(QUÉBEC) Une poignée d’agronomes a signé, l’an dernier, la moitié des ordonnances d’atrazine, pesticide considéré comme étant le « plus à risque » par Québec. Le ministère provincial de l’Environnement a lancé ce signal d’alerte, mardi soir, lors de sa présentation devant la commission parlementaire sur l’impact des pesticides sur la santé publique et l’environnement.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

« Ce constat est d’autant plus préoccupant que l’Ordre des agronomes nous mentionne qu’il s’agit d’agronomes principalement employés par des fabricants ou des distributeurs de pesticides », a souligné le sous-ministre Marc Croteau lors de son allocution devant les députés.

Il y a 3000 agronomes au Québec. Seulement 127 ont prescrit de l’atrazine à des producteurs agricoles l’an dernier et, de ce nombre, 15 ont délivré la moitié des 1500 ordonnances nécessaires pour acheter ce produit.

En mars 2018, Québec a resserré le Code de gestion des pesticides afin de mieux encadrer l’épandage de cinq pesticides considérés comme à plus haut risque. Désormais, avant de pouvoir avoir recours à l’atrazine, au chlorpyrifos et à trois types de néonicotinoïdes, les agriculteurs doivent obtenir une « ordonnance » de la part d’un agronome qui justifie leur nécessité.

L’entrée en vigueur de cette nouvelle exigence a permis de faire fondre d’environ 40 % les ventes d’atrazine au Québec.

En 2017, environ 138 000 kg d’atrazine (ingrédient actif) ont été vendus, contre environ 77 000 kg en 2018.

Un comité mis en place par l’Ordre des agronomes et le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques s’est toutefois rendu compte qu’un cercle restreint prescrivait l’atrazine de manière disproportionnée. Une vérification a donc été récemment entreprise par l’Ordre des agronomes pour vérifier la qualité des actes de ces 15 agronomes, a souligné M. Croteau.

Ces chiffres dévoilés en commission parlementaire reflètent les doléances du lanceur d’alerte Louis Robert, qui a récemment échoué à se faire élire à la tête de l’Ordre des agronomes. Ce dernier avait fait campagne sur le thème du conflit d’intérêts, estimant que les agronomes qui vendent des pesticides ne devraient pas être les mêmes qui autorisent les agriculteurs à en faire l’usage. Il a perdu par 15 votes.

Le Québec, leader dans le bio

La première séance publique de la commission parlementaire sur les pesticides s’est ouverte hier avec le témoignage de deux représentants de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada, qui emploie 300 scientifiques.

Le chef de l’homologation, Peter Brander, et le directeur de la gestion de la réévaluation, Frédéric Bissonnette, ont décortiqué le processus d’autorisation des pesticides au Canada. Chaque année, l’ARLA reçoit environ neuf demandes pour autoriser l’usage d’une nouvelle molécule au pays. Ce processus de révision des données soumises par l’industrie prend en moyenne 26 mois. La production de ces données scientifiques coûterait en moyenne 200 millions aux entreprises qui posent une candidature.

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a clôturé les présentations. Une délégation de 15 fonctionnaires, menée par le sous-ministre Marc Dion, est venue présenter différents projets que le MAPAQ subventionne comme solutions de remplacement aux pesticides. Le Ministère a d’ailleurs souligné que le Québec est le leader canadien en matière d’agriculture biologique. Entre 2 et 4 % de la superficie totale des cultures au Québec est consacrée à ce type d’agriculture qui n’a pas recours aux pesticides. De 2014 à 2018, le nombre d’entreprises agricoles certifiées biologiques a doublé. On en comptait près de 2000 l’an dernier.