Les enfants qui suivent des cours sur les changements climatiques et en parlent ensuite à leurs parents influencent ces derniers, selon une nouvelle étude américaine. Ces conclusions font écho aux grèves climatiques lancées par la jeune Suédoise Greta Thunberg, qui ont rassemblé plusieurs centaines d’écoliers à Montréal ce printemps.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Famille et idéologie

« Les parents climatosceptiques sont plus susceptibles de tenir compte des arguments de leurs enfants parce qu’ils ne les voient pas comme des adversaires idéologiques », explique Danielle Lawson, candidate au doctorat à l’Université d’État de la Caroline du Nord, qui est l’auteure principale de l’étude publiée à la mi-mai dans la revue Nature Climate Change. « Nous avons eu l’idée de ce projet, qui jumelle les cours de sciences sur le climat à des projets concrets comme la protection des nids de tortue et à des discussions entre les enfants et les parents, après avoir vu l’impact de cours similaires sur d’autres sujets, comme le recyclage ou l’orientation sexuelle. Les enfants sont très bons pour faire évoluer les mentalités de leurs parents, les amener à réévaluer leurs préjugés. »

Filles et garçons

L’étude mesurait l’intérêt des enfants et des parents envers les changements climatiques, et le désir de changer ses habitudes pour s’y adapter et diminuer ses émissions de gaz à effet de serre, sur une échelle de 16 points. En moyenne, le cours et les discussions avec leurs parents ont fait augmenter l’intérêt des parents pour ce dossier de 3,9 points. « L’augmentation de l’intérêt était particulièrement importante chez les parents plus conservateurs, et aussi chez ceux qui avaient des filles plutôt que des garçons, dit Mme Lawson. Le résultat avec les filles nous a surpris. Il se peut que ce soit parce que les filles de cet âge, 10-12 ans, ont plus de capacités de communication que les garçons. Ou alors, que les parents de filles ont moins tendance à aborder des sujets scientifiques avec elles, selon le stéréotype que la science intéresse plus les garçons. »

Évitement climatique

Cette étude permet-elle de prédire l’impact du mouvement de grèves climatiques d’élèves et d’étudiants lancé par la Suédoise Greta Thunberg, qui exige des changements radicaux au mode de vie moderne et qui, encore hier, manifestait aux côtés de jeunes dans les rues de Stockholm ?

PHOTO JONATHAN NACKSTRAND, AGENCE FRANCE-PRESSE

La jeune militante Greta Thunberg a manifesté hier à Stockholm, en Suède.

Certains observateurs trouvent le discours de la militante trop pessimiste. « Je pense que tant qu’on propose une solution, toute discussion est positive, dit Mme Lawson. Greta Thunberg n’embellit certainement pas la situation, mais elle nous dit qu’avec des efforts sans précédent, on peut faire face au risque d’une crise climatique incontrôlable qui, pour elle, est très probable. » 

Affirmer que la seule solution est un changement sans précédent dans nos habitudes n’équivaut-il pas à dire qu’il n’y a pas de solution ? Mme Lawson a sur ce point dirigé La Presse vers l’inventeur du concept d’« évitement climatique », Mick Smyer, de l’Université Bucknell en Pennsylvanie. « L’évitement climatique est la paralysie qui frappe certaines personnes à qui on dit que les changements climatiques seront catastrophiques et qu’on ne peut rien faire, dit M. Smyer. J’en ai eu l’idée après avoir travaillé sur une paralysie similaire chez des personnes âgées face au vieillissement et à la maladie. Pour moi, l’important est de démontrer qu’on peut faire quelque chose, même si c’est un petit pas. Nous proposons par exemple 30 gestes possibles pour faire face aux changements climatiques, qui vont d’installer des panneaux solaires sur sa maison ou prendre des douches moins longues à ne plus prendre l’avion. Chacun doit contribuer selon ce qui est possible. » 

Les changements draconiens exigés par Mme Thunberg pourraient-ils générer de l’évitement climatique ? « Je ne crois pas, parce qu’elle prend bien soin de dire que nous sommes tous responsables de ce qui se passe », dit M. Smyer.