(Montréal) À l’issue des négociations prolongées de la COP25 à Madrid, des militants écologistes dénoncent un échec d’autant plus retentissant après une année de mobilisation sans précédent pour le climat.

Roxanne Ocampo
La Presse canadienne

Chargés de négocier la mise en œuvre de l’accord de Paris, les représentants des pays signataires ont pelleté par en avant des points litigieux comme les règles d’un marché international du carbone et le soutien financier des pays déjà vulnérables aux dérèglements climatiques.

L’experte en choix collectifs en matière de changements climatiques d’Équiterre, Caroline Brouillette, relève un « énorme gouffre » entre ce qui a été discuté et ce qui était réclamé dans les rues partout à travers le monde.

Jointe à son retour au pays, la chercheuse a dit avoir constaté un second clivage, à même les tables de négociation cette fois, entre les pays qui négocient de bonne foi et les grands émetteurs de gaz à effet de serre qui se livrent à de l’obstruction, comme les États-Unis, le Brésil et l’Australie.

« Plus la mobilisation climatique gagne du terrain, plus ceux et celles qui bénéficient du système actuel d’exploitation des énergies fossiles résistent », analyse-t-elle.

Pour Léa Ilardo, co-porte-parole du collectif étudiant La planète s’invite à l’Université, ce sommet des Nations unies laisse un goût particulièrement amer.

« C’est très difficile à accepter. Ça fait un an de mobilisation pour ma part, mais des années et des années pour beaucoup d’autres personnes, notamment les peuples autochtones qui sont au premier rang de cette lutte. Mais finalement, il n’y a aucune ambition au niveau politique et encore du temps de perdu. Ça s’est terminé avec des textes finaux qui sont très faibles, quasiment vides », se désole-t-elle.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Membres du collectif étudiant La planète s’invite à l’Université, dont Léa Ilardo, co-porte-parole (à droite).

La jeune militante s’était elle aussi rendue à Madrid pour l’occasion, en tant que membre des délégations d’ENvironnement JEUnesse et de l’Université de Sherbrooke, où elle étudie à la maîtrise en politiques appliquées.

Si le discours de la militante suédoise Greta Thunberg à la COP24, l’an dernier, avait galvanisé le mouvement citoyen, cette COP25 devrait elle aussi inciter à miser sur « le pouvoir de la rue », estime Léa Ilardo.

« Pour moi, c’est vraiment la preuve qu’on n’obtiendra rien qui soit à la hauteur de la crise climatique de la part des gouvernements parce qu’ils réfléchissent à court terme et ne pensent qu’à se faire réélire aux prochaines réélections », avance-t-elle.

Caroline Brouillette souligne pour sa part que, malgré son rôle « relativement collaboratif » sur la scène internationale, le gouvernement canadien doit maintenant faire ses devoirs à la maison : « On ne peut se targuer d’être un leader climatique et continuer à favoriser, via la subvention des énergies fossiles, entre autres, ce secteur-là ».

L’accord de Paris a établi comme objectif de limiter le réchauffement planétaire à 2 degrés Celsius – ou 1,5 degré, idéalement – d’ici la fin du siècle, mais le mercure est présentement en voie de bondir de 3 à 4 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels.

La prochaine Conférence des parties des Nations unies sur les changements climatiques aura lieu à Glasgow, en Écosse, à l’automne prochain.

— Avec des informations de l’Associated Press