Deux communautés innues ont intenté une poursuite en Cour supérieure contre le gouvernement du Québec, qu’elles accusent de faillir à ses responsabilités relativement à la protection du caribou.

Mis à jour le 24 février
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Les Premières Nations d’Essipit, sur la Côte-Nord, et de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, reprochent à Québec d’avoir « manqué délibérément à son obligation constitutionnelle » de consultation à propos des « enjeux de protection d’Atiku, le caribou », ont-elles indiqué dans un communiqué, jeudi.

« Nous exigeons le respect de nos droits ancestraux et des mesures de protection immédiates du caribou et de son habitat, sur les bases des savoirs et connaissances innus et scientifiques », y affirment les chefs Martin Dufour, de la Première Nation des Innus Essipit, et Gilbert Dominique, de la Première Nation des Pekuakamiulnuatsh, dont fait partie Mashteuiatsh.

« Le gouvernement du Québec n’a jamais pris en compte ni respecté les droits et le rôle décisionnel des Premières Nations concernant cette espèce », depuis le dépôt d’un plan d’action pour l’aménagement de l’habitat du caribou, en 2016, déplorent les deux communautés.

Les Innus reprochent à Québec de multiplier les « tables et forums inappropriés » qui ne permettent pas de discuter de leurs droits ancestraux, alors que leur proposition d’un « protocole de consultation rigoureux » est demeurée sans réponse.

Commission « inutile »

Les Premières Nations d’Essipit et de Mashteuiatsh déplorent la création par Québec d’une commission indépendante sur le caribou, annoncée l’automne dernier et dont les travaux devraient débuter au printemps, que « plusieurs » qualifient d’inutile, écrivent-elles.

Cette commission n’est « pas la tribune adéquate pour débattre des droits et enjeux des Premières Nations », estiment-elles, accusant le gouvernement de vouloir gagner du temps.

« Les tergiversations sont inadmissibles en raison de l’urgence de la situation pour le caribou, dont le déclin entraîne déjà une perte culturelle inévitable et met en péril les droits et titres ancestraux », affirme le communiqué.

« Nous avons affirmé récemment que si le gouvernement ne peut protéger le caribou, les Innus eux le feront », rappellent les chefs Dufour et Dominique. « Nous tenons notre promesse. »

Québec vante son action pour le caribou

Le cabinet du ministre québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a indiqué ne pas faire de commentaires « étant donné la nature judiciaire des démarches ».

Il a en revanche fait valoir que son ministère a mis en place différentes mesures, dont « la désignation d’aires protégées au bénéfice des populations de caribou comme la réserve de Manouane-Manicouagan », la prise en compte de la présence des caribous dans l’aménagement forestier pour « minimiser les répercussions sur leur habitat », a indiqué Michel Vincent, le directeur des communications du ministre.

« À cela s’ajoutent entre autres la construction des enclos et la mise en place de la commission indépendante, qui ira à la rencontre de la population et des communautés autochtones », a-t-il ajouté.

Parallèlement à la démarche des Innus d’Essipit et de Mashteuiatsh, les Atikamekw de Wemotaci ont mis en demeure le gouvernement du Québec, jeudi, relativement à l’exploitation forestière sur son territoire ancestral non cédé.

En savoir plus

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    Population de la communauté de Pekuakamiulnuatsh, dont fait partie Mashteuiatsh
    source : Communauté de Pekuakamiulnuatsh
    1228
    Population de la communauté d’Essipit
    source : Communauté d’Essipit