Les suivis demandés par la Ville de Montréal sur la qualité de l’air dans l’est de l’île pourraient coûter 350 000 $ et s’étaler au-delà de 2022, estime la santé publique.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

La Ville de Montréal a demandé ces suivis en réponse à la vive controverse suscitée par les émissions d’arsenic de l’entreprise CCR, qui avaient fait l’objet d’un avis de santé publique à l’été 2018. Les émissions de cette affinerie de cuivre située à Montréal-Est dépassaient les normes du ministère québécois de l’Environnement depuis plusieurs années, soulignait l’avis.

« Vous êtes certainement à même de constater qu’un soutien financier de la part de la Ville de Montréal serait donc essentiel à la réalisation de l’ensemble de ces projets », écrit la directrice régionale de santé publique, Mylène Drouin, dans une lettre consultée par La Presse.

La Ville a demandé un suivi en trois volets, à commencer par un nouvel avis sur les émissions de CCR. La direction régionale de santé publique (DRSP), qui a besoin d’une année complète de données après la mise en fonction du nouveau dépoussiéreur de CCR, en décembre 2018, prévoit livrer cet avis au printemps prochain.

Pour le deuxième volet, concernant la pertinence d’augmenter le nombre de bornes de mesure de la qualité de l’air sur l’ensemble du territoire montréalais, la réponse ira plutôt à la fin de 2020.

Le réseau actuel répond aux critères fédéraux et provinciaux, mais on peut se poser des questions du point de vue de la santé, explique David Kaiser, responsable médical, environnement urbain et saines habitudes de vie, à la DRSP. 

Est-ce suffisant ? Est-ce qu’on mesure tous les contaminants qui pourraient être d’intérêt, et au bon endroit ?

Le Dr David Kaiser

Cette demande de la Ville fait écho aux préoccupations exprimées par des groupes de citoyens, inquiets que certains problèmes passent sous le radar des stations d’échantillonnage existantes.

Le Collectif en environnement Mercier-Est, par exemple, demande une station à l’intersection de la rue Notre-Dame et de l’autoroute 25, pour avoir une mesure des particules émises par la circulation lourde. « C’est un incontournable. S’ils ne le font pas, la véracité des données qu’ils vont aller chercher pour ce type de polluant sera de beaucoup diminuée », fait valoir le président du collectif, Raymond Moquin. Une telle station devrait être installée avant le début des travaux au pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, annoncé pour l’an prochain, afin d’avoir une mesure de comparaison, dit-il. Le collectif, qui s’inquiète de l’augmentation de l’activité au port de Montréal, réclame aussi un comptage des camions qui circulent rue Notre-Dame.

Les deux premiers volets (CCR et stations d’échantillonnage) se feront dans le cadre des activités courantes. Mais le troisième volet, soit la mise à jour des études sur la qualité de l’air dans l’Est, exige des ressources supplémentaires, prévient la DRSP.

Financement incertain

La santé publique propose une réponse en deux phases. D’abord, un feuillet grand public recensant et vulgarisant les plus récentes études sur la qualité de l’air à Montréal. Ensuite, « un projet de recherche sur le fardeau de la maladie en lien avec la qualité de l’air sur le territoire de l’île de Montréal » avec des bases de données portant « sur des cohortes d’adultes et d’enfants ».

La production, l’impression et la distribution du feuillet, qui requiert notamment l’embauche d’un employé durant six mois, coûteront 50 000 $, a fait savoir la Dre Drouin.

Au bureau de la mairesse, Valérie Plante, on se montre confiant d’obtenir cette somme. « Nous sommes en discussion avec Québec. Ce serait étonnant que nous n’arrivions pas à dégager collectivement 50 000 $ pour la première phase », dit la porte-parole Geneviève Jutras.

Les quelque 300 000 $ requis par le projet de recherche sont plus incertains. « C’est une estimation très sommaire, qui pourrait varier à la baisse ou la hausse », commente Mme Jutras.

Ce budget « d’environ 300 000 $ » servirait à la rémunération d’un chercheur postdoctoral et à l’achat de bases de données, a fait savoir la Dre Drouin. Mais les sources de financement restent à déterminer.

« Une contribution des intervenants publics concernés sera requise une fois rendu à cette étape », indique la porte-parole de la mairesse, sans préciser quels ministères seront sollicités, ni si la Ville est prête à assumer une partie de la facture.

Le projet de recherche sera précisé après la production du feuillet, prévu pour le printemps 2021. Les résultats de cette étude, qui prendrait « potentiellement 36 mois », seraient donc livrés bien après 2022.

Une quarantaine d’infractions

Montréal a remis 38 avis d’infraction à la qualité de l’air dans l’Est cette année, montrent les données obtenues du Service de l’environnement pour la période du 1er janvier au 14 novembre.

Il ne s’agit cependant pas de constats d’infraction, souligne la Ville. « La remise d’un avis constitue la première étape avant d’entamer une poursuite judiciaire si les correctifs demandés n’ont pas été apportés dans les délais stipulés », explique le porte-parole Gonzalo Nunez.

Le processus peut s’étirer. Les trois jugements rendus l’an dernier à propos de la qualité de l’air dans la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) portaient sur des infractions datant de 2014. Ces trois condamnations totalisant 105 000 $ visaient toutes la société Sanimax, qui les a contestées.

— Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse