Les partis sont encore au coude à coude dans les sondages et plusieurs électeurs sont toujours indécis: le premier débat pourrait marquer un tournant dans cette campagne électorale. Deux politologues et un spécialiste de l'image se prononcent sur les objectifs et les gaffes à éviter pour les quatre chefs de parti à l'occasion de ce premier débat. Dimanche soir, ils noteront les bons coups et les moins bons coups des candidats. À lire lundi dans La Presse.

Mis à jour le 19 août 2012
Émilie Bilodeau LA PRESSE

AVIS D'ALAIN-G. GAGNON, titulaire de la chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes @alainggagnon

JEAN CHAREST

Objectifs

- Son objectif principal sera de donner l'impression nette que son leadership n'est pas remis en question et que les Québécois peuvent toujours avoir confiance en lui.

- Il devra mettre en valeur les bons coups de son dernier mandat comme la création d'emplois et la création de richesse.

- Éviter le sujet de la corruption pour plutôt parler des points positifs de son dernier mandat.

Gaffes à éviter

- Il doit éviter d'être arrogant. Jean Charest a tendance à regarder ses adversaires de haut. C'est celui qui a le plus d'expérience dans les débats, mais l'arrogance dont il peut faire preuve pourrait se retourner contre lui.

PAULINE MAROIS

Objectifs

- À la fin du débat, elle doit être vue comme une femme qui peut agir comme première ministre.

- Elle doit montrer qu'on peut avoir confiance en elle et en son leadership.

- Elle doit montrer que le Parti québécois (PQ) est rassembleur et que s'il est porté au pouvoir, il va ramener une stabilité dans la province.

- Elle doit ramener les débats sur les questions d'intégrité, de lutte contre la corruption et de financement des partis politiques.

Gaffes à éviter

- Éviter les sujets qui tournent autour du fédéralisme et de l'indépendance.

- Éviter de répondre et de préciser la date de la tenue d'un prochain référendum sur la souveraineté. Ça ne doit pas être l'enjeu du débat pour Pauline Marois.

FRANÇOIS LEGAULT

Objectifs

- Il doit faire preuve d'une grande ouverture à l'ensemble des revendications des Québécois.

- Il doit montrer qu'il peut faire preuve de leadership. La question de la crédibilité est très importante pour lui. Avec sa liste de promesses, les électeurs vont se demander: peut-il remplir ses engagements?

- Ramener le débat sur les questions qui tournent autour de la corruption et de l'intégrité.

- Comme il a déjà fait partie d'un autre parti politique (PQ) indépendantiste et plus interventionniste, il devra trouver un moyen de se distancier de ces deux aspects au cours du débat.

- Il devrait faire valoir que le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ) sont de «vieux partis», contrairement à la Coalition avenir Québec (CAQ) qui est une nouvelle formation politique.

Gaffes à éviter

- Il doit éviter de se prononcer sur la souveraineté: bien qu'il eut affirmé qu'il voterait Non à un référendum sur la souveraineté, il a tout de même promis un moratoire de 10 ans sur la question nationale. Sa proposition n'est pas crédible. Il doit éviter le sujet et ne pas se contredire.

FRANÇOISE DAVID

Objectifs

- La bataille de Françoise David sera moins globale et elle misera certainement sur les enjeux des circonscriptions «gagnables».

- Elle doit donner l'impression qu'un vote pour Québec solidaire n'est pas un vote contre le Parti québécois.

- Souligner que Québec solidaire est en faveur de programmes sociaux plus équitables.

- Elle doit démonter que Québec solidaire pourrait faire la différence et jouer un rôle important si un gouvernement minoritaire est élu.

- Comme les autres partis (sauf celui de Jean Charest), elle devra aborder le sujet de la corruption, de l'intégrité et du financement des partis et souligner que Québec solidaire est une formation politique intègre.

Gaffes à éviter

- Éviter de s'en prendre directement à Pauline Marois.

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AVIS DE LUC DUPONT, professeur en communication à l'Université d'Ottawa et spécialiste en marketing @LucDupont

JEAN CHAREST

Objectifs

- Se défaire de son étiquette liée à la corruption.

- Les débats sont difficiles pour la personne au pouvoir. Il va devoir se défendre puisqu'il va être la cible de nombreuses attaques.

- Les autres partis vont aborder le sujet de la corruption. Il va devoir faire valoir que ce n'est pas seulement la lutte contre la corruption qui permet de diriger une province, que ça prend plus que ça.

Gaffes à éviter

- À la suite du reportage de l'émission Enquête [sur la Sûreté du Québec qui a mis fin à la filature d'un ex-dirigeant de la FTQ à la suite de sa rencontre avec Jean Charest], il a fait une déclaration le soir même et une autre le lendemain. Mais c'est un sujet qui a rapidement été oublié et il devrait éviter de le ramener sur la table.

PAULINE MAROIS

Objectifs

- Ça va être LE moment de sa carrière. Ça passe ou ça casse pour elle. Historiquement, elle a toujours eu un déficit de sympathie. Il faudrait qu'elle profite du débat pour faire changer cette tendance.

- Elle devra bien gérer la question de la souveraineté.

- Si François Legault parle des vieux partis, elle devra miser sur son expérience.

- François Legault va nécessairement aborder le thème de la corruption. De son côté, Pauline Marois devra convaincre les électeurs qu'il faut plus qu'une compétence pour diriger une province.

- Elle va devoir faire des pas de danse assez délicats en se battant contre les trois autres candidats: elle avait un adversaire, Jean Charest. Puis sur le côté est arrivée la Coalition avenir Québec, et il ne faut pas négliger Québec solidaire qui pourrait aller chercher des votes au Parti québécois.

Gaffes à éviter

- Le danger, c'est son style présidentiel, sa façon de se vêtir. Mais c'est très difficile à contrôler. C'est encore plus tranchant lorsqu'on se retrouve à côté d'autres personnes. Il faudrait qu'elle fasse oublier que ce n'est pas juste la madame qui a 30 coiffeurs. Il faut que les gens se disent: elle me ressemble, elle est l'une des nôtres. Les Québécois n'aiment pas les gens pompeux, prétentieux. Son foulard a d'ailleurs disparu depuis quelques semaines.

FRANÇOIS LEGAULT

Objectifs

- François Legault est sur sa lancée avec l'annonce de la candidature de Jacques Duschesneau. Il va devoir se servir du débat pour poursuivre sur cette lancée. La difficulté consiste à maintenir sa campagne sur un plateau.

- Il pourra rappeler que la CAQ est une nouvelle formation politique, contrairement aux vieux partis.

- Il doit élargir son positionnement. Il n'est pas seulement le parti qui veut mettre fin à la corruption.

Gaffes à éviter

- François Legault a de petites hésitations lorsqu'il parle. Il s'exprime comme la masse de l'électorat, ce qui peut engendrer l'identification en politique. Il reprend quelques mots. Ça lui donne une image de gars honnête parce qu'il parle comme ça vient. Mais s'il fallait qu'il se trompe, ça pourrait devenir le passage qu'on reverrait et qu'on entendrait dans les médias.

- S'il fait des approximations, ses adversaires vont lui sauter dessus comme des tigres. Il n'y a pas de place pour les écarts dans les débats.

- Mal jouer sa carte sur «sa trahison au PQ» qui sera certainement abordée par Pauline Marois.

FRANÇOISE DAVID

Objectifs

- C'est une occasion en or pour Québec solidaire de présenter son programme. Je suis persuadé que plusieurs personnes ont entendu parler de certains passages du programme, mais que très peu l'ont lu. C'est sa chance de le présenter et, en plus, Françoise David est très éloquente.

- Elle peut s'éloigner du thème de la corruption puisque les deux autres partis l'utilisent déjà beaucoup.

- Elle doit miser sur des promesses simples qui sont susceptibles d'avoir une résonance dans la population.

- Elle ne devrait pas attaquer Jean Charest de front, mais davantage Pauline Marois. Québec solidaire va chercher des votes au Parti québécois, pas au Parti libéral du Québec.

- Travailler sur le vote des jeunes. Le vote des jeunes n'est pas gagné d'avance pour le PQ quand on pense aux déclarations de la CLASSE, entre autres. Elle devrait en tirer profit.

- On parlait beaucoup de Québec solidaire durant le conflit étudiant, mais depuis le début de la campagne électorale, sa visibilité a diminué dans les médias. C'est la chance de Québec solidaire de se faire voir et entendre.

Gaffes à éviter

- Se faire associer aux étudiants et aux manifestations uniquement.

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AVIS DE JEAN-HERMAN GUAY, politologue de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

Objectifs

- Ça va être un moment décisif pour Jean Charest. Il accuse un retard dans les sondages et seulement un électeur francophone sur cinq compte voter pour lui. Il doit profiter du débat pour regagner l'électorat francophone. Il a une grande qualité de débatteur et ce sera crucial d'exceller. Mais la tâche va être extrêmement difficile parce que tout le monde va être contre lui.

- Il doit se servir du conflit étudiant à son avantage, quoique ce sera difficile puisque la crise dure depuis des mois.

- Il doit être solide, miser sur son bilan économique, car le Québec a réussi à éviter la récession.

- Rassurer les gens.

- Il ne doit pas faire bien. Il doit faire très bien.

Gaffes à éviter

- Jean Charest n'est pas un gaffeur. En débat, il est rapide, incisif, direct, il a une bonne mémoire et une bonne maîtrise de lui-même. Or, la gaffe à éviter serait que les électeurs terminent le débat avec un doute sur son intégrité. Son intégrité doit apparaître intacte.

PAULINE MAROIS

Objectifs

- Selon les sondages, Pauline Marois obtient environ 30% des intentions de vote. Mais sa campagne manque d'élan. C'est le moment pour elle de la faire débloquer.

- Certains craignent que si le Parti québécois est porté au pouvoir, elle va plier devant certains groupes de pression comme les associations étudiantes et les syndicats. Elle doit prouver le contraire.

Gaffes à éviter

- Avec les chiffres, l'économie et les statistiques, elle a un peu plus de difficulté à les exposer clairement. Ça devient parfois confus. Ce ne sera pas évident pour elle puisque c'est certainement un thème qui va revenir à plusieurs reprises dans le débat.

- Elle doit plaire à son électorat souverainiste, mais elle doit aussi conquérir l'électorat du centre qui ne cherche pas un nouveau pays, mais un nouveau gouvernement. La gaffe à éviter est de déplaire à l'un des deux.

FRANÇOIS LEGAULT

Objectifs

- Montrer qu'il va gérer la province et les finances publiques autrement. Il faut qu'il montre qu'il a l'audace pour faire le ménage dans la bureaucratie.

Gaffes à éviter

- Se contredire. Il l'a déjà fait en campagne électorale et l'une des publicités du Parti libéral du Québec mise d'ailleurs sur les contradictions de François Legault. Par exemple, son passé pourrait refaire surface: lorsqu'il était au PQ, il était l'un des plus pressés sur la question souverainiste. En campagne, il vient de dire qu'il voterait Non à un référendum sur la souveraineté.

FRANÇOISE DAVID

Objectifs

- L'objectif est de mieux se faire connaître. Pour le grand public, elle est une nouvelle figure. Elle a tout à gagner et pour sa circonscription, Gouin, ça pourrait être décisif.

- Positionner son discours à gauche et présenter une nouvelle approche.

- Elle doit montrer qu'elle est posée, sereine et que son parti n'est pas un parti de gauche radicale, mais de gauche pour une meilleure égalité.

- Elle doit contrer le vote stratégique et réussir à convaincre les gens que voter pour Québec solidaire, c'est voter pour ses convictions. Elle pourrait aussi montrer que son parti est prêt à jouer un rôle dans le prochain gouvernement en faisant preuve d'ouverture et de flexibilité si le PQ est élu.

- Montrer que Québec solidaire, ce n'est pas seulement Amir Khadir.

Gaffes à éviter

- Paraître trop à gauche et radicale.