En ces temps d’isolement, certains cherchent à augmenter leur autonomie alimentaire. Si faire pousser ses propres légumes est relativement simple, même à l’intérieur, qu’en est-il des protéines ? Une piste de solution : les insectes comestibles !

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

« C’est l’avenir ! »

Véronique Bouchard en est archi-convaincue : les insectes s’intégreront de plus en plus dans notre alimentation, affirme-t-elle en faisant déguster une « boule d’énergie » qui en contient au représentant de La Presse.

Dattes, flocons d’avoine, pépites de chocolat, sirop d’érable et… vers de ténébrions meuniers.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Des boules d’énergie composées de dattes, de flocons d’avoine, de pépites de chocolat, de sirop d’érable et de vers de ténébrions meuniers.

« C’est un peu comme du tofu ; ça ne goûte rien, alors tu peux en mettre dans n’importe quoi », illustre la propriétaire d’Élevage Vermeil, une petite entreprise familiale du Centre-du-Québec qui les a intégrés depuis longtemps dans l’alimentation de ses volailles.

Puis, l’engouement croissant pour les insectes a amené Véronique Bouchard à en commencer la commercialisation.

Sachant qu’elle ne fournirait pas à la demande, elle a choisi de vendre des ensembles et des formations permettant à ses clients d’avoir leur propre élevage plutôt que simplement des insectes prêts à consommer.

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Des produits à base de ténébrions destinés à une clientèle toujours croissante pour l’entreprise Élevage Vermeil.

Au moment où les autorités préconisent de limiter les sorties au strict nécessaire, les insectes comestibles peuvent combler une partie des besoins alimentaires, autant pour les humains que pour les animaux, fait valoir Véronique Bouchard.

Quelqu’un qui possède un lézard pourrait facilement être « autosuffisant » avec sa production d’insectes et ne plus avoir à en acheter, illustre-t-elle.

Ce qui est long, c’est démarrer, mais un coup que tu es démarré, c’est exponentiel !

Véronique Bouchard, d’Élevage Vermeil

Les poules en raffolent

Les insectes ont intéressé Véronique Bouchard avant même qu’elle lance son entreprise d’élevage et de reproduction de volailles biologiques.

La pâtissière de formation, qui travaillait dans le domaine agroalimentaire, a commencé par acheter des insectes déshydratés venant de Chine, il y a environ sept ans, pour ses animaux.

« Les poules capotaient », se souvient-elle, si bien qu’elle a alors commencé à se renseigner afin de lancer son propre élevage.

Les insectes boostent le système immunitaire des volailles, explique Mme Bouchard, en plus d’être un excellent apport en protéines.

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Pour obtenir 25 grammes de protéines, il suffit de 50 grammes de ténébrions déshydratés, alors qu’il faudrait 100 grammes de viande.

Pour obtenir 25 grammes de protéines, il suffit de 50 grammes de ténébrions déshydratés, alors qu’il faudrait 100 grammes de viande, indique-t-elle.

Une « protéine complète, comme la viande », précise l’éleveuse.

Mais « beaucoup plus écologique à produire », ajoute-t-elle : pas d’eau, peu d’énergie, pas de transport pour l’abattage.

Les coûts sont cependant très élevés, convient-elle, disant que les vers comptent pour 2 % de l’alimentation de ses volailles.

Tu ne fais pas ça pour économiser sur la moulée !

Véronique Bouchard, d’Élevage Vermeil

C’est toutefois une question de temps avant que les insectes deviennent moins chers que la moulée, quand l’offre se sera développée, prédit-elle.

« Très, très, très facile »

Élever des vers comestibles est à la portée de tous, affirme Véronique Bouchard.

« C’est très, très, très facile », assure-t-elle.

Un bac d’environ 1 pied cube (30 cm3), placé dans un endroit chaud et sans lumière, générera 10 000 ténébrions meuniers dès le premier « cycle », qui prend de 4 à 6 mois.

D’autres insectes ont des cycles plus rapides, comme les grillons, les morios ou même les mouches soldats – ces dernières étant toutefois destinées à l’alimentation animale seulement –, mais Véronique Bouchard recommande les ténébrions, qui « ne volent pas, ne piquent pas, ne font pas de bruit, pas d’odeur ».

Et la longueur du cycle confère des avantages : « Tu as le temps de corriger tes erreurs, de voir venir », explique-t-elle.

Une fois que les vers sont arrivés à maturité, il suffit de les congeler pour provoquer leur mort et de les blanchir pour tuer d’éventuelles bactéries ; on peut ensuite les déshydrater pour les conserver.

Les vers de ténébrions se nourrissent d’un substrat composé essentiellement de résidus de farine ; il faut compter investir 30 $ pour une année complète de substrat par bac.

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Les vers de ténébrions apprécient les épluchures de légumes, qui leur apportent humidité et vitamines.

Ils apprécient aussi en complément les épluchures de légumes, qui leur apportent humidité et vitamines.

« On commence, au Québec, à découvrir tout le potentiel des insectes », affirme Véronique Bouchard.

Ce volet représente aujourd’hui quelque 25 % de son chiffre d’affaires, une proportion qui devrait grimper à 35 ou 40 % dans un an, prévoit-elle.

« Quand les gens vont avoir dépassé le dédain de [manger] un insecte, quand les entrepreneurs vont avoir bâti de plus grosses industries, avec des prix plus abordables, il n’y aura aucune limite. »