La proportion de carburants « à faible intensité de carbone », tels que l’éthanol, dans l’essence et le diesel augmentera à partir de 2023 au Québec, a appris La Presse, ce qui équivaudra à retirer un peu plus de 700 000 voitures à essence des routes, selon le gouvernement Legault.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Québec veut ainsi éviter l’émission de près de 2,5 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) et contribuer à l’atteinte de sa cible de réduction de 37,5 % sous le niveau de 1990 en 2030.

Un projet de règlement sur le sujet a été approuvé par le Conseil des ministres et sera prépublié ce mercredi dans la Gazette officielle du Québec.

Il prévoit que l’essence vendue au Québec devra incorporer 15 % de « contenu à faible intensité de carbone » au 1er janvier 2030, tandis que le carburant diesel devra en contenir 10 % à la même date ; la proportion augmentera progressivement à partir du 1er janvier 2023.

Elle devra alors être de 10 % pour l’essence et de 3 % pour le diesel, un seuil qui sera haussé d’environ 2 % tous les deux ans jusqu’à l’atteinte de la cible finale.

À l’heure actuelle, le taux de contenu à faible intensité de carbone exigé est de 5 % dans l’essence et de 2 % dans le diesel — il s’agit de la norme fédérale, puisque le Québec ne dispose pas de sa propre exigence.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jonatan Julien, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles

« C’est un geste qui peut passer sous le radar, mais qui est majeur en termes de réduction de GES », a déclaré à La Presse le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, pour qui cette mesure est « complémentaire » à l’électrification des transports.

Une « annonce positive »

Une telle augmentation de la proportion de biocarburants correspond, du moins pour l’essence, à ce qu’a proposé une coalition d’organisations environnementales canadiennes, le mois dernier, pour que le Canada réduise davantage que prévu ses émissions de GES.

« C’est une annonce qui est positive », a déclaré à La Presse Émile Boisseau-Bouvier, analyste des politiques climatiques à Équiterre, qui faisait partie de cette coalition.

La coalition a toutefois proposé que le taux de carburant renouvelable dans le diesel atteigne 34 % à l’horizon 2030.

Il y a toujours moyen de faire mieux, mais c’est important de souligner les bons coups ; on s’en va dans la bonne direction.

Émile Boisseau-Bouvier, Équiterre

La norme est plus exigeante pour l’essence que pour le diesel parce qu’« on ne part pas de la même place », justifie le ministre Julien.

Pas n’importe quel biocarburant

La notion de « carburant à faible intensité de carbone » inclut les biocarburants produits à partir du maïs, de la biomasse forestière, des matières organiques ou des déchets de plastique.

Équiterre appelle à privilégier les biocarburants de deuxième génération, produits à partir de déchets, plutôt que des carburants de première génération, comme l’éthanol, dont la culture du maïs rivalise avec l’agriculture nourricière.

Le ministre Julien répond que le règlement ne forcera pas le recours à des biocarburants de deuxième génération, mais qu’il comprendra « des mécanismes qui font en sorte que ce sera favorisé ».

Il souligne que le règlement valorise la « faible intensité de carbone » des carburants de remplacement, afin qu’ils aient la plus faible empreinte carbone possible.

« On met une double pression », illustre le ministre Julien, reconnaissant que les carburants de remplacement n’ont pas tous la même valeur écologique.

Le ministre précise que la production d’éthanol devra être préalablement autorisée par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

L’inclusion de « carburants renouvelables », comme l’hydrogène vert, entre également dans la définition de « carburant à faible intensité de carbone », mais Québec n’a pas encore statué sur son inclusion, indique le ministre.

Favoriser l’économie nationale

Le gouvernement voit aussi dans cette politique une façon de favoriser le développement des bioénergies au Québec, en garantissant une stabilité et une prévisibilité pour le marché.

Il s’agit d’une « bonne chose », croit le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, qui souligne que le Québec et le Canada sont de grands importateurs d’éthanol et de biodiesel.

Pour les producteurs de biocarburants, ça prend des normes minimales pour garantir qu’il y a un marché.

Pierre-Olivier Pineau, HEC Montréal

Dans son Plan pour une économie verte (PEV), présenté l’automne dernier, le gouvernement caquiste s’est donné l’objectif d’augmenter de 50 % la production de bioénergies d’ici 2030 et de réduire de 40 % la consommation de produits pétroliers dans la province.

La Côte-Nord, la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine, une partie du Bas-Saint-Laurent, l’île d’Anticosti et le Nord-du-Québec ne seront pas assujettis au règlement dans l’immédiat en raison de leur éloignement.