(Calgary) L’eau de fonte des glaciers forme ensuite de vastes lacs qui pourraient éventuellement constituer une menace de graves inondations soudaines, selon une recherche récemment publiée.

La Presse canadienne

On sait déjà que les glaciers du monde entier rétrécissent en raison du changement climatique. On sait moins, par contre, où s’en va toute cette eau de fonte.

Dans un article publié lundi dans la revue Nature Climate Change, le professeur Dan Shugar, géographe à l’Université de Calgary, et ses collègues fournissent la première évaluation de la quantité d’eau contenue dans ces lacs dits « proglaciaires » — et de la vitesse à laquelle augmentent ces volumes d’eau. Cette évaluation n’a été possible qu’il y a quelques années, lorsque les ordinateurs sont finalement devenus assez puissants pour gérer une gigantesque somme de données et 250 000 images satellites.

Les lacs proglaciaires se forment lorsque l’eau de fonte des glaciers ne peut s’écouler par la glace elle-même. Ils se forment sur le glacier, devant lui, à côté ou même en dessous. Ces lacs se développent à un rythme rapide partout où se trouvent des glaciers.

Le professeur Shugar et son équipe estiment que la quantité d’eau contenue dans ces lacs a augmenté de près de 50 % depuis 1990. Le volume total sur la planète atteindrait 158 kilomètres cubes d’eau — comme un immense cube de glace de 5,5 km de côtés. De nombreux lacs proglaciaires sont situés dans des régions peu peuplées comme le Groenland, mais d’autres se trouvent dans des endroits comme l’Himalaya, où ils côtoient des villages et des communautés.

Et ces lacs proglaciaires gonflent aussi au Canada. Leur volume, y compris ceux de l’Extrême-Arctique, a augmenté d’environ 20 % et ils contiennent environ 37 km3 d’eau, estime le professeur Shugar. Les lacs de la Colombie-Britannique et du Yukon ont augmenté encore plus rapidement, doublant presque de volume au cours des 30 dernières années, pour atteindre 21 km3.

Ces lacs proglaciaires peuvent présenter un risque : comme l’eau n’est retenue que par de la glace, ces lacs sont sujets à des inondations soudaines. « Dans l’ouest de l’Amérique du Nord, les risques ne sont pas aussi élevés [que dans l’Himalaya], mais ils ne sont certainement pas inexistants », a soutenu M. Shugar. Et quand ces évènements se déclenchent, ils deviennent « absolument gigantesques ».

En 1996, une immense crue soudaine en Islande a créé ce qui est devenu pendant quelques jours le deuxième plus grand fleuve du monde. Dans les années 1930, une telle « inondation éruptive » du glacier Chong Khumdan, dans la chaîne du Karakoram, a déversé soudainement un mur d’eau, de boue et de débris de près de 26 mètres de hauteur dans le fleuve Indus, sur environ 1500 km.

Le professeur Shugar n’est pas encore capable de dire si ces « inondations éruptives » sont de plus en plus fréquentes. Mais il prévient que les gestionnaires de l’eau devront les surveiller de près car le changement climatique continue de faire fondre les glaciers et de remplir ces lacs. « Même ici, dans les Rocheuses, nous pouvons constater un développement accru de ces lacs. C’est un paysage dangereux en évolution. »