

« Avant le réaménagement, on entendait la circulation peut-être une fois par semaine, selon le sens du vent. On acceptait ça, on sait qu’on vit en ville. Mais maintenant, c’est tout le temps, tout le temps, tout le temps », dit Michael Hopper, exaspéré.

« J’ai pris toutes mes économies pour acheter mon condo, c’est mon petit coin de paradis », fait valoir Myrianne Roldan, une de ses voisines.

Ce n’est pas vrai que je vais accepter ça, d’être obligée de rentrer parce que le vacarme des autos est insupportable.

Myrianne Roldan, résidante de Verdun

Mme Roldan a multiplié les démarches pour faire connaître son mécontentement et celui de ses voisins au sujet du bruit. Elle a interpellé Signature sur le Saint-Laurent (SSL), le consortium chargé de la construction et de la gestion du nouveau pont, ainsi qu’Infrastructure Canada, qui gère le partenariat public-privé, et les élus de l’arrondissement de Verdun.

Travaux correctifs obligatoires

Le maire de Verdun, Jean-François Parenteau, est bien au fait des doléances des citoyens du secteur.

À la suite de relevés faits par l’arrondissement, il confirme que le niveau sonore a augmenté après les travaux d’élargissement des voies rapides.

Mais M. Parenteau souligne que SSL et Infrastructure Canada seront obligés de faire des travaux correctifs à ce sujet.

« Dans l’entente [de SSL avec le gouvernement fédéral], SSL a la responsabilité de maintenir pendant 30 ans le même niveau de bruit qu’avant les travaux. Ils ont l’obligation de respecter 65 décibels », dit-il.

À la suite des plaintes et des commentaires des citoyens, le maire a eu des discussions avec SSL et Infrastructure Canada.

Ils vont trouver une solution, mais ils sont en train de s’obstiner sur le contrat pour savoir qui paie quoi.

Jean-François Parenteau, maire de Verdun

En effet, Infrastructure Canada indique, sur sa page web consacrée au nouveau pont, que « lorsque le corridor sera ouvert à la circulation, des mesures antibruit permanentes seront mises en place afin de respecter des seuils sonores précis qui vont au-delà des standards du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du gouvernement du Québec ».

« Lorsque le pont sera ouvert à la circulation, un suivi acoustique sera réalisé après un an, cinq ans et dix ans afin de s’assurer que les mesures antibruit sont efficaces. Un programme de suivi sera réalisé pour chacune des zones sensibles et permettra d’identifier les endroits où des mesures correctrices sont requises », explique aussi le site web.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Vue du pont Samuel-De Champlain

Des murs antibruit de différentes hauteurs ont déjà été installés à certains endroits sur le tronçon problématique de l’autoroute 15. Selon les résidants mécontents, ils sont insuffisants.

« Le mur antibruit le plus haut fait deux mètres, c’est ridicule », lance Myrianne Roldan.

Le problème reconnu

Ottawa reconnaît le problème.

« Infrastructure Canada a effectué des relevés sonores à l’automne 2020, indépendamment de ceux qui seront faits par SSL. Les résultats préliminaires de ces relevés indiquent que le bruit ambiant dépasse les niveaux permis par le contrat à certains endroits à Verdun. Infrastructure Canada compte partager les résultats de ces relevés avec les intéressés, après l’analyse et la vérification technique de ceux-ci », indique la porte-parole du Ministère, Lama Khodr, dans une déclaration envoyée par courriel.

SSL prévoit mener une campagne complète de relevés sonores en mai et juin prochains, et Infrastructure Canada réalisera aussi ses propres relevés.

« Bien que le pont ait été ouvert à la circulation à l’été 2019, la construction du corridor, notamment l’installation de certains murs antibruit, n’était pas complètement terminée à l’été 2020, ce qui ne permettait pas de prendre des relevés fiables », explique aussi Mme Khodr.

Depuis 2019, 19 citoyens ont déposé des plaintes à SSL, à Infrastructure Canada ou à des élus (provinciaux, municipaux et fédéraux). Le Ministère a communiqué avec ces 19 personnes.

« Infrastructure Canada continue de collaborer étroitement avec SSL afin de trouver une solution satisfaisante et s’assurer que les limites de bruit prévues au contrat soient respectées », conclut la porte-parole.