Réduire les limites de vitesse pendant les épisodes de smog ? C'est ce que demandent certaines villes en France pour contenir les émissions de particules fines. L'initiative serait-elle valable au Québec ?

JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE LA PRESSE

Mardi 26 février, journée de smog en région parisienne. À la radio du matin, des avertissements et, surtout, cette consigne : on demande aujourd'hui aux automobilistes de réduire leur vitesse de 20 km/h sur des axes habituellement limités à 90, 110 ou 130 km/h.

Combien d'entre eux vont observer la consigne ? Difficile à dire. Mais cette mesure n'est pas en vigueur seulement à Paris. Ce jour-là, on l'a également implantée à Lille - à titre « expérimental » - ainsi que dans la région lyonnaise.

En France, le seuil « d'information » pour les particules fines a été fixé à 50 microgrammes par mètre cube (µg/m3). C'est le premier niveau à partir duquel les personnes sensibles peuvent ressentir de la gêne respiratoire. Or, pendant trois jours consécutifs, au début de février, ce niveau est monté au-delà de 70 µg/m3, un pic de pollution particulièrement intense qui s'approchait dangereusement du seuil « d'alerte » de 80 µg/m3.

Réduire la limite de vitesse ne suffit pas à régler pas le problème. Mais ça aide à le contenir.

Il faut savoir que les émissions de particules fines et d'oxyde d'azote (NOX) sont pour beaucoup liées à la combustion incomplète du carburant par le moteur, ce qui arrive particulièrement aux arrêts et aux accélérations dans de courts laps de temps. Un phénomène qui s'estompe forcément lorsque la limite de vitesse est réduite - moins de freinages, moins d'émissions polluantes.

La majorité des études suggèrent en effet que sur les voies rapides, une baisse de 10 km/h de la vitesse maximale permettrait de diminuer jusqu'à 20 % ces émissions polluantes. C'est une amélioration notable de la qualité de l'air, même si d'autres facteurs - liés à l'état même de la voiture - entrent aussi en ligne de compte.

« Quand on roule moins vite, les moteurs sont un peu moins sollicités. Leur consommation est plus stable », résume Patrick Garnoussi, prévisionniste à Airparif, association chargée de veiller à la qualité de l'air parisien. La baisse de la vitesse des véhicules engendre des déplacements plus lents, mais plus fluides, et peut également « inciter les gens à prendre les transports en commun », dit M. Garnoussi.

Et au Québec ?

Peut-on imaginer qu'une telle mesure soit appliquée au Québec ? Pierre-Olivier Roy en doute.

« C'est sûr que réduire les émissions polluantes est un bienfait pour tous. On devrait tout faire en notre pouvoir pour tenter de limiter les émissions. Et des mesures comme celle-là peuvent aider en ce sens », explique cet associé de recherche au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) de Polytechnique Montréal.

Le hic, selon lui, c'est que le problème est un peu moins criant au Québec que dans l'Hexagone. Et que, du coup, le gouvernement sera toujours moins pressé d'agir.

« Considérant le relativement peu d'épisodes de smog que nous avons au Québec, c'est plus difficile de convaincre le gouvernement d'adopter des mesures draconiennes comme celles implantées en France, où les pics de pollution sont beaucoup plus récurrents. Parce qu'en général, le gouvernement agit quand il y a un problème récurrent qui cause de graves problèmes de santé sur des populations.

« Tant qu'il n'y a pas d'urgence, c'est difficile de faire passer un truc comme ça. »

Pour le moment, croit l'expert, les meilleurs moyens qu'on a trouvés au Québec pour contenir les pics de pollution ne sont pas de limiter la vitesse des véhicules, mais plutôt de promouvoir l'utilisation des transports en commun et d'utiliser des véhicules électriques qui ne font pas de combustion et n'engendrent pas tous ces problèmes.

« Ce serait des éléments qui pourraient être mis de l'avant par le gouvernement pour s'attaquer au problème relativement léger que nous avons de smog au Québec », souligne Pierre-Olivier Roy. Il reconnaît que certaines mesures incitatives ont été mises en place par le gouvernement pour favoriser l'achat de véhicules électriques (aide à l'achat, voies réservées).

Pour l'instant, toutefois, le parc automobile vert est encore très limité chez nous. « On demeure excessivement loin d'avoir quelque chose qui est vraiment massif comme pourcentage... »

D'autres mesures

Notons que parmi d'autres mesures adoptées en France en temps de smog, on a interdit à certains véhicules plus polluants (dont les voitures immatriculées avant 2005) de prendre la route pendant les pics de pollution. Et demandé aux camions d'emprunter des axes de contournement.

Des contrôles routiers ont par ailleurs été mis en place pour s'assurer que ces consignes sont respectées. La mairie de Paris a aussi rendu gratuits le stationnement résidentiel et les transports en commun.

La préfecture de police a annoncé, dans un communiqué, que sur les 22 000 véhicules contrôlés pour faire respecter cette obligation, plus de 6000 avaient reçu des amendes s'élevant à 68 euros (environ 100 $CAN).