De hauts responsables de la Ville de Montréal ont caché pendant des années un rapport accablant démontrant dès 2004 le gonflement du coût des contrats de construction dans la métropole, avance l'ancien numéro deux de l'administration Tremblay. Indigné de voir ses collègues tenter encore aujourd'hui de dissimuler ce document à la population, le président du comité exécutif, Michael Applebaum, a remis sa démission vendredi.

Mis à jour le 10 nov. 2012
Pierre-André Normandin LA PRESSE

Écarté jeudi de la mairie de Montréal par les membres de son parti, l'élu a confirmé son départ du comité exécutif. Michael Applebaum a indiqué que sa démission n'était pas liée au choix de ses collègues pour succéder à Gérald Tremblay, mais qu'il partait en raison de leurs tentatives de camouflage d'un rapport embarrassant pour Montréal.

Michael Applebaum a brandi vendredi en conférence de presse une étude produite par la Ville en 2004 sur le coût des contrats de construction. Une comparaison avec d'autres villes canadiennes démontrait déjà que la métropole payait de 30% à 40% plus cher pour les mêmes travaux.

«Ce rapport ne s'est jamais rendu sur le bureau du maire», assure Michael Applebaum. Gérald Tremblay aurait appris l'existence de cette étude seulement le 29 octobre dernier, avec huit ans de retard.

Michael Applebaum affirme qu'il a tenté de rendre le document public le plus rapidement possible, mais que ses collègues d'Union Montréal tentent de poursuivre le camouflage. Mercredi, le comité exécutif a décidé «d'attendre après la période de questions des citoyens du prochain conseil municipal pour s'assurer qu'il n'y ait pas de questions du public ou de l'opposition», a indiqué l'élu.

C'est cette décision de camoufler la publication du rapport qui aurait fait déborder le vase, a dit Michael Applebaum. «Je ne peux pas l'accepter. On peut parler de collusion, de corruption, mais c'est encore plus grave de cacher un document.»

L'existence de cette pièce embarrassante a été publiquement révélée seulement à la mi-octobre, à la suite de révélations devant la commission Charbonneau. Accusé d'avoir empoché d'importants pots-de-vin, l'ancien directeur général de Montréal, Robert Abdallah, s'est défendu en disant au contraire avoir agi pour contrer la collusion, en commandant en 2004, une étude sur le coût des contrats de construction dans la métropole. Il a aussi dit qu'après avoir reçu le rapport révélant les coûts élevés à Montréal, il avait mis en place des mesures pour contrer la collusion, en embauchant notamment une firme externe pour évaluer le coût des contrats de construction.

Accès à l'information

Le contrôleur général de Montréal a récemment retrouvé le rapport datant de 2004, à la suite d'une demande d'accès à l'information de l'opposition officielle. Après avoir reçu le document le 29 octobre, Michael Applebaum assure que le maire a demandé à l'auteur de l'étude les raisons pour lesquelles il ne lui en avait jamais remis une copie à l'époque. «[Le fonctionnaire] dit l'avoir donné à ses patrons politiques et administratifs, et ils ont dit qu'ils allaient s'occuper de ça», a rapporté M. Applebaum, vendredi. L'ancien président du comité exécutif a refusé de nommer ces responsables.

La découverte de ce document semble avoir durement ébranlé l'ex-maire, car, trois jours après en avoir pris connaissance, il a annoncé qu'il prenait du repos, pour ensuite démissionner.

Dans son discours de départ, Gérald Tremblay avait d'ailleurs souligné: «Ce n'est malheureusement qu'après les faits, que l'on m'a remis des documents, des dossiers et des notes de service internes, datant de 2004, 2006 et 2009. On a trahi ma confiance.»

«Manipulation des faits»

Entouré du comité exécutif, Richard Deschamps a commenté vendredi la démission de son ancien collègue. «M. Applebaum a le droit de prendre des décisions quant à son avenir. On peut comprendre qu'il soit heurté. Cependant, je pense qu'en présentant un rapport dont aucun membre de l'exécutif actuel n'a obtenu copie et n'a pris connaissance, il manipule les faits à son avantage», a déclaré M. Deschamps.

Le maire de l'arrondissement de Saint-Laurent, Alan De Sousa, a aussi soulevé des questions sur les motivations du démissionnaire.

«M. Applebaum a toujours eu de bonnes relations avec tous les membres du comité exécutif. Aujourd'hui, on se demande pourquoi il fait ça», a-t-il dit.

Harel indignée

La chef de l'opposition, Louise Harel, s'est indignée d'apprendre que le comité exécutif tente de cacher le rapport de 2004. «Il y a eu une opération camouflage», a-t-elle lancé. Elle en vient à constater que le changement de maire ne suffira pas à ramener Montréal dans le droit chemin.

Malgré sa démission du comité exécutif, Michael Applebaum demeure maire de l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce. Il reste également membre d'Union Montréal pour l'instant, mais se dit en «sérieuse réflexion». Il a refusé de dire si sa démission, après celle de Gérald Tremblay, signait l'arrêt de mort du parti qui a dirigé Montréal depuis les fusions en 2002.

Durant sa conférence de presse, Michael Applebaum a également indiqué que des tensions ont fait surface dernièrement au comité exécutif sur la question de la hausse de la taxe foncière. Certains membres, dont lui, préconisent de réduire la hausse de 3,3% annoncée dans le budget 2013, tandis que d'autres, Richard Deschamps en tête, préfèrent la maintenir. La décision reviendra au maire par intérim, qui sera désigné au cours d'une réunion extraordinaire du conseil municipal, le vendredi 16 novembre.