Jeudi, le président américain Joe Biden a fait part de son intention de diminuer de 50 % les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis d’ici 2030. Dans son nouveau livre Climat : comment éviter un désastre – Les solutions actuelles, les innovations nécessaires, le milliardaire et philanthrope Bill Gates montre à quel point le défi d’éviter une catastrophe climatique est complexe, coûteux… et vital.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Panneaux solaires et éoliennes

L’accord de Paris est ratifié. Les panneaux solaires et les éoliennes sont de plus en plus performants et de moins en mois coûteux. Donc, la transition vers les énergies propres se passe bien, n’est-ce pas ? Dans son livre, Bill Gates note que ces réalités sont positives, mais qu’énormément de travail reste à faire. Surtout, des manières propres et concurrentielles de produire du ciment, de l’acier et des engrais – des secteurs qui comptent parmi les plus polluants – sans émettre de gaz à effet de serre restent à inventer. La question de la production d’électricité est aussi cruciale. Un exemple : pour atteindre la cible de zéro émission en 2050 aux États-Unis, les sources d’énergies propres doivent être installées à un rythme « de 5 à 10 fois » plus rapide qu’elles ne le sont actuellement, écrit Gates.

PHOTO SAMUEL CORUM, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Bill Gates

De 51 milliards à zéro

L’humanité rejette actuellement 51 milliards de tonnes de CO2 ou de polluants équivalents dans l’atmosphère. Pour éviter un dérèglement catastrophique du climat, ce nombre doit passer à zéro d’ici 2050. Cette cible devra être atteinte en triplant la capacité de génération d’électricité du globe d’ici 2050, laquelle servira à répondre à la croissance de la population, à l’électrification des transports, à la hausse de l’utilisation des climatiseurs et du niveau de vie de milliards de personnes dans les pays en développement. « Nous devons adopter les véhicules électriques comme nous avons adopté les télévisions et les machines à laver lorsqu’elles sont arrivées sur le marché, écrit Gates. Nous devons transformer la façon dont nous faisons pousser nos aliments et fabriquons nos produits tout en continuant à livrer les routes, les ponts et la nourriture dont nous avons tous besoin. »

2030 c. 2050

Il existe deux dates butoirs utilisées par les pays pour réduire leurs émissions : une diminution importante pour 2030, et une décarbonisation complète pour 2050. Bill Gates écrit que la décarbonisation est la cible ultime, et que viser une réduction très rapide pour l’année 2030 pourrait même nuire à cet objectif. « Par exemple, un pays qui voudrait réduire ses émissions pour 2030 pourrait construire des centrales d’électricité au gaz naturel pour remplacer celles qui fonctionnent au charbon. Or, ces centrales au gaz naturel seront opérationnelles pendant des décennies. Donc elles pourraient nuire à l’objectif de zéro émission en 2050. » L’ONU appelle les pays à réduire leurs émissions de 45 % d’ici 2030. Le Canada s’est engagé jeudi à réduire à cette date ses émissions de 40 à 45 % par rapport à leur niveau de 2005, tandis que le Québec promet de les réduire de 37,5 % par rapport aux niveaux de 1990.

Taxe sur le carbone

Gates parle aussi de l’importance de la taxe sur le carbone. « En augmentant le prix des énergies fossiles, on dit au marché qu’il y aura un coût associé aux produits qui émettent des gaz à effet de serre. La question de l’utilisation des sommes récoltées n’est pas aussi importante que le signal que l’on envoie. » Imposer un coût pour le rejet du CO2 dans l’atmosphère est incontournable parce que les consommateurs et les industries ne paient actuellement pas pour les dommages que leurs achats infligent au climat. Récemment, la Cour suprême canadienne a dit que la tarification sur le carbone implantée par Ottawa respectait la Constitution. Les coûts de la taxe sont de 50 $ par tonne de CO2, somme qui doit graduellement passer à 170 $ en 2030.

Tous doivent s’y mettre

L’auteur nous invite à faire des gestes dans notre quotidien pour réduire notre impact et surtout envoyer le message aux entreprises « vertes » qu’il y a un marché pour leurs produits. C’est aussi en votant qu’on fait bouger les choses, dit-il. « Les élus vont adopter des programmes basés sur la science pour réduire les émissions si les électeurs le demandent. Des millions de personnes autour du monde exigent désormais ces programmes. Il faut continuer à mettre de la pression sur les élus pour que cela se concrétise, notamment en les appelant et en leur écrivant. L’action directe est souvent sous-estimée », écrit-il. Toute la planète doit s’y mettre. « Les températures ne cesseront pas de grimper au Texas tant et aussi longtemps que les émissions ne cesseront pas d’augmenter en Inde. »

Miser sur l’innovation

Les gens d’affaires connus comme Bill Gates sont souvent accusés de rêver à des technologies vertes qui permettraient de résoudre le problème des changements climatiques. Le milliardaire reconnaît que l’innovation n’est pas une baguette magique, mais ajoute qu’elle fait partie de la solution. Il appelle notamment les gouvernements à « augmenter considérablement » les budgets qu’ils allouent à la recherche et au développement pour ce qui est de la création de sources d’énergie propre. Aussi, nous devons être à l’aise avec le fait de changer notre comportement. Dans le monde, écrit Gates, le secteur de l’alimentation dans son ensemble génère près du tiers des émissions de CO2. Manger moins de viande et de produits laitiers peut aider à diminuer les émissions.

Les changements sont déjà là

Finalement, les changements climatiques ont déjà débuté, rappelle l’auteur, et continuer notre vie comme avant n’est pas une option. « La Terre se réchauffe ; elle se réchauffe à cause de l’activité humaine. Cela a un impact négatif qui ira en s’aggravant. Tout nous porte à croire qu’à un moment donné, l’impact sera catastrophique. Ce point de bascule arrivera-t-il dans 30 ans ? Dans 50 ans ? Nous ne le savons pas précisément. Mais étant donné la difficulté à résoudre le problème, même si le pire des cas est dans 50 ans, nous devons agir maintenant. »

IMAGE TIRÉE DU SITE DE FLAMMARION

Couverture de Climat : comment éviter un désastre – Les solutions actuelles, les innovations nécessaires, de Bill Gates

Climat : comment éviter un désastre – Les solutions actuelles, les innovations nécessaires
Bill Gates
Flammarion
388 pages