Faute de place en thérapie, des délinquants sexuels récidivent. Au Québec, les centres de traitement spécialisés en délinquance sexuelle croulent sous la demande. Leurs listes d’attente sont aujourd’hui « très préoccupantes ». Voici le plus récent volet de l’enquête de Gabrielle Duchaine et de Caroline Touzin sur l’exploitation sexuelle des mineurs sur l’internet.

Caroline Touzin
Caroline Touzin La Presse
Gabrielle Duchaine
Gabrielle Duchaine La Presse

« Je crains de voir son nom dans le journal »

« Ça ne va vraiment pas bien. C’est encore dans mes pensées. Rappelle-moi quand tu auras de la place. »

Pratiquement chaque semaine, Christian* laisse un message dans la boîte vocale de Valérie Mathieu, intervenante au Milieu d’intervention et de thérapie en agression sexuelle (MITAS).

L’homme fantasme sur les enfants. Il en a agressé une il y a une dizaine d’années. L’internet alimente sa déviance. Il a fait de la prison et suivi une thérapie.

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Valérie Mathieu, intervenante au Milieu d’intervention et de thérapie en agression sexuelle (MITAS) de Joliette

Mais aujourd’hui, il n’est plus sous surveillance. Et il a peur de récidiver.

Le problème : le MITAS – unique centre de traitement spécialisé en délinquance sexuelle dans Lanaudière – est incapable de lui offrir l’aide dont il a besoin.

Ni dans l’immédiat. Ni dans les mois à venir.

La liste d’attente de l’organisme communautaire est « très préoccupante », de l’aveu même de sa directrice générale, Catherine Pelletier.

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Catherine Pelletier, directrice générale du MITAS

« Quand la population l’apprendra, j’ose espérer qu’elle sera très inquiète, ajoute sa collègue, la sexologue psychothérapeute Magali Provencher. En tout cas, nous, on l’est. »

Selon des données obtenues par La Presse, la majorité des centres de traitement spécialisés en délinquance sexuelle – pas seulement celui de Lanaudière – ont des listes d’attente qui ne cessent de s’allonger depuis la première vague #moiaussi en 2017.

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Les intervenantes Magali Provencher et Valérie Mathieu discutent dans les locaux du MITAS à Joliette.

Au Québec, actuellement, près de 400 adultes et une soixantaine d’adolescents sont en attente pour suivre une thérapie spécialisée, selon le Regroupement des intervenants en matière d’agression sexuelle (RIMAS), qui a compilé les chiffres des neuf centres qu’il représente.

Chez la clientèle adulte, le délai d’attente moyen pour intégrer une thérapie (individuelle ou de groupe) est passé de quatre mois en 2018-2019 à neuf mois en 2020-2021. Chez la clientèle adolescente, ce délai est passé d’un mois en 2018-2019 à quatre mois pour une thérapie de groupe et à sept mois pour une thérapie individuelle.

C’est dans Lanaudière et à Laval que les délinquants sexuels attendent le plus longtemps.

À chaque message laissé dans sa boîte vocale, l’intervenante du MITAS Valérie Mathieu est envahie d’un grand sentiment d’impuissance. Christian a demandé de l’aide il y a cinq mois. L’intervenante a évalué ses besoins en priorité en raison de ses antécédents. Inquiète, elle l’a convoqué une fois « en urgence ».

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Valérie Mathieu, intervenante du MITAS

Il reste qu’il y a un an d’attente pour intégrer un groupe de thérapie. Et c’est encore plus long pour les thérapies individuelles (deux ans).

« Je crains de voir son nom dans le journal », lâche Mme Mathieu, qui le qualifie de « bombe à retardement ». Impulsif, Christian est du genre à bifurquer de sa trajectoire en voiture pour suivre une jeune fille qu’il trouve de son goût, illustre-t-elle.

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Magali Provencher, sexologue psychothérapeute au MITAS

Chaque fois qu’on regarde la liste d’attente, on se dit : “Oh, mon Dieu”. Le plus ancien sur la liste attend depuis deux ans. Qu’est-ce qui se passe dans sa vie ? Comment occupe-t-il son temps ?

Magali Provencher, sexologue psychothérapeute au MITAS

La plupart des clients des centres spécialisés en délinquance sexuelle ont été arrêtés ou condamnés pour un crime sexuel impliquant un mineur (agression sexuelle, leurre d’enfants, pornographie juvénile). La thérapie fait partie de leurs conditions pour recouvrer leur liberté. Une minorité est « volontaire », c’est-à-dire qu’elle connaît sa déviance, mais n’est pas passée à l’acte ou ne s’est jamais fait prendre.

Or, le problème d’accès à une thérapie est un frein à leur réadaptation. Ils y accèdent trop longtemps après avoir été condamnés. Quand leur probation prend fin, même si leur traitement est loin d’être terminé, certains abandonnent puisqu’ils ne sont plus obligés d’y aller, constate Katia Lavallée, directrice générale du CETAS, un centre de traitement spécialisé dans les Laurentides.

Ou à l’inverse, d’autres délinquants voient leur probation s’allonger car les juges considèrent qu’ils n’ont pas rempli leurs conditions de libération, et ce, même si l’attente est indépendante de leur volonté. Cela met les clients dans un état de colère, voire d’agressivité, peu propice à un cheminement, selon les psychothérapeutes interrogées.

Dans certains cas, ils récidivent carrément avant d’avoir obtenu de l’aide. Un adolescent de 14 ans a été placé sur la liste d’attente du MITAS après avoir commis des attouchements sur une enfant de 11 ans. C’est Valérie Mathieu qui l’a évalué – une entrevue de deux heures pour déterminer ses besoins – et a suggéré qu’il intègre un groupe de thérapie. Sauf qu’aucun groupe n’avait de place pour lui.

Cinq mois plus tard, la DPJ a annoncé au MITAS qu’il avait récidivé. « L’intervenante de la DPJ était choquée, décrit Mme Mathieu. Elle pensait qu’il avait reçu des services. »

Selon différentes méta-analyses, environ 18 % des auteurs non traités récidivent. Chez les auteurs d’infraction à caractère sexuel ayant suivi et réussi un traitement, la récidive sexuelle est réduite de près de 40 %.

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Caroline St-Arneault, sexologue psychothérapeute au MITAS

Les délinquants sexuels, ce n’est pas juste l’affaire de la police. Notre système judiciaire est basé sur la réhabilitation. Ces gens-là vont se retrouver en société. Il faut s’en occuper.

Caroline St-Arneault, sexologue psychothérapeute au MITAS

Ceux qui passent la porte du MITAS sont pour la plupart des gars « multipoqués », qui « traînent une grande souffrance derrière eux », explique sa collègue, Magali Provencher.

Rien n’excuse les gestes qu’ils ont commis, précisent les intervenantes. Toutefois, « on ne commet pas un crime sexuel par hasard » et rarement quand « le ciel est bleu dans sa vie ».

Mme St-Arneault traite beaucoup de jeunes qui ont été intimidés ou qui ont été victimes de négligence et de violence. Ces ados vont commettre des crimes sexuels sur l’internet et ensuite se déresponsabiliser en disant que « la victime l’a cherché ».

« Elle m’a envoyé une photo », justifient ces ados, alors qu’évidemment, aucune victime ne l’a cherché, précise la sexologue. « Un ado, si on ne s’occupe pas de cette souffrance-là, il y a des risques que ça se cristallise dans le temps et que ça se perpétue », poursuit-elle.

Des enfants aux comportements sexuels problématiques sont aussi traités ici. De petits accros à la porno – parfois aussi jeunes que 5 ou 6 ans. Ils ne savent pas encore écrire, mais ils ont accès à des vidéos grâce aux commandes vocales des appareils électroniques. Ils font des demandes du genre : « Papa fait un enfant à sa fille ». Ils reproduisent ensuite ce qu’ils ont vu avec d’autres enfants de leur entourage.

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Yanick Bourget, intervenant dans l’équipe jeunesse du MITAS

J’aimerais pouvoir les traiter sur-le-champ. C’est difficile de rouvrir le sujet 12 mois plus tard. Après tout ce temps, si tu demandes à un enfant : “Tu te souviens, ce que tu as fait à ta petite sœur de 4 ans ?” Il aura développé un mécanisme d’évitement.

Yanick Bourget, intervenant dans l’équipe jeunesse du MITAS

Les psychothérapeutes s’accrochent à leurs succès. Sinon, ils n’en dormiraient plus la nuit. Magali Provencher a en tête l’histoire d’un homme dans la vingtaine condamné pour leurre. Sa victime avait 15 ans. « Dans sa seule relation avec une fille de son âge, il s’était fait rejeter, explique-t-elle. Il s’était dit que peut-être qu’avec une fille plus jeune, ce serait plus facile. » À la suite de la thérapie, il a fait un retour aux études et a trouvé un bon emploi. Il a aujourd’hui une conjointe et un enfant.

« J’ai la même réaction que tout le monde face à ces crimes. Je me dis : “Oh, mon Dieu”, lance la sexologue. Mais je suis capable de mettre l’horreur de côté et regarder la personne derrière. Bien souvent, je vois un agneau égaré. »

*Les prénoms des hommes en thérapie sont fictifs, leurs histoires ne le sont pas.

9 mois

Délai moyen d’attente d’un adulte pour avoir accès à une thérapie (individuelle ou de groupe), comparativement à 4 mois en 2018, 2019 et 2020.

448

Nombre d’individus actuellement en attente d’une thérapie, soit 384 adultes et 64 adolescents.

Soir de thérapie à Saint-Jérôme

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Séance de thérapie de groupe dans les locaux du CETAS, à Saint-Jérôme, un centre qui traite les délinquants sexuels des Laurentides.

Jacques* est accro à la pornographie juvénile depuis 20 ans. Père de famille, il est en thérapie depuis deux ans.

Aujourd’hui, il fait partager « son bonheur de la semaine » aux autres hommes autour de la table : il a eu droit de passer une heure avec sa fille sous la supervision de la DPJ.

Nous sommes un lundi d’avril dans un local anonyme situé au second étage d’un bâtiment commercial de Saint-Jérôme. Ces hommes se réunissent chaque semaine pour suivre une thérapie de groupe menée par deux psychothérapeutes.

C’est le seul moment de la semaine où ils peuvent parler de leur déviance sans être jugés.

Ils essaient de s’en libérer. La route est longue et cahoteuse.

Ce soir, il y a un nouveau dans le groupe : Hugo. Le jeune homme dans la vingtaine ne reconnaît pas son problème. Il a leurré un ado de 14 ans sur l’internet. « C’est lui qui est venu me parler sur Facebook, se défend-il. Il avait l’air d’avoir 18 ans. »

Et il y a un autre jeune délinquant sexuel, Charles, aussi au début de la vingtaine, qui est de retour en thérapie après avoir récidivé durant sa probation. Il est également accro aux images sexuelles de garçons sur l’internet. « J’ai peur de me retrouver seul et de recommencer », dit-il au groupe.

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Le « cycle délictuel » expliqué aux participants

Dans la prochaine heure et demie, les psychothérapeutes Anne-Marie Drolet et Katia Lavallée vont leur expliquer le concept de « cycle délictuel ». Il est question d’« émotions désagréables », de « fantasmes inadéquats » et d’« erreurs de pensée » qui mènent au délit sexuel.

Hugo, qui a un déficit d’attention, gigote sur le bout de sa chaise. Le jeune homme a abandonné l’école très tôt. Sans emploi ni formation particulière, il végète. Il raconte qu’il a passé la dernière semaine à écouter des vidéos.

Mme Drolet conserve son calme, mais le regard qu’elle lui jette en dit long. « Vous m’intriguez », dit-elle, en état d’alerte.

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Katia Lavallée, psychologue et directrice générale du CETAS

Ce ne sont pas des vidéos de pornographie juvénile, assure le jeune homme. Depuis le confinement, il est devenu adepte des théories du complot, comprend-on à travers ses explications floues.

Autour de la table, tout le monde est étonné qu’il ait le droit d’accéder à l’internet alors qu’il est en probation. Le jeune homme assure que ça ne fait pas partie de ses conditions imposées par le tribunal. « Vous avez commis un crime de leurre informatique. Je pense que c’est un oubli du juge », lance la psychothérapeute, dubitative.

Avant de vous retrouver, « les pieds dans les mêmes trous de bouette », vous devez vous rappeler les « conséquences négatives » que vous avez vécues après avoir commis votre délit, leur explique Mme Lavallée.

En d’autres mots, quand les pensées déviantes reviennent, « il faut que ça clique dans votre tête », « ces fantasmes, ces erreurs de pensée m’ont mené en prison, m’ont fait perdre ma job, m’ont coûté 10 000 $ en honoraires d’avocat », ajoute celle qui est aussi la directrice générale du CETAS – le centre de traitement spécialisé qui couvre les Laurentides.

Si les listes d’attente des centres de traitement spécialisés sont aussi longues, c’est entre autres parce que les thérapies ne sont pas l’affaire d’une poignée de séances. Soigner un délinquant sexuel attiré par les enfants prend du temps. Beaucoup de temps.

Hugo, qui intègre le groupe de thérapie ce soir, suivra un programme de 55 à 60 séances. À cela s’ajoutent les 10 rencontres sur la gestion des émotions auxquelles il a assisté avant de se joindre au groupe.

La première étape, c’est de travailler sur la motivation de ces personnes. Les centres acceptent les « négateurs », ceux qui admettent à peine leur problème, comme Hugo.

« Ça se peut qu’ils ne reconnaissent jamais leur intérêt pour la porno juvénile, explique Magali Provencher, sexologue psychothérapeute au MITAS, le centre qui couvre Lanaudière. Souvent, la porno, c’est un refuge. De quoi ont-ils voulu se sauver ? D’une problématique au travail ? De l’anxiété ? D’une difficulté à entrer en relation avec les autres ? »

Les psychothérapeutes guident les délinquants sexuels pour que ces derniers parviennent à combler leurs besoins autrement, de manière saine.

Et parfois un participant incite les autres à ne pas respecter leurs conditions imposées par la cour (ne pas se tenir dans un parc, par exemple). Ici aussi, il vaut mieux qu’elles soient deux pour recadrer les échanges.

Nous sommes toujours à Saint-Jérôme dans la salle de réunion anonyme. Jacques lit à haute voix au bénéfice des autres son « exercice » dans lequel il a résumé les raisons pour lesquelles sa vie a dérapé.

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Séance de thérapie au CETAS, à Saint-Jérôme

Il a longtemps ressenti un « vide intérieur ». Ses « valeurs sûres » pour combler ce vide étaient : « l’alcool, le pot, les jeux vidéo et la porno », énumère-t-il. En couple, il était incapable d’exprimer ce qu’il ressentait. Sa sexualité n’était pas satisfaisante. Il regardait de la porno juvénile « tout de suite après avoir baisé » avec sa conjointe.

Lorsqu’il s’est fait arrêter par la police, sa fille n’avait pas encore 1 an. Il a perdu son emploi, sa conjointe et sa maison.

Après deux ans de thérapie, Jacques ne gèle plus ses émotions. Il a demandé pardon à son ex. Il a cessé de consommer. Il a trouvé un nouvel emploi. Il attend sa peine, résigné. « Je n’ai pas encore été en prison. Ça va venir », dit-il. Il a trouvé sa motivation à ne pas récidiver : maintenir les liens avec son enfant.

Les autres repartiront ce soir-là avec le même exercice à faire. « Jacques travaille sur cet exercice depuis deux ans, leur rappelle la psychothérapeute Anne-Marie Drolet en guise d’encouragement. Ne voyez pas cela comme inatteignable. »

*Les prénoms des délinquants sexuels sont fictifs, leurs histoires ne le sont pas.

Les raisons derrière cette attente

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Un pédophile en séance de thérapie au MITAS, à Joliette

Problèmes majeurs de recrutement

Des difficultés majeures liées au recrutement et à la rétention de la main-d’œuvre qualifiée expliquent l’allongement des listes d’attente. Les centres de traitement spécialisés en délinquance sexuelle ont presque tous des postes vacants. Le bassin de main-d’œuvre dans lequel ils peuvent piger est limité. On s’arrache déjà les psychologues et les sexologues cliniciens dans le secteur public. Or, les centres – qui ont le statut d’organisme communautaire – ne réussissent pas à offrir d’aussi bonnes conditions de travail qu’au public.

Permis de psychothérapeute requis

Les criminologues, les psychoéducateurs et les travailleurs sociaux qui voudraient travailler en délinquance sexuelle ont difficilement accès aux postes dans ces centres puisque ceux-ci requièrent un permis de psychothérapie ; un processus actuellement « lourd et coûteux », indique la directrice générale du Regroupement des intervenants en matière d’agression sexuelle (RIMAS), Stéphanie Leduc.

La relève privilégie le travail auprès des victimes

Pendant la formation des intervenants, il y a beaucoup plus de cours obligatoires traitant de la victimisation que de la délinquance sexuelle. Cela pousse davantage les futurs candidats à postuler dans des centres d’aide aux victimes, plutôt que dans les centres d’aide aux délinquants.

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Les jeunes intervenants sont davantage enclins à postuler dans des centres d’aide aux victimes, plutôt que dans les centres d’aide aux délinquants.

Une clientèle lourde et complexe

La clientèle des délinquants sexuels est « lourde », « complexe » et souvent réfractaire à la thérapie. « C’est un monde qui fait peur, qui est plein de tabous, illustre l’intervenante Valérie Mathieu. Moi, c’est l’espoir qui me pousse à continuer. Pour prévenir les agressions, il faut aider les délinquants. »

Organismes aux moyens modestes

Beaucoup de centres de traitement spécialisés sont financés par le Programme de soutien aux organismes communautaires. Leurs moyens sont modestes. « Notre mission ne fait pas pleurer grand monde, illustre la DG du RIMAS, Stéphanie Leduc. On ne peut pas faire de campagne de financement pour aider les délinquants sexuels comme on le fait pour les victimes. » Sauf que c’est la société qui est perdante si un délinquant sexuel récidive alors qu’il est en attente de services spécialisés, illustre-t-elle.

Longtemps sous-financés

Au MITAS, trois thérapeutes du secteur jeunesse partagent un minuscule bureau dans un ancien couvent de sœurs. « On ne peut faire nos appels en même temps. Ça briserait la confidentialité », lâche l’intervenant Yanick Bourget. Un rehaussement financier annuel récurrent obtenu en mars dernier de 1 400 000 $ pour 10 organismes longtemps sous-financés, dont le RIMAS, devrait améliorer leur sort, leur permettre d’ouvrir de nouveaux points de service et d’élargir leur offre de services.

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Salle de thérapie au MITAS avec jouets d’enfants

Mais, car il y a un mais…

Pour augmenter leurs effectifs alloués aux suivis thérapeutiques, les organismes sont forcés de diminuer le nombre d’évaluations spécialisées en délinquance sexuelle destinées à éclairer le tribunal sur la peine appropriée – les « évaluations présentencielles ». « La magistrature en demande de plus en plus, mais ce sont les mêmes intervenantes qui font tout. La pression est énorme sur leurs épaules », explique Mme Leduc, du RIMAS. Pour certaines causes, sans le rapport demandé, le juge n’aura pas toutes les informations souhaitées pour éclairer sa décision qui inclut la peine, les conditions probatoires et les mesures d’encadrement.