(Montréal) L’organisme écologiste Équiterre veut qu’Ottawa prenne les VUS par les cornes, alors qu’une nouvelle étude révèle que leur cote d’amour est devenue si élevée qu’ils décrochent désormais la palme du type de véhicule le plus apprécié des Canadiens.

Michel Saba La Presse Canadienne

Cette normalisation des camions légers est « en train d’anéantir tout notre travail » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur des transports, le deuxième plus grand émetteur au Canada, s’est désolé l’analyste en mobilité chez Équiterre Andréanne Brazeau, en entrevue avec La Presse Canadienne.

Les VUS, ces automobiles à la carrosserie surélevée et volumineuse, ont la faveur de 71 % des répondants au volet « sondage » de l’étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), commandée par Équiterre. Les berlines ont recueilli un score d’appréciation de 66 % et les camionnettes de 49 %.

Et l’engouement pour les VUS est tel que plus de la moitié des propriétaires de véhicules interrogés ont déclaré que c’est le type de véhicule qu’ils possèdent.

Les propriétaires de VUS sont « absolument convaincus » de sa supériorité, notamment en termes de sécurité et de confort. Ce « sentiment de présence sur la route, de robustesse et de stabilité » est renforcé par la taille plus grande de ces véhicules, leur hauteur et leur poids plus élevé. Ils perçoivent aussi « sans exception » qu’ils y sont davantage en sécurité en cas de collision.

Avec l’augmentation constante de la taille des véhicules au pays depuis 25 ans, les VUS se rapprochent de plus en plus de ce que les Canadiens considèrent comme un véhicule « normal », note la recherche de 267 pages dont les résultats feront l’objet d’un webinaire mercredi. Des voitures comme la Honda Civic sont maintenant perçues comme de petites voitures et, dans des régions rurales, les VUS ne sont plus perçus comme de gros véhicules.

« Il y a une certaine influence sociale, a expliqué la coauteure Ingrid Peignier. Plus on voit de gros véhicules autour de nous, plus on pense que ça devient la norme et plus on est enclin à choisir des véhicules similaires. Les véhicules qu’on choisit et auxquels on expose nos enfants influencent ce à quoi ils vont s’habituer et ce qu’ils vont choisir par la suite également. »

Les chercheurs ont dressé un profil type du propriétaire de VUS. Il s’agit d’une « femme, entre 45 et 55 ans, vivant en couple avec enfants à la banlieue ».

Les VUS sont aussi davantage populaires en Saskatchewan (46 %), en Alberta (44 %) et dans les provinces maritimes, qu’au Québec (35 %) et en Colombie-Britannique (35 %). Cet écart s’explique par la « fibre environnementale beaucoup plus présente », selon Mme Peignier qui fait remarquer que des analyses statistiques révèlent que plus les répondants sont soucieux de l’environnement, moins ils ont tendance à acheter un VUS.

Qu’est-ce qui a le plus surpris la chercheuse ? « L’influence des publicités », et ce, bien que les répondants aient généralement affirmé ne pas les utiliser, de même que les réseaux sociaux, comme des sources d’information lorsque vient le temps d’acheter un véhicule.

Les publicitaires ont bien réussi à associer les VUS au concept de liberté à voir la facilité avec laquelle des participants à des groupes de discussion menés dans le cadre de l’étude ont évoqué des images de plein air et d’aventure.

Renverser la vapeur

Équiterre a commandé l’étude non pas dans un objectif masochiste, mais plutôt pour élaborer des recommandations pour renverser la tendance.

L’organisme demande donc au gouvernement canadien de réglementer davantage la publicité automobile, notamment en restreignant la représentation de la nature et par une révision du contenu de la publicité en amont à sa diffusion afin de s’assurer que ce qui est mis dans la publicité est cohérent avec les engagements climatiques du pays. « Ça peut être contre-productif et assez ironique de montrer un véhicule dans la nature alors qu’il contribue à la détruire », a estimé Mme Brazeau.

Puisque la recherche démontre que l’affichage de la quantité de CO2 émis sur une distance n’est pas très parlant, l’organisme réclame aussi que l’impact environnemental des véhicules soit vulgarisé, par exemple être un code de couleur qui permet de comparer les véhicules entre eux sur le plan de l’efficacité énergétique.

Le prix étant l’un des trois principaux attributs lorsque vient le temps d’acheter un véhicule, après la sécurité en cas d’impact et la sécurité dans de mauvaises conditions routières, Équiterre suggère d’instaurer un système de « redevance-remise » sur les véhicules. Il s’agit en fait d’une taxe ou d’un frais sur le prix qui augmente plus le véhicule est polluant qui sert à offrir des subventions aux personnes qui choisissent des véhicules plus propres, comme les véhicules électriques.

« En ce moment, on a seulement le côté subvention qui existe, donc c’est tout le monde de la société qui paie ça via nos taxes et nos impôts, a souligné Mme Brazeau. C’est de plus en plus courant dans les pays qui se donnent les moyens d’atteindre leurs cibles climatiques. »

Les messages qui pourraient influencer les comportements feront partie d’un deuxième volet de l’étude du CIRANO, mais des résultats préliminaires des analyses révèlent que les normes sociales, les compétences de conduite et l’héritage sur les générations futures peuvent fonctionner.