Parce qu’il n’en fait pas assez pour protéger les caribous, le Québec pourrait perdre des certifications internationales de saine gestion des forêts, prévient le Forest Stewardship Council. Mais le ministre des Forêts a refusé de rencontrer l’organisme, qui souhaitait lui présenter des solutions.

Publié le 28 avril
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Le Québec risque de perdre certaines certifications internationales de saine gestion des forêts en raison de l’insuffisance de ses mesures de protection de l’habitat du caribou.

Le Forest Stewardship Council (FSC) – un organisme international à but non lucratif qui certifie les produits du bois provenant de forêts gérées sainement sur les plans écologique, social et économique – a alerté le gouvernement québécois à ce sujet, en février.

« Le FSC s’inquiète de plus en plus d’être dans la position difficile, dans un avenir prévisible, de devoir suspendre ou résilier les certificats d’aménagement forestier actuels parce qu’ils ne satisfont pas aux exigences relatives au caribou », écrivait le FSC dans une lettre au ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour.

Le directeur général du FSC, qui est établi en Allemagne, proposait à M. Dufour de venir le rencontrer à Québec, en avril, pour lui présenter des pistes de solution, mais le ministre n’a pas donné suite à cette proposition.

PHOTO FOURNIE PAR LE FOREST STEWARDSHIP COUNCIL

François Dufresne, président de la section canadienne du Forest Stewardship Council

« On n’a jamais eu de réponse, même pas un accusé de réception », a indiqué à La Presse le président de la section canadienne du FSC, François Dufresne.

Le directeur général du FSC a en revanche tenu des rencontres « fructueuses » avec les gouvernements ontarien et canadien lors de son déplacement au Canada, plus tôt ce mois-ci.

Une rencontre… après la Commission

Le ministre Dufour a bien reçu l’invitation du FSC, mais il « souhaite attendre le rapport de la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards avant [d’y] donner suite », a indiqué mardi à La Presse son directeur des communications, Michel Vincent.

« Le ministre a demandé au ministère de contacter, dans un premier temps, le FSC afin de préparer une rencontre entre le ministère, le cabinet et le président de l’organisme, a-t-il dit. Cette discussion devrait avoir lieu prochainement. »

« C’est de l’improvisation », a rétorqué François Dufresne, affirmant ne pas avoir été contacté par Québec et jugeant inutile d’attendre le rapport de la Commission pour tenir une rencontre.

Ce n’est pas de ça qu’il s’agit, il s’agit de mettre en place le plan de rétablissement du fédéral qui traîne depuis 12 ans !

François Dufresne, du FSC Canada

Demande du marché

Le Québec a beaucoup à perdre avec le retrait éventuel de certifications du FSC, prévient l’organisme.

« Le marché tire pour avoir des produits certifiés », affirme François Dufresne, évoquant notamment les États-Unis, principal partenaire commercial du Canada.

L’exploitation de la forêt n’est pourtant pas incompatible avec la protection du caribou, soutient-il, affirmant que les 7 millions d’hectares certifiés au Québec dans l’aire de répartition du caribou en sont la preuve.

Outre la protection de l’habitat du caribou, la nouvelle norme du FSC en vigueur depuis 2020 prévoit aussi le respect des droits des Autochtones par l’obtention d’un consentement libre, préalable et éclairé à l’exploitation forestière.

Le FSC se dit ainsi dans une « position unique » pour aider le Québec à atteindre les objectifs de conservation fédéraux et réitère « son soutien et son expertise ».

Le gouvernement du Québec ne s’en va pas dans la bonne direction.

François Dufresne, FSC Canada

Pas une première

Le Québec a déjà perdu dans le passé des certifications du FSC : en 2015, la papetière Produits forestiers Résolu avait vu ses certificats pour les cinq unités d’aménagement forestier du Saguenay–Lac-Saint-Jean suspendus ou résiliés.

Le gouvernement libéral de l’époque avait alors commandé un rapport pour évaluer « l’impact social et économique de la mise en œuvre des exigences du Forest Stewardship Council ».

Le document, cosigné par l’actuelle présidente de la Commission indépendante sur les caribous forestiers et montagnards, la professeure spécialisée en économie forestière Nancy Gélinas, faisait six recommandations, dont la modernisation des entreprises forestières et leur conversion vers une sylviculture basée sur la valeur et non seulement sur le volume.

« Ces propositions permettront à moyen terme d’atténuer l’impact d’une réduction de la possibilité forestière », soit le volume maximal de bois qu’elles sont autorisées à couper, concluaient les auteurs.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs n’était pas en mesure d’indiquer si ces recommandations avaient été mises en place, mercredi.

Le rapport soulignait en outre que les exigences liées à la certification FSC recoupaient celles existantes et à venir du gouvernement québécois, et que s’y conformer « ne pourra se faire à coût nul ».

Le FSC juge « discutables » les conclusions de ce rapport sur le prix à payer pour gérer sainement les forêts.

« Ne perdons jamais de vue que l’essentiel des pertes d’emplois au Québec et ailleurs au Canada dans le secteur forestier, depuis 25 ans, a été causé par la détérioration des conditions de marché de l’industrie forestière et de sa rationalisation, affirme François Dufresne. L’environnement, ou sa protection, est rarement mis en cause. »

En savoir plus

  • 20 millions
    Nombre d’hectares de forêts au Québec ayant la certification FSC
    source : Forest Stewardship Council