Par où commencer pour réduire de façon importante les émissions de gaz à effet de serre (GES) ? Le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) donne plusieurs pistes. L’une d’elles concerne les zones urbaines, où vit déjà la majorité des habitants de la planète.

Publié le 5 avril
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Selon les estimations des experts du GIEC, les villes du monde entier pourraient presque atteindre la carboneutralité en 2050, à condition de se mettre au travail dès maintenant « avec des efforts d’atténuation ambitieux et immédiats, y compris des niveaux élevés d’électrification et une efficacité énergétique et matérielle améliorée », précise-t-on.

Depuis l’accord de Paris, en 2015, les émissions de GES pouvant être attribuées aux zones urbaines ont continué d’augmenter. En 2020, elles représentaient entre 67 et 72 % des émissions mondiales, contrairement à 62 % en 2015. Or, plus de la moitié des habitants de la planète (56,1 %) vivent déjà en zone urbaine, et, selon l’Organisation des Nations unies (ONU), cette proportion passera à 68 % en 2050.

Au Canada comme au Québec, 8 personnes sur 10 environ vivaient en milieu urbain en 2020. Tout près de la moitié de la population québécoise (48 %) habite dans le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

Si les villes occupent une place grandissante dans la lutte contre les changements climatiques, c’est aussi parce que le potentiel de réduction des émissions de GES y est immense. Dans son plus récent rapport, le GIEC indique d’ailleurs que les émissions de GES en zone urbaine pourraient diminuer de façon draconienne, passant de 29 milliards à 3 milliards de tonnes en 2050.

Transports et territoire

« Les stratégies permettant aux villes établies de réaliser d’importantes économies d’émissions de GES comprennent l’amélioration, la réaffectation ou la modernisation efficace du parc immobilier, le soutien aux transports non motorisés (par exemple, la marche, le vélo) et les transports en commun », indique le sommaire pour les décideurs, qui totalise 64 pages.

Le rapport souligne également que des changements dans l’aménagement du territoire urbain (densité, connectivité et accessibilité) « en combinaison avec des programmes qui encouragent les changements de comportement des consommateurs (par exemple, la tarification des transports) pourraient réduire les émissions de gaz à effet de serre liées au transport dans les pays développés ».

Ces propositions ont été saluées notamment par Vivre en ville, organisme qui a des bureaux à Québec, Montréal et Gatineau.

Le rapport du Groupe de travail III du GIEC rappelle l’importance cruciale qu’ont les villes dans la lutte contre les changements climatiques. […] Les actions en aménagement du territoire, transports et alimentation pourraient permettre la réduction de 40 à 70 % des émissions d’ici 2050.

L’organisme Vivre en ville, réagissant au nouveau rapport

Le monde municipal attend d’ailleurs avec impatience la nouvelle Stratégie nationale d’architecture et d’urbanisme promise par le gouvernement Legault. Plusieurs intervenants ont réclamé au cours des dernières années un resserrement des règles afin de limiter l’étalement urbain.

Au Canada, les grandes villes font face à plusieurs défis dans un contexte d’urgence climatique. Une étude récente de Statistique Canada a d’ailleurs révélé que la majorité des grandes villes avaient perdu des espaces verts entre 2001 et 2009 au profit de l’urbanisation.

Effets dans la CMM

Invoquant l’« urgence d’agir », la CMM prévoit d’ailleurs adopter le 28 avril prochain un projet de règlement de contrôle intérimaire qui interdirait toute construction dans les boisés et les milieux humides « d’intérêt » sur son territoire.

Au Québec, les villes subiront de plein fouet les effets du réchauffement mondial. Par exemple, selon les modélisations du consortium Ouranos, spécialisé dans l’étude des changements climatiques, les températures moyennes dans les villes de la CMM pourraient grimper d’un peu plus de 3 ℃ d’ici 2050 et de près de 6 ℃ d’ici la fin du siècle.

Selon des calculs de l’Union des municipalités du Québec, les 10 plus grandes villes du Québec auront besoin de 2 milliards de dollars sur 5 ans seulement pour des mesures d’adaptation aux changements climatiques.

En savoir plus

  • 76,6 jours
    Nombre de jours qu’il pourrait y avoir par année où la température serait supérieure à 30 °C à Montréal d’ici 2100, selon les modélisations du consortium Ouranos.
    source : Ouranos
    +6,5 °C
    À Kuujjaq, dans le nord du Québec, la température annuelle moyenne pourrait grimper de 6,5 °C.
    source : Ouranos