La protection d’une grande tortue d’eau douce sud-américaine a fait des pas de géant depuis dix ans, selon une nouvelle étude publiée mardi dans la revue Oryx – The International Journal of Conservation. Les chercheurs d’une vingtaine d’universités et ONG américains et européens calculent que les 85 projets de protection recensés ont permis de sauver 147 000 tortues reproductrices.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« La participation des communautés locales qui exploitent la tortue charapa est essentielle à sa protection », a déclaré par voie de communiqué German Forero, l’auteur principal de l’étude, qui est directeur scientifique en Colombie pour le groupe américain Wildlife Conservation Society (WCS). « Ils vivent aux côtés des tortues et veulent contrôler ou prévenir la commercialisation de leurs œufs et de leur viande pour assurer qu’ils pourront utiliser à long terme cette source traditionnelle de nourriture, essentielle à leur culture. »

La recension découle d’une rencontre sur la charapa (Podocnemis expansa) tenue en 2014 à Balbina, en Amazonie brésilienne. Les programmes ont été conçus pour la zone principale d’habitation de la charapa, les bassins de l’Amazone et de l’Orinoco, qui couvrent le Brésil, le Venezuela, la Colombie, la Bolivie, le Pérou et l’Équateur. La tortue charapa peut mesurer jusqu’à un mètre de long et peser 90 kg.

La charapa est non seulement importante comme source de nourriture pour les autochtones de la région, mais elle a aussi une importance symbolique dans les rituels et comme totem. Son importance est également écologique : ses pérégrinations la font transporter des graines des fruits qu’elle mange le long des cours d’eau et elle est chassée par de nombreux animaux, dont les alligators, des oiseaux et les jaguars. Au début du XXe siècle, près d’un million de tortues charapas faisaient leurs nids sur les plages des rivières et des fleuves de la région, un nombre qui s’est réduit comme peau de chagrin depuis.

Les programmes visent souvent à rémunérer les populations autochtones pour qu’ils protègent les nids au lieu de vendre les œufs à des trafiquants qui les écoulent ensuite à des animaleries, la charapa étant un animal domestique prisé. Au Brésil, la viande de charapa est même davantage consommée que la viande d’oiseaux sauvages visés par la chasse sportive, selon l’étude.