L’année 2021 est la deuxième des plus chaudes jamais enregistrées dans le golfe du Saint-Laurent, qui a vu les anomalies climatiques se multiplier.

Publié le 19 janvier
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Un hiver doux, un été frais, un automne chaud ; de nombreux indicateurs se sont écartés de la moyenne, a expliqué lors d’une conférence scientifique le chercheur en océanographie physique Peter Galbraith, de l’Institut Maurice-Lamontagne.

Ce centre de recherche fédéral, situé à Mont-Joli, dans le Bas-Saint-Laurent, est l’un des principaux centres francophones de recherche en sciences de la mer du monde.

La température de l’eau est demeurée « de loin au-dessus du point de congélation » dans une grande partie du golfe, l’hiver dernier, a expliqué M. Galbraith.

La température de l’eau est demeurée anormalement douce jusqu’à la fin de l’hiver.

Peter Galbraith, Institut Maurice-Lamontagne

Par conséquent, très peu de glace s’est formée au cours de la saison hivernale, comme le rapportait La Presse en mars dernier.

Lisez l’article « Un hiver sans glace dans le golfe du Saint-Laurent »

« Là où il y en a eu, elle est partie anormalement tôt », frôlant ainsi le record de 2010, a indiqué Peter Galbraith.

Il ajoute que cet éphémère couvert de glace a été très mince : moins de 10 cm, alors que la moyenne oscille autour de 50.

Le golfe du Saint-Laurent est éminemment sensible aux variations de température de l’eau, souligne le chercheur : une augmentation d’un seul degré Celsius se traduit par 18 km⁠3 et 31 000 km2 de glace en moins et réduit de 14 jours la présence de glaces dans le golfe du Saint-Laurent.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE OLIVIER PONTBRIAND

Des passagers regardent un bloc de glace présent dans le golfe du Saint-Laurent.

Évènement marquant

La température élevée de l’eau de surface à la fin de l’hiver a entraîné des effets en cascade pour le reste de la saison, puisque cette eau forme ensuite « la couche intermédiaire froide estivale », a expliqué Peter Galbraith.

La température de cette couche intermédiaire a ainsi été la plus élevée depuis 1980 à l’échelle saisonnière, avec un record de chaleur absolu en août.

C’est « l’évènement marquant de 2021 », a déclaré Peter Galbraith dans un entretien avec La Presse, après sa conférence.

On a déjà vu des hivers doux qui ne nous avaient pas donné des conditions comme ça.

Peter Galbraith, Institut Maurice-Lamontagne

Les températures de fond ont elles aussi été anormalement élevées, avec des records de chaleur à une profondeur entre 150 et 300 mètres dans l’ensemble du golfe.

« C’est la première fois qu’on ne voit pas d’eau plus froide que 0 °C, en juin », a indiqué le chercheur.

La température élevée des eaux profondes est inquiétante pour la faune marine, estime Peter Galbraith.

On est en terrain inconnu, a-t-il dit. « Jamais une pêche commerciale n’a connu ces températures-là dans le golfe du Saint-Laurent. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Bateau de pêche près des Îles-de-la-Madeleine

Automne chaud

Si elles ont été plus froides qu’à l’habitude, en juillet – seule « anomalie négative » enregistrée en 2021 –, les eaux de surface se sont toutefois nettement réchauffées et sont restées à des températures élevées anormalement longtemps.

« Le refroidissement d’automne était très tardif, c’est du jamais-vu », a déclaré M. Galbraith, évoquant des « vagues de chaleur » en octobre et en novembre.

Mais ce qui est encore « plus flyé », note le chercheur, c’est que les températures élevées ont été relevées jusqu’à 100 mètres de profondeur, alors que la température des eaux de surface diminue habituellement après quelques mètres.

« Je n’ai jamais vu ça en carrière, je ne peux pas l’expliquer », dit-il, avançant l’hypothèse de courants chauds provenant du nord-ouest du golfe.

Une année 2022 plus « normale »

L’année qui commence s’annonce « plus près de la normale », prévoit Peter Galbraith.

« On sait déjà, à voir la glace sur l’estuaire, qu’on ne répétera pas en 2022 la même chose qu’en 2021 », dit-il, ce qui devrait ramener la température de la couche intermédiaire froide estivale dans la moyenne.

En revanche, les températures des eaux profondes devraient rester chaudes, puisqu’elles dépendent d’un processus plus lent.

Quant aux eaux de surface, elles dépendent surtout de la température de l’air, qu’on ne peut prédire.

2021 parmi les années les plus chaudes à l’échelle mondiale

L’année 2021 figure parmi les sept plus chaudes jamais enregistrées à l’échelle mondiale, et ce, malgré l’influence du phénomène de La Niña, qui a tiré le mercure vers le bas, indique l’Organisation météorologique mondiale (OMM). La température moyenne de la planète a été supérieure de 1,11 °C à celle de l’époque préindustrielle, soit la période 1850-1900, montre la synthèse de six grands jeux de données internationales publiée mercredi par cette institution spécialisée des Nations unies. « Les sept années les plus chaudes ont toutes été enregistrées depuis 2015 », rappelle l’OMM dans un communiqué, soulignant que les années 2016, 2019 et 2020 arrivent en tête du classement. « Le réchauffement de la planète et les autres tendances à long terme du changement climatique devraient se poursuivre en raison des niveaux records de gaz à effet de serre présents dans l’atmosphère », prévient l’OMM, dont le constat rejoint celui publié la semaine dernière par l’Agence d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) des États-Unis.

12 °C

Température à laquelle l’eau du golfe du Saint-Laurent s’est maintenue pendant 2,5 semaines à l’automne 2021, un record