(Québec) Québec ne veut pas sauver le caribou forestier à des coûts prohibitifs.

Caroline Plante
La Presse canadienne

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a avoué mercredi son impuissance relativement à la sauvegarde des petits cheptels de moins de 50 bêtes.

« Oui, il y a une question pécuniaire, a-t-il lancé en mêlée de presse à l’Assemblée nationale. Un moment donné, on met (combien) d’argent ? »

« On a aussi tout l’aspect industriel qui nous dit : “Bien là, M. Dufour, si vous faites quelque chose pour le caribou, on va perdre des emplois” », a poursuivi le ministre.

Le caribou forestier est menacé sur des territoires convoités par l’industrie forestière.

Le gouvernement Legault a récemment aboli des mesures de protection du caribou forestier sur trois territoires au Saguenay-Lac-Saint-Jean afin de les offrir à l’industrie.

Québec dit s’appuyer sur des données datant de 2012 pour conclure à l’absence du caribou dans cette région.

Le biologiste Martin-Hugues St-Laurent, de l’Université du Québec à Rimouski, a promptement accusé le gouvernement dans une entrevue au « Devoir » de prendre une décision « prématurée ».

Il a recommandé de ne pas couper les vieilles forêts pour assurer la survie du caribou forestier.

Mercredi, Pierre Dufour a dénigré M. St-Laurent. « C’est facile d’être assis dans sa tour d’ivoire à l’Université de Rimouski et de dire : “Voici comment ça fonctionne” », a-t-il raillé.

« Si M. St-Laurent est capable de faire repousser une forêt mature comme il dit toujours, “ça prend une forêt mature”, s’il est capable de me repousser une forêt en l’espace d’un an, bien qu’il me la dise la solution, parce que je ne l’ai pas la solution », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le ministre, qui est à la fois responsable des Forêts et de la Faune, ne croit pas ainsi poursuivre des missions contradictoires.

Il est normal, selon lui, de travailler à favoriser l’industrie forestière tout en tentant de préserver la biodiversité.

« On est capable d’avoir un côté la foresterie et de l’autre côté, la faune, et les deux gravitent dans le même territoire. Au moins, on a les oreilles et les babines qui sont dans le même terrain de jeu », a-t-il affirmé.

« La forêt, c’est une manière d’exploiter économiquement quelque chose qui repousse. Mais c’est sûr que ça peut avoir un effet sur le caribou, on ne se le cachera pas. »

M. Dufour doit déposer une politique faunique en 2020. Il a choisi de reporter à 2022-2023 la mise en œuvre d’une stratégie de protection du caribou forestier.

En fin de journée mercredi, le groupe environnemental L’Action boréale (AB) a confirmé avoir reçu une mise en demeure du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Le groupe a accepté de retirer de sa page Facebook un communiqué publié la veille pour dénoncer les actions du fonctionnaire Francis Forcier, qu’il trouve « pro-industrie ».

« Le MFFP considère que cette attaque personnelle envers un membre de l’administration gouvernementale constitue pratiquement une tentative d’intimidation », a réagi le ministère sur sa page web.

« Le MFFP n’entend pas poursuivre ce partenariat, ce qui se traduira par la fin de la participation de l’AB aux groupes opérationnels régionaux mis en place dans le cadre de l’élaboration de la stratégie pour les caribous forestiers et montagnards. »