Le chef d'état-major des Forces canadiennes, le général Walt Natynczyk, réfute les allégations explosives lancées la semaine dernière par un ancien interprète de l'armée en Afghanistan, Ahmadshah Malgarai, selon lesquelles les soldats canadiens auraient tué un détenu afghan d'une balle derrière la tête en 2007 et auraient tenté de camoufler le meurtre.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Après une enquête interne de trois jours, le grand patron des Forces armées a affirmé que l'homme en question était armé et il a été abattu au cours d'une opération militaire menée dans la nuit du 18 au 19 juin 2007 dans un complexe où l'on fabriquait des engins explosifs parce qu'il «représentait une menace».

Des soldats canadiens ont investi ce complexe, avec leurs partenaires de la coalition, parce qu'on soupçonnait que ce complexe servirait à lancer des attaques à la roquette contre le terrain d'aviation de Kandahar et que l'on croyait que les insurgés talibans s'en serviraient pour fabriquer des engins explosifs qu'on utiliserait contre les soldats canadiens et de la coalition.

«Quelqu'un a posé, au cours de la mission, une menace directe et imminente pour les soldats canadiens qui pénétraient dans le complexe. Un tireur qui appuyait l'opération l'a repéré, a estimé qu'il présentait une menace et a tiré sur lui. Son action était conforme aux règles d'engagement et a sauvé cette nuit la vie de militaires canadiens. La personne en question était armée et n'avait jamais été détenu», écrit le général Natynczyk dans une lettre envoyée au président du comité spécial sur l'Afghanistan, Kevin Sorenson.

Il a précisé qu'à la suite de cette opération, 10 Afghans ont été faits prisonniers, dont neuf portaient sur eux des résidus d'explosifs. «Conformément aux procédures en vigueur, ils ont été conduits sur le terrain d'aviation de Kandahar où l'on a constaté qu'ils n'étaient pas blessés et qu'ils étaient en bonne santé. Au cours de l'interrogatoire tactique des détenus, deux personnes ont allégué que les forces de la coalition avaient placé un pistolet sur l'insurgé décédé. Il convient de noter que l'une d'elle s'est par la suite rétractée», a-t-il affirmé.

«Immédiatement après la mission, on a examiné les opérations menées et leurs résultats, et déterminé que l'on avait suivi toutes les règles d'engagement et instructions permanentes en vigueur», a-t-il encore dit.

La semaine dernière, M. Ahmadshah a affirmé que des soldats canadiens ont abattu un adolescent de 17 ans d'une balle derrière la tête dans un village au nord de Kandahar, à l'été de 2007. Il a expliqué que les soldats l'avaient tué parce qu'ils croyaient que le jeune homme portait une arme à feu. Il a ajouté qu'ils avaient tenté d'étouffer l'histoire en arrêtant des hommes dans le village.

Toutefois, M. Ahmadshah avait admis que la plupart de l'information qu'il a obtenue provenait de ouï-dire et qu'il ne pouvait avancer de preuves pour appuyer ses dires.

M. Ahmadshah, dont le nom de code dans l'armée canadienne était Pasha, avait aussi soutenu que les soldats canadiens se seraient livrés à des arrestations sommaires et qu'ils auraient transféré des innocents aux services de sécurité afghans. M. Ahmadshah est un citoyen canadien d'origine afghane qui a travaillé pour les Forces canadiennes de juin 2007 à juin 2008.

Le ministre de la Défense, Peter MacKay, avait réagi à ces allégations en mettant en doute la crédibilité de M. Ahmadshah parce qu'il n'était présent lorsque les incidents sont survenus.

Dans sa lettre, le général Natynczyk a aussi affirmé que les Forces canadiennes «prennent toutes les allégations au sérieux, enquêtent sur elles et feront enquête sur toutes les nouvelles allégations. Chaque fois qu'il y en a eues, les Forces Canadiennes n'ont pas hésité à agir. À la suite du témoignage de M. Malgarai, le Service national des enquêtes des Forces canadiennes procède à une évaluation. Et nous invitons quiconque est en possession de renseignements pertinents à l'événement à se manifester et à faire une déclaration sous serment».