Près de huit semaines après l’interruption de la collecte des contenants consignés dans les marchés, épiceries et dépanneurs de la province, certains marchands propriétaires ont recommencé à récupérer canettes et bouteilles de bière ce week-end, dans les stationnements extérieurs de leurs établissements.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Une solution temporaire qui permettrait notamment à l’Association des brasseurs du Québec de récupérer des milliers de bouteilles.

Samedi, le dépanneur Peluso de la rue Beaubien a mis en place une procédure de récupération des contenants en invitant ses clients à passer par la rue Alma, par où le petit commerce montréalais reçoit ses marchandises.

« Vos consignes doivent au préalable être bien rincées et dans un état qui respecte nos normes de salubrité et nous nous donnons le droit de refuser les consignes qui ne respectent pas nos conditions, ont écrit les propriétaires sur leur page Facebook. C’est une séance test, et si ça fonctionne, nous allons annoncer sous peu d’autres séances de récupération. »

Le magasin IGA St-Pierre et Fils de Granby a lui aussi organisé samedi – avec l’aide de bénévoles – une grande corvée dans le stationnement du Zoo de Granby. Les citoyens étaient invités à faire don de la consigne à des fondations de la région (SOS Dépannage-Moisson Granby, Fondation du Centre hospitalier de Granby et la fondation du Zoo de Granby). Là encore, on parle d’une opération ponctuelle, mais qui pourrait être répétée.

Dimanche, c’est la chaîne d’alimentation Maxi, propriété de Loblaws, qui organise dans les stationnements de ses 41 magasins du Québec une opération de récupération des contenants consignés au profit d’organismes communautaires. Les clients pourront s’ils le veulent faire don de la consigne. Maxi, qui pourrait répéter l’expérience « au cours du mois », s’est engagé à doubler tous les montants amassés en dons.

« Les consommateurs seront invités à rester dans leur véhicule jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’espace dédié au dépôt des contenants », a précisé la responsable des communications chez Maxi Geneviève Poirier.

Ce déblocage est bien accueilli par l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), qui a lancé l’idée il y a deux semaines à la suggestion même des marchands.

« Ce qu’on dit depuis le début, résume Stéphane Lacasse, directeur des affaires publiques et gouvernementales de l’ADAQ, c’est que ce n’est pas possible de gérer la récupération des contenants consignés à l’intérieur de nos magasins si on veut respecter les règles de distanciation physique de deux mètres préconisées par la santé publique. »

L’ADAQ, qui discute avec le gouvernement du Québec et l’Association des brasseurs du Québec (ABQ) depuis plusieurs semaines était sous pression.

D’abord par le ministère de l’Environnement, qui a publié un avis de la Santé publique affirmant que la reprise de la collecte des contenants représentait un « risque minimal » et puis par l’Association des brasseurs, qui face à une pénurie de contenants, et qui demande aux détaillants de l’aider à récupérer ses bouteilles.

« Il y a plusieurs de nos marchands qui se sont dits prêts à faire des grandes corvées pour répondre à l’appel des brasseurs, nous dit Stéphane Lacasse. Donc, nous, on est favorables à ça, on va voir comment ça se passe samedi, dimanche, dans les différents marchés, et puis les commerces d’alimentation vont s’ajuster pour trouver la meilleure façon de s’y prendre. »

L’initiative des marchands propriétaires jouit du soutien du Syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), qui représente 35 000 travailleurs au Québec.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Ce déblocage est bien accueilli par l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), qui a lancé l’idée il y a deux semaines à la suggestion même des marchands.

« Dans la mesure où ça se fait à l’extérieur des établissements de commerce, on voit ça d’un bon œil, nous dit la porte-parole des TUAC Québec Roxane Larouche. On trouve que c’est un pas dans la bonne direction. C’était d’ailleurs la proposition qui était sur la table le 29 avril avec l’ADAQ. »

Les discussions doivent toutefois se poursuivre avec le gouvernement et l’Association des brasseurs sur ces modalités de récupération à long terme.

Roxane Larouche a l’intention de voir comment la collecte des contenants se fait dans différents commerces ce week-end, afin de s’assurer que les mécanismes mis en place « respectent la santé et la sécurité des travailleurs ». « C’est sûr qu’on est dans un milieu ouvert à l’extérieur où ce sera possible de respecter la distanciation de deux mètres, c’est notre objectif. »

Roxane Larouche croit que le Québec doit repenser à sa façon de récupérer les contenants consignés.

« Partout ailleurs au Canada, il y a des centres de tri qui récupèrent les bouteilles, en Ontario ce sont les [magasins] Beer Store qui ramassent les bouteilles, il n’y a qu’au Québec que la charge revient aux détaillants d’entreposer et manipuler ces contenants. Je pense qu’à plus long terme, il va falloir penser à d’autres façons de gérer la collecte. »

En attendant, Roxane Larouche espère que les détaillants feront la preuve que leur proposition du mois d’avril, « refusée par les brasseurs », est viable. « C’est une belle démonstration, je crois, de ce qu’on est capable de mettre en place une procédure de récupération tout en offrant un milieu de travail sécuritaire pour les travailleurs. »