(Lévis) Le siège social de Desjardins à Lévis est entouré d’immenses stationnements. Certains des quelque 7000 employés habitent en Beauce ou dans les confins de la région de Chaudière-Appalaches, et l’auto est pour eux une nécessité.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Si t’arrives à 9 h 30 le matin, tu peux être stationné à 10 minutes de marche facile de l’édifice principal », dit Alexandre Thibault, un employé.

Lui n’a pas ce problème : il peut se garer dans les meilleures places, celles que Desjardins réserve aux covoitureurs.

Le Mouvement Desjardins a mis en place dans les dernières années une panoplie de mesures pour favoriser la mobilité alternative. L’employeur rembourse par exemple 20 % du coût des titres de transports en commun, a aménagé des douches pour les cyclistes et les coureurs…

Desjardins a aussi beaucoup misé sur le covoiturage, une idée qui n’est pas nouvelle au Canada, mais qui peine à s’installer. Le concept du covoiturage est simple : plusieurs automobilistes se coordonnent pour partager une voiture et réduisent au passage leurs dépenses et la congestion.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Desjardins offre des horaires flexibles, des stationnements réservés et un site internet qui permet aux équipes de se former, en partenariat avec covoiturage.ca.

Pourtant, les statistiques les plus récentes montrent que l’« auto solo » continue de gagner du terrain. La dernière enquête origine-destination pour la région de Québec note que le nombre de véhicules augmente plus rapidement que la population, et que le nombre de personnes qui se rendent au travail dans le siège passager a baissé entre 2001 et 2017.

Mais l’expérience de Desjardins montre qu’avec quelques mesures assez simples, le covoiturage peut fonctionner.

« Desjardins a la volonté de ne plus construire de nouveaux stationnements, explique Pauline D’Amboise, vice-présidente, Gouvernance et Développement durable, chez Desjardins. Ça fait partie d’une stratégie plus globale dans la lutte contre les changements climatiques. Mais ça relève aussi de notre volonté de limiter les coûts pour nos membres, parce que ça coûte de l’argent d’aménager et d’entretenir de nouveaux stationnements. »

Pour ne plus construire de stationnements, il faut arrêter d’ajouter des voitures. C’est simple. Mais convaincre des gens de laisser la leur à la maison est plus compliqué qu’il n’y paraît.

L’argument de la flexibilité

Selon un récent sondage réalisé par plusieurs organismes – dont Polytechnique Montréal, Équiterre et la Fondation David Suzuki –, la principale raison évoquée par les répondants pour ne pas covoiturer est le manque de flexibilité.

Que faire en cas d’urgence ? Que faire si mon enfant est malade à la garderie et que, subito presto, je dois le récupérer ? Pour remédier à ça, Desjardins, comme d’autres employeurs au Québec, garantit au covoitureur de pouvoir rentrer chez lui en cas d’urgence. L’entreprise va payer le taxi.

L’employeur offre aussi des horaires flexibles, des stationnements réservés et un site internet qui permet aux équipes de se former, en partenariat avec covoiturage.ca.

« Le site de covoiturage nous a permis de nous connaître. On ne se connaissait pas, on habite dans trois secteurs différents », explique une autre employée, Marie-Josée Montminy. Elle habite à Cap-Saint-Ignace, à 70 km des bureaux lévisiens de Desjardins.

Elle, Alexandre Thibault, de L’Islet, et Daniel Bernier, de Saint-Jean-Port-Joli, voyagent ensemble matin et soir. Pourquoi font-ils du covoiturage ? Les trois citent une question d’argent.

« On prend notre auto 7 fois pendant le mois au lieu de 20 fois », résume Mme Montminy.

« Avant, je voyageais seul et ça me coûtait 80 ou 85 $ par semaine, dit Daniel Bernier. Maintenant, ça doit être en bas de 50 $. Juste pour l’essence, sans même compter la dépréciation de la voiture. »

Desjardins explique que le succès du covoiturage se constate surtout à Lévis. Ici, il y a 300 équipes et plus de 600 covoitureurs.

À Montréal, où les transports en commun sont beaucoup plus développés, les employés les utilisent davantage. Les Montréalais ont aussi beaucoup plus recours aux transports actifs, probablement parce qu’ils parcourent de moins longues distances.

Mais la mise en place du covoiturage à Lévis était devenue une nécessité. « À la cité de Lévis, il y a une croissance importante des activités et maintenant, il y a un bouchon pour entrer », explique Pauline D’Amboise.

Ces mesures pour le covoiturage n’ont pas coûté très cher à l’employeur. Mme D’Amboise explique par exemple que la mesure qui garantit le remboursement d’un taxi en cas d’urgence a été très peu employée.

« Depuis 2011, c’est moins de 100 $ de retour par taxi qu’on a payé. C’est là pour les gens. Mais le système fonctionne très bien parce que ç’a été très peu utilisé. »

Comme quoi même s’il stagne depuis des années au pays, le covoiturage peut fonctionner dans certaines circonstances, quand une organisation y croit suffisamment pour donner des avantages aux covoitureurs.

Proportion de covoitureurs dans les villes canadiennes

Halifax : 15,6 %

Gatineau : 15,1 %

Winnipeg : 14,8 %

Toronto : 11,6 %

Calgary : 11,4 %

Vancouver : 11,2 %

Edmonton : 11,2 %

Québec : 10,6 %

Montréal : 8,6 %

Source : Statistique Canada, recensement de 2016