Frappé par une deuxième canicule en un mois, avec des températures dépassant les 40 °C, Paris se prépare à pire dans les prochaines décennies.

Publié le 24 juillet
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Paris, 4 août 2036. La Ville Lumière suffoque. Les climatiseurs ne fournissent plus. Les chantiers sont à l’arrêt. Les trains de banlieue roulent au ralenti, car les rails dilatés par la chaleur se déforment. Il fait 50 °C. À l’ombre.

Le scénario est fictif, mais la capitale française s’y prépare : le Conseil de Paris a mis sur pied le 5 juillet une « mission d’information et d’évaluation » intitulée « Paris à 50 degrés ».

Ce comité composé de toutes les formations politiques élues au Conseil de Paris planchera sur l’adaptation de la ville à cette future réalité.

« Les scientifiques n’excluent plus un pic de chaleur à 50 °C », d’ici quelques décennies, a déclaré à La Presse Dan Lert, adjoint à la maire de Paris responsable de la transition écologique, du plan climat, de l’eau et de l’énergie.

PHOTO FOURNIE PAR LA VILLE DE PARIS

Dan Lert, adjoint à la maire de Paris responsable de la transition écologique, du plan climat, de l’eau et de l’énergie

Les projections climatiques pour Paris publiées en septembre dernier indiquent par ailleurs que les canicules « seront de plus en plus fréquentes, de plus en plus intenses, et de plus en plus précoces ou tardives », ajoute-t-il, ce qui en fait « le premier défi climatique à Paris ».

La vague de chaleur anormalement hâtive qui a frappé la France en juin est l’illustration que « le climat change déjà », affirme Dan Lert, qui prévient que l’été caniculaire et meurtrier de 2003, durant lequel 19 000 personnes sont mortes en France, « deviendra la norme ».

Le nombre de « nuits tropicales », à plus de 20 °C, sera multiplié par trois d’ici 2030 et par sept d’ici 2085.

Le climat de Paris va ressembler à celui d’une ville du sud de l’Espagne comme Séville.

Dan Lert, adjoint à la maire de Paris

« Invivable » pour les plus vulnérables

Des pointes de chaleur à 50 °C à l’ombre, donc davantage en plein soleil, constitueront un enjeu majeur de santé publique pour la capitale française.

« Paris pourrait devenir invivable plusieurs semaines par année, notamment pour les habitants les plus vulnérables », a déclaré la conseillère Fatoumata Koné, présidente du groupe d’élus écologistes, lors de la séance du 5 juillet.

« Paris à 50 °C, ce n’est ni une prophétie, ni une intuition, ni une hypothèse, c’est une réalité », a ajouté le conseiller écologiste Alexandre Florentin, à l’origine de la création de cette mission d’information et d’évaluation.

PHOTO FOURNIE PAR ALEXANDRE FLORENTIN

Alexandre Florentin, conseiller municipal de Paris, membre de la commission Environnement-Climat et Biodiversité-Propreté du Conseil de Paris

Devant cette chaleur attendue, il y a trois options, résume-t-il plus tard dans un entretien avec La Presse : « C’est cuire, fuir ou agir. »

Car Paris n’est pas prêt à affronter ce qui l’attend, prévient celui qui est aussi consultant en matière de changement climatique, énumérant les perturbations dans les transports ferroviaires, en raison de la déformation des rails par la chaleur ; les fermetures de classes, car les écoles ne sont pas climatisées ; le dysfonctionnement des appareils de climatisation au-delà de 42 °C ou encore la surcharge du réseau électrique.

Toute notre société est adaptée à un certain climat ; donc si le climat change, ça va venir affecter tous les pans de notre société.

Alexandre Florentin, conseiller de Paris

Paris appelé à changer de visage

L’adaptation de Paris aux futures « supervagues de chaleur » et aux pointes de température extrêmes ne se fera pas sans modifier le visage de la ville.

« C’est indispensable que l’allure de Paris change », affirme Alexandre Florentin, selon qui il faudra par exemple revoir les couleurs et les matériaux des toits des bâtiments, qui transforment les appartements mansardés en fournaises.

PHOTO JULIEN DE ROSA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Des toits du centre de Paris

Il faudra aussi moins de bitume et changer la couleur de celui qui reste « pour des couleurs plus claires, comme dans le sud de l’Europe », illustre-t-il.

Dan Lert abonde dans le même sens, mais souligne que l’enjeu est complexe.

Paris, c’est une ville très minérale, qui s’est construite avec un climat tempéré.

Dan Lert, adjoint à la maire de Paris

Au-delà du recours à des matériaux différents, il faut aussi envisager un urbanisme différent, affirme M. Lert.

« On doit changer notre manière de penser et concevoir Paris », dit-il, évoquant de nouvelles solutions comme la construction de structures ombrières, comme dans le sud de l’Europe, lorsque planter des arbres n’est pas possible.

La mission d’information et d’évaluation rendra ses conclusions dans six mois ; elles contribueront au renforcement du plan climat de la Ville de Paris, dont la prochaine mouture est attendue en 2024, ou pourraient même se concrétiser avant, explique Dan Lert.

Mais l’adaptation a ses limites, prévient Alexandre Florentin.

« Admettons qu’on sache tout faire pour 50 °C, ce n’est pas sûr qu’on saura tout faire pour 55 °C, dit-il. Il faut absolument réduire nos émissions de GES [gaz à effet de serre] mondialement. »

En savoir plus

  • +2,3 °C
    Augmentation de la température moyenne à Paris depuis l’ère préindustrielle
    Source : Ville de Paris