Après les scandales de déversements illégaux de sols contaminés, des entreprises se tournent vers les nouvelles technologies afin de mieux contrôler la matière excavée sur leurs chantiers. Sur le site du projet Royalmount, à l’angle des autoroutes 15 et 40, une application mobile permet de suivre par GPS chaque camion de terre. Une première pour un projet 100 % privé.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Dans une grande salle vitrée, au 8e étage d’un immeuble de bureaux qui borde le boulevard Décarie, une équipe de gestionnaires du promoteur immobilier Carbonleo fixe un écran géant. Une carte routière du secteur apparaît, sur laquelle on peut voir de petites silhouettes de camions faire la navette entre le chantier qui s’active, juste en bas, et le centre de traitement de sols contaminés, à 10 km de là vers l’est.

« C’est hyper contrôlé », souligne Jean-Luc Dion, vice-président, construction, de Carbonleo, en approchant d’une fenêtre pour pointer les travailleurs qui s’activent dans le cadre des travaux d’excavation.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le camionneur Serge Doré (à droite) remet son téléphone à un contrôleur du projet Royalmount afin que ce dernier assure le processus de traçabilité.

Activité à risque

Carbonleo doit sortir du site environ 7 000 tonnes de sols contaminés aux hydrocarbures et aux métaux lourds avant de commencer à construire les infrastructures du complexe Royalmount, qui doit regrouper une centaine de restaurants, un cinéma, un centre commercial, des hôtels et des logements. C’est l’équivalent d’un peu plus de 200 voyages de camions.

Le promoteur savait qu’il s’agissait d’une activité à risque. Depuis 2016, La Presse a révélé plusieurs cas d’entrepreneurs en décontamination ou d’entreprises de transport qui jetaient illégalement les sols contaminés dans la nature ou sur des terres agricoles afin d’économiser sur les coûts de traitement. Le Bureau de l’inspecteur général de Montréal a récemment confirmé dans un rapport que la pratique a toujours cours, parfois à l’insu du donneur d’ouvrage.

Carbonleo ne voulait pas jouer dans ce film.

« Ils ont été très proactifs. Dès l’appel d’offres, c’était clair pour eux qu’ils voulaient avoir une traçabilité des sols excavés sur leur projet », raconte Ghislain Vallée, directeur général de Traces Québec, l’organisme qui a créé l’application mobile pour suivre les sols.

Le gouvernement Legault a annoncé son intention d’imposer l’usage de l’application mobile sur tous les chantiers de décontamination, mais le règlement se fait toujours attendre. Dans certains projets subventionnés par les fonds publics, l’attribution des subventions était liée à l’utilisation du programme de Traces Québec pour garantir la conformité des travaux. Mais le Royalmount est le premier projet privé non subventionné où les promoteurs ont décidé de l’utiliser de leur propre chef.

Je pense que c’est nécessaire dans le contexte actuel, et ce sera à l’avantage de tous. On veut être un bon citoyen corporatif, être écoresponsables.

Jean-Luc Dion, vice-président, construction, de Carbonleo

« Vraiment précis »

Vétéran des grands chantiers, M. Dion constate que les attentes sont plus grandes de nos jours en matière de respect de l’environnement. « Dans le temps, il n’y avait pas tant de contrôle », dit-il.

Critiqué par la mairesse Valérie Plante et plusieurs intervenants du monde municipal, notamment pour l’augmentation des déplacements en voiture qu’il entraînera dans le secteur, le projet Royalmount a été modifié en profondeur, récemment, pour en améliorer l’acceptabilité sociale. Les espaces de stationnement ont été réduits, alors que des logements, des espaces verts et une école ont été ajoutés. Carbonleo affirme toutefois que la traçabilité des sols était au programme dès le départ, avant même ces ajustements.

« On est une entreprise qui croit beaucoup au contrôle », explique Jean-Luc Dion.

Sur le chantier, chaque camion est pesé à l’entrée et à la sortie. Les chauffeurs doivent être connectés sur l’application mobile, qui note le poids de leur chargement, sa nature, le trajet prévu et leurs déplacements. Seul le site récepteur préautorisé peut « fermer » la transaction et confirmer que le chargement est arrivé à bon port, avec le même poids qu’au départ.

« Ce n’est pas beaucoup plus de travail. Le chauffeur a juste à installer l’application sur son téléphone. C’est vraiment précis », dit Abdel Wahid, technicien en environnement chez Solmatech, l’un des sous-traitants qui surveillent les travaux sur le chantier.