Une rencontre au sommet est en cours depuis 16h, à Québec, pour trouver une solution au conflit étudiant. Le gouvernement Charest y a convoqué toutes les associations étudiantes, y compris la CLASSE.

Tommy Chouinard LA PRESSE

La Conférence des recteurs et des principaux du Québec (CREPUQ), la Fédération des cégeps et les chefs des centrales syndicales (CSN, CSQ, FTQ) sont également autour de la table. La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, représentent le gouvernement. À 13h30, par la voie d'un communiqué laconique, Mme Beauchamp a confirmé la tenue de cette rencontre « sur la situation du conflit étudiant ».



À leur arrivée à la rencontre, les leaders étudiants ont martelé que le gouvernement devra « bouger » sur la question de la hausse des droits de scolarité pour espérer un retour en classe des étudiants en grève. «On se présente ici avec ouverture », a déclaré la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins. « On espère que le gouvernement manifestera une volonté réelle de régler le conflit et qu'il négociera de bonne foi.»

Elle n'a pas voulu s'avancer sur les compromis qu'elle est prête à faire. « Je ne ferai pas de négociation sur la place publique », a-t-elle affirmé. « Il y a possibilité de discuter du financement des universités. Il faut arrêter de polariser le débat sur la question d'être pour ou contre la hausse des droits de scolarité. Il faut vraiment aller voir la question du financement des universités. On va pousser en ce sens-là. »

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, n'a pas voulu s'avancer davantage. « Je ne veux pas me lancer dans des chiffres, des pourcentages. On est là en mode ouverture. Mais je ne veux pas trop m'avancer pour éviter d'interférer avec le processus de discussion », a-t-il plaidé. «On a compris qu'on pourrait faire des demandes au sujet des droits de scolarité. Et il faut que le gouvernement bouge sur cette question pour avoir un retour en classe.»

Il dit ne pas se faire de « faux espoir ». « Une crise de 12 semaines ne se règle pas en quelques heures. Mais si on peut faire des pas dans la bonne direction, je pense que c'est bien », a-t-il soutenu.

Léo Bureau-Blouin lance un avertissement au gouvernement : «Il ne faut pas que ce soit juste un exercice de relations publiques pour apaiser les tensions avant le conseil général du Parti libéral », qui s'ouvre ce soir à Victoriaville. Rappelons que la contre-proposition de FEUQ et de la FECQ, présentée mardi, prévoit un gel des droits de scolarité.

La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) est « agréablement surprise » par la convocation de Québec. Le gouvernement refusait jusqu'à présent de traiter avec elle au motif qu'elle «encourage la violence». «On a hâte de voir ce qui sera discuté. On espère que ça va aider à régler le conflit. On espère qu'on va être capable d'avoir un retour en classe sans hausse des droits de scolarité», a dit son porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois. Il s'est déplacé à Québec mais ne participera pas à la rencontre puisqu'il ne fait pas partie du comité de négociation de la CLASSE.

«On ne nous a pas donné exactement le sujet des discussions, ce qu'on nous a dit c'est qu'il serait question de retour en classe», a admis M. Nadeau-Dubois. «Ce que je peux dire, moi, c'est qu'on est tout à fait prêts à rentrer en classe. Par contre, il y a une condition ferme pour qu'on rentre en classe: c'est que les frais de scolarité n'augmentent pas à l'automne 2012. Dans ce cadre, nous sommes prêts à discuter de manière très ouverte et de bonne foi.»

La CLASSE entend « donner toute la chance au processus de négociation ». « Notre intention n'est pas de claquer la porte, en tout cas pas sans les autres associations étudiantes. On donne quelques heures au processus pour voir ce que ça peut donner », a affirmé Gabriel Nadeau-Dubois.

« On est ici pour aller chercher tout ce qui est possible d'aller chercher de la part du gouvernement », a-t-il ajouté. Il a prévenu qu'il n'a pas l'intention de « signer » une entente ce soir. Toute offre sera soumise aux membres, a-t-il expliqué.

Pour le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TACEQ), Paul-Émile Auger, « l'essence même des négociations, c'est une forme de compromis. Si les gens sont ouverts, on va trouver une solution pour sortir de la crise ».

Les principaux chefs syndicaux sont autour de la table, soit Réjean Parent (CSQ), Louis Roy (CSN) et Michel Arsenault (FTQ). Ce dernier a déclaré que les deux parties - le gouvernement et les étudiants - devront faire des compromis. «On va essayer de mettre l'épaule à la roue pour trouver des solutions», a dit Michel Arsenault. «Quand on négocie, une partie est là, et l'autre partie est là, mais il faut un moyen de se rencontrer quelque part.» MM Parent et Roy portaient le carré rouge, mais pas M. Arsenault (notons que la FTQ a appuyé les revendications étudiantes).

La reprise des cours et la gestion des universités sont à l'ordre du jour de la rencontre. Le trimestre est en péril dans certains cégeps. L'hypothèse d'une annulation circule. Rappelons que le gouvernement a déjà accepté, à la demande des fédérations étudiantes, de créer une commission d'évaluation des universités.

Ce sera la première fois depuis le début du conflit que tous les acteurs du réseau sont réunis.

La rencontre a lieu quelques heures avant l'ouverture, en soirée, du conseil général du Parti libéral du Québec, à Victoriaville, où les associations étudiantes comptent manifester.

Hier après-midi, le premier ministre Jean Charest a convoqué la Fédération des cégeps et la Conférence des recteurs pour dresser un «état de situation» dans les établissements touchés par la grève. Il a évoqué l'idée de créer «un espace de dialogue» entre les acteurs du milieu.

Quelques heures après cette rencontre, le directeur de cabinet de la ministre de l'Éducation Line Beauchamp a communiqué avec les associations étudiantes pour voir si elles sont ouvertes à des discussions. Comme la réponse a été positive, Québec a demandé à son négociateur en chef, Pierre Pilote, d'organiser la rencontre.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, se dit surpris que la CLASSE soit invitée. «J'espère que ce n'est pas pour négocier» avec elle, a-t-il dit. Selon lui, le gouvernement devrait seulement «informer» la CLASSE de la situation.

Dans le cadre d'une conférence de presse à l'Université du Québec à Montréal, le sociologue Guy Rocher, l'un des auteurs du rapport Parent, a affirmé que la grève étudiante des trois derniers mois laissera sa marque dans l'histoire du Québec. Il a aussi rappelé que ses collègues et lui avaient, au milieu des années 60, recommandé la gratuité scolaire à l'université.

- avec Philippe Teisceira-Lessard