Les incendies de forêt en Amazonie contribuent à la fonte des glaciers des Andes, selon des climatologues brésiliens. Sources d’hydroélectricité et d’eau potable, ces glaciers ont perdu la moitié de leur masse depuis 40 ans.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Comme en Arctique

Depuis quelques années, plusieurs études ont quantifié l’impact de la pollution atmosphérique sur la banquise et les glaciers de l’Arctique. « La suie de la pollution, le noir de carbone, accélère la fonte des glaces en Arctique », explique Newton de Magalhaes Neto, climatologue à l’Université d’État de Rio de Janeiro, qui est l’auteur principal de l’étude publiée à la fin de novembre dans la revue Scientific Reports. « Nous avons voulu voir si le même effet à longue distance survient pour les glaciers des Andes, qui sont situés à 2000 km des incendies de forêt de l’Amazonie, au Brésil. En 2007 et en 2010, deux années où il y a eu plus d’incendies à cause d’El Niño, l’augmentation de la fonte des glaciers des Andes était 5 % plus élevée que la normale. »

PHOTO UESLEI MARCELINO, ARCHIVES REUTERS

Vue aérienne d’un incendie de forêt à Porto Velho, en Amazonie

Les incendies en Amazonie cette année ont été les plus importants depuis 2010, une augmentation que maints observateurs attribuent à la politique favorable aux éleveurs et aux agriculteurs du président Jair Bolsonaro.

Les glaciers des Andes

Les Andes forment la chaîne de montagnes la plus longue au monde, s’étendant sur 7000 km du Venezuela à l’Argentine. La plupart des glaciers andins sont situés au sud du Pérou. Même si les Andes n’abritent que 19 000 des 215 000 glaciers de la planète (en excluant les glaciers géants du Groenland et de l’Antarctique), ils fondent à un rythme deux fois plus rapide, selon une étude publiée en 2019 dans la revue Nature par le Service de surveillance des glaciers mondiaux (WGMS).

Hydroélectricité et eau potable

Plus de 60 % de l’eau potable de La Paz, en Bolivie, provient de la fonte des glaciers durant l’été, selon une étude de l’UNESCO publiée en 2018. Entre la moitié et les trois quarts de l’énergie des pays des Andes est hydroélectrique. La plupart des barrages ne produiront plus d’électricité d’ici la fin du siècle, quand la moitié des 19 000 glaciers des Andes auront disparu, selon une étude publiée en 2015 par le WGMS. En 2009, la station de ski la plus haute du monde, située à 5350 mètres d’altitude sur le glacier de Chacaltaya, en Bolivie, a dû fermer ses portes après la disparition finale du glacier l’été précédent.

Pluie et vents chauds

La prochaine étape est de mieux comprendre l’impact de la déforestation sur l’humidité de l’Amazonie, qui est la source de la neige qui augmente la masse des glaciers des Andes l’hiver. « La déforestation pourrait avoir un impact sur le cycle hydrologique et le transport de chaleur dans la région », dit M. Magalhaes Neto. En 2016, une étude américaine publiée dans les Remote Sensing Letters a observé que les glaciers de l’est des Andes perdaient de la masse plus rapidement que ceux de l’ouest, ce qui pourrait être lié à la déforestation en Amazonie.

23 gigatonnes : pertes annuelles des glaciers des Andes

230 gigatonnes : pertes annuelles des glaciers du monde (hors Groenland et Antarctique)

27 mm : hausse du niveau de la mer liée à la fonte des glaciers du monde (hors Groenland et Antarctique) entre 1961 et 2016

Sources : Nature et UNESCO