Le vélo électrique est un outil dans la lutte contre les changements climatiques, estiment un nombre croissant de gouvernements qui subventionnent l’achat par les particuliers. Pressé de les imiter par Vélo Québec, le gouvernement québécois dit n’avoir aucune intention en ce sens.

Publié le 21 mars
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

La popularité du vélo électrique est sans conteste. Le quart des vélos pour adultes vendus en 2020 au Québec étaient à assistance électrique. Ils sont particulièrement appréciés des cyclistes qui franchissent d’importantes distances ou de grands dénivelés. Mais ils coûtent souvent plus cher que les vélos traditionnels.

Au Québec, le gouvernement accorde des subventions juteuses – jusqu’à 8000 $ – aux acheteurs de voitures électriques. Mais aucune aide gouvernementale n’existe pour le vélo électrique, déplore Vélo Québec.

« Pour une fraction du coût, on peut avoir des modes de transport encore plus sobres en carbone que l’auto. Les gens qui ont choisi leur lieu de vie pour être moins dépendants de l’auto, on leur dit : “Débrouillez-vous, on n’a pas besoin de vous soutenir” », déplore Magali Bebronne, directrice des programmes chez Vélo Québec.

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Magali Bebronne, directrice des programmes chez Vélo Québec

« De notre point de vue, si on est capable d’offrir de tels cadeaux à ceux qui passent à l’auto électrique, on devrait être capable de soutenir ceux qui font des choix encore plus vertueux », dit-elle.

Jusqu’à 2000 $ en France

De nombreux gouvernements ont mis en place de tels programmes. En Écosse, le gouvernement offre des prêts sans intérêt remboursables sur quatre ans pour l’achat de vélos électriques ou de vélos cargos.

La France a plusieurs programmes. L’un d’eux prévoit que l’État éponge 40 % du prix du vélo électrique, jusqu’à concurrence de 2100 $, si l’acheteur se débarrasse simultanément d’un vieux véhicule automobile.

Beaucoup d’indices nous montrent qu’avec les vélos à assistance électriques, ce sont d’anciens automobilistes qui les utilisent, plus que les vélos sans assistance électrique.

Olivier Schneider, président de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB)

Le nerf de la guerre, c’est bien entendu le fameux transfert modal. Ces subventions visent avant tout à s’assurer que les gens abandonnent la voiture à essence.

L’idée derrière la subvention à l’auto électrique est simple : les gouvernements estiment qu’un kilomètre parcouru en voiture électrique va venir remplacer un kilomètre parcouru en voiture à essence.

Le calcul est moins simple avec le vélo. Est-ce que les kilomètres parcourus à vélo vont venir remplacer des kilomètres polluants derrière le volant ? Ou est-ce que ces subventions iraient à des gens nantis qui achètent un vélo électrique, mais ne réduisent pas l’utilisation de leur automobile ?

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Laval a subventionné 4500 vélos électriques entre 2018 et 2022.

La prime à la conversion française est intéressante, car elle permet de s’assurer que la subvention va servir à un cycliste qui délaisse l’automobile pour l’envoyer « à la casse ».

« Le vélo électrique est un outil de report modal, c’est incontestable », croit Olivier Schneider.

Pas dans les cartons à Québec

Le gouvernement du Québec mise beaucoup sur l’électrification des transports. Mais subventionner le vélo électrique ne fait pas partie de son arsenal.

« Nous sommes toujours à l’affût de mesures efficaces pour atteindre nos objectifs de transition énergétique. Pour l’instant, nous ne prévoyons pas de mettre en place une subvention à l’achat de vélos électriques », fait savoir Geneviève Tremblay, attachée de presse du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

Certaines municipalités ont toutefois mis en place des programmes sans attendre Québec. Granby a, par exemple, son propre programme de subvention, qui prévoit de 50 à 100 $ pour l’achat d’un vélo traditionnel ou électrique.

Laval a subventionné 4500 vélos électriques entre 2018 et 2022. Les fonds provenaient en partie des promoteurs immobiliers qui ont contribué en fonction des émissions de gaz à effet de serre émis par leurs projets. Mais le programme lavallois n’a pas été reconduit, et les 750 subventions prévues pour 2022 ont déjà été accordées, preuve de la popularité du programme auprès du public.

Vélo Québec espère qu’une véritable réflexion aura lieu au Québec sur la place du vélo dans la stratégie d’électrification des transports. Sans surprise, l’organisme estime que tout miser sur l’auto, une fois de plus, représente une erreur.

« Ce qui est dommage, c’est que la vision du gouvernement est que l’électrification va nous sauver, lance Magali Bebronne. Mais l’électrification ne répond qu’à certains de nos enjeux, la voiture électrique va prendre le même espace dans les bouchons, elle va continuer de représenter une menace pour les utilisateurs plus vulnérables de la route. »

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